Les saisons, Nacchan et moi – Sagan Sagan

les saisons nacchan et moi sagan sagan
SAGAN Sagan 佐岸左岸
ISBN: 9782382760420
Hana, 2021
ISBN: 9784865895131 (JP)
Fusion product, 2018 (JP)
Titre original: 春と夏となっちゃんと秋と冬と僕
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: si on s'ennuie

Deux amis d’enfance à la campagne qui s’aiment tout simplement.

Sagan Sagan sensei narre la relation entre deux amis d’enfance vivant à la campagne, à travers des tranches de vie très courtes, sur un moment particulier, sans forcément de continuité. A travers divers thèmes, elle pose à chaque fois les émois adolescents et leurs questionnements, sans les approfondir, invitant le lecteur à juste observer l’évolution de leurs sentiments. La narration alterne parfois entre Shima et Natsuo qui apportent des précisions grâce à leurs réflexions intérieures. Alors que Shima est plutôt timide, rougissant facilement, et a peur du regard extérieur, Natsuo assume pleinement son homosexualité sans pour autant être démonstratif. L’auteure dresse à chaque fois un portrait fugace du couple, avec leurs jeux innocents, leurs échanges, leurs amis. Elle aborde ainsi leur relation particulière, avec un amour pur et innocent, leur harmonie, leur dispute, leur attirance, leur avenir.

La mangaka a un trait anguleux, avec un côté brut encore brouillon. Elle dédouble parfois les contours, donnant de l’épaisseur. Elle utilise peu de trames et privilégie donc les stries et hachures. Les traits sont très simplifiés dans les passages humoristiques. D’ailleurs, un personnage peut passer d’un aspect comique à une image très sensuel en à peine une case. Sagan sensei porte attention aux gestes tendres. Elle détaille les décors, avec une touche réaliste, et rend parfaitement l’ambiance des saisons. Elle découpe ses chapitres par mois et structure son récit comme des yonkoma, synthétisant un thème sur 4 ou 8 cases. Il n’y a pas de scènes érotiques explicites. D’ailleurs, ce format ne convient pas. Par contre, les moments intimes sont suggérés. Les chapitres débutent par une illustration monochrome. Parfois, en fin de chapitre, il y a des petites illustrations plus simples. Sous la jaquette, deux planches concluent le récit.

En résumé

Tomoda Shima et Mihara Natsuo sont amis d’enfance. A 17 ans, ils sont très proches et partagent même un sentiment pour ainsi dire amoureux. Parfois, Shima se montre très tactile, volant des baisers. Pourtant, Natsuo accepte volontiers ces démonstrations de tendresse…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la septième place du meilleur nouveau venu au Chill chill BL award 2019. Pour son premier manga, l’auteure adopte un style narratif original qui oblige le lecteur à devenir un simple spectateur. Comme j’aime les yonkoma, je suis surtout déstabilisée par son style car j’attends et cherche la chute du récit. Or, ici, cette dernière n’est pas automatique. Par contre, j’admire la maîtrise de Sagan sensei sur ce format. Par ailleurs, je me sens un peu trop vieille pour apprécier pleinement cette histoire. Toutefois, je pense qu’elle plaira à un public sensible aux thèmes abordés.

Devil’s honey – Natsume Isaku

devil s honey natsume isaku
NATSUME Isaku
ISBN: 9782351806753
Taifu comics, 2012
ISBN: 9784799710395 (JP)
Libre, 2011 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: si on s'ennuie

Un délinquant? Non, un diable craquant!

Natsume Isaku sensei aborde avec humour une romance entre un professeur doué en arts martiaux et un élève bagarreur. Elle pose rapidement la question de l’interdit, obligeant Sugaya a réfléchir sur son attirance, ses sentiments et sa situation. Comme Yoshino est naturellement direct et familier avec son professeur, son comportement brouille leur relation. Son admiration évolue doucement vers le sentiment amoureux, avec des questionnements. D’ailleurs, divers évènements les poussent au rapprochement, même si le professeur tente de résister à la tentation. La narration alterne entre les deux héros, permettant ainsi de comprendre l’avancée de leurs réflexions. L’auteure s’intéresse également au jugement sur l’apparence, au manque de pédagogie de certains enseignants qui ne jurent que par l’élite, aux difficultés de communication et des limites entre professeurs et élèves.

La mangaka a un trait facilement reconnaissable, épuré et simple. Son style est typiquement shôjo. Les trames d’ambiance alternent avec les décors. La mise en page est dynamique. Pour les scènes érotiques, Natsume sensei ne montre pas les détails, jouant sur les cadrages. Elle censure les parties génitales en ne les dessinant pas. En bonus, elle offre une courte histoire narrant les aventures de son chien chez le vétérinaire.

En résumé

Le professeur d’éducation physique Sugaya Toshimitsu rêvait de travailler dans sa région. Néanmoins, il déchante un peu entre des supérieurs méprisants, des élèves impertinents et des parents d’élèves hautains. Pourtant, il a la côte auprès des mères de famille. Le proviseur et son adjoint Murase lui confient alors la surveillance des délinquants du lycée, menés par Yoshino Tatsumi, surnommé le démon des couloirs. Mais le professeur se rend vite compte que les rumeurs sont exagérées. Certes, l’adolescent a tendance à se battre quand on le provoque mais il est très gentil. Étonnamment, l’étudiant accepte de lui obéir après une démonstration de prise d’arts martiaux. Mais le professeur est de plus en plus séduit par son élève. En plus, ce dernier lui voue une admiration sans bornes depuis qu’il l’aurait sauvé plus jeune…

En conclusion

Cette comédie romantique légère n’approfondit malheureusement pas les questionnements intéressants qu’elle soulève. En plus, la fin semble un peu précipitée. Toutefois, j’ai passé un excellent moment à sa lecture. Un one-shot sans prétention qui se laisse lire et qui plaira principalement aux fans de l’auteure.

Choco strawberry vanilla – Psyche Delico

choco strawberry vanilla psyche delico
PSYCHE Delico 彩景でりこ
ISBN: 9782368775363
Boy’s love IDP, 2016
ISBN: 9784812484074 (JP)
Takeshobo, 2013 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

« Les affres de l’amour à trois. »

Psyche Delico sensei développe un triolisme original avec deux amis d’enfance qui partagent tout, sans pour autant être amoureux, et initient « leur » nouveau partenaire. Elle alterne la narration entre Minegishi, Takeshi et Hiroi, partageant leurs réflexions. Ainsi, elle amène le lecteur à s’interroger sur l’amour exclusif. En effet, Hiroi assume pleinement son polyamour. Toutefois, l’incompréhension de sa sexualité différente par ses anciennes partenaires l’a fragilisé psychologiquement. Take a toujours suivi Hiroi sans réfléchir à ses goûts personnels mais son attirance naissante pour Mine l’amène à mieux cerner ses penchants sadiques. D’ailleurs, Mine fait l’effort de comprendre leur vision en acceptant d’apprendre à aimer ce qu’aime son partenaire. L’auteure joue sur les remises en questions de ses personnages et la relation conflictuelle entre Tada et Katsuya. Elle met parfaitement en scène les sentiments et les hésitations des trois partenaires. L’équilibre entre eux se construit donc difficilement.

La mangaka a un trait fin et épuré, presque dépouillé. Elle n’hésite pas à dessiner des jambes poilues. Une certaine blancheur se dégage de ses planches car elle privilégie les aplats noirs et utilisent peu de trames pour les ombres. De même, les trames d’ambiance se font également discrètes. Au premier abord, la mise en page semble classique avec des cadres délimités, pourtant il y a bien quelques ellipses et des absences de cadres. Par ailleurs, les angles de vue intéressants donnent un certaine dynamique. Psyche sensei censure à peine les scènes érotiques, avec de fines bandelettes blanches qui se fondent dans le dessin. Elle représente les trois protagonistes dans les illustrations en début de chapitre. Sous la jaquette, elle accompagne sa postface de deux planches conclusives sans trop montrer le nirinzashi.

En résumé

Depuis l’enfance, Kômoto Hiroi partage tout ce qu’il aime, objets comme humains, avec Tada Takeshi. A une soirée d’anciens élèves du lycée, il retrouve Minegishi Katsuya, un garçon taciturne et sombre avec qui il arrivait à converser. Ce dernier nourrit un amour secret pour lui depuis cette période. Hiroi lui propose alors de sortir ensemble après avoir couché ensemble. Mais lors de leur deuxième rendez-vous, il emmène avec lui Take. Surpris, Mine rejette d’abord sa proposition de faire l’amour à trois, mais quand son amant lui annonce qu’il le quitte s’il refuse son ami comme une extension de lui, il finit par céder. Difficile pourtant pour lui d’accepter cet intrus dans leur relation…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la cinquième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2014. La couverture est classée troisième et Minegishi Katsuya, deuxième personnage érotique. J’adore les threesome quand ils se font dans le consentement. Ici, Mine se fait un peu forcer la main au début et cela pourra déranger certains lecteurs. Cependant, comme à son habitude, l’auteure développe parfaitement son scénario en portant attention aux questionnements et à l’évolution des sentiments des personnages. Je trouve donc l’ambiance de ce drame moins sombre que les autres œuvres de la mangaka.

Your dream – Aruku et Kouki

your dream aruku kouki
ARUKU
Kouki コウキ
ISBN: 9782375060544
Taifu comics, 2017
ISBN: 9784344835863 (JP)
Gentosha, 2015 (JP)
Titre original: 君の夢を見ている
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: beaucoup

Se battre contre le destin pour rester avec son bien-aimé.

Aruku sensei narre une romance basée sur l’amour destiné. Elle alterne la narration entre les deux héros. Ainsi, elle confronte deux personnalités différentes. A cause de ses prédictions, Amamori a développé un amour obsessionnel et panique dès que les évènements diffèrent. Au contraire, Yui pense que le destin se construit par soi-même. Quand ses sentiments se développent, il doute alors d’une possible influence de l’écrivain, éprouvant même de la jalousie envers sa propre image fantasmée. Les deux hommes habitués à la solitude vont alors développer une certaine dépendance l’un envers l’autre. D’ailleurs, l’auteure interroge sur la naissance du sentiment amoureux et l’incertitude de l’avenir. Elle met leur amour à l’épreuve en basculant totalement dans un univers fantastique. En effet, après les rêves prémonitoires, elle s’intéresse à l’influence du voyage temporel. La différence entre rêve et réalité donne une touche poétique au récit.

Kouki sensei a un trait épuré de style shôjo. Elle représente ses personnages en SD dans les passages humoristiques, leur donnant un aspect très mignon. Les trames d’ambiance viennent appuyer les émotions. De même, les décors détaillés sont très présents. La mangaka met en avant l’esthétique des images avec une mise en page dynamique, ajoutant une touche poétique. Elle renforce ainsi le flou entre rêve et réalité. Par ailleurs, elle montre peu de détails dans les scènes érotiques en choisissant bien les angles de vue. Les illustrations en début de chapitre résument les évènements à venir, mais avec une touche très romantique. En fin de tome, un yonkoma se moque avec finesse des rêves prémonitoires.

En résumé

Yui Hisashi se fait draguer par un bel homme qui lui annonce qu’ils étaient destinés à s’aimer. Il le retrouve le lendemain et devra même être son responsable éditorial. En effet, l’écrivain Amamori Ken lui explique alors qu’il a toujours rêvé de leur rencontre. Pour le convaincre, il lui révèle même leur futur: ils s’embrasseront dans une semaine et coucheront ensemble dans un mois. Hétérosexuel, Yui est mal à l’aise face à cet homme plutôt intrusif et connaissant déjà ses goûts. Pourtant, il apprécie sa verve et ses récits de voyages. Il est même surpris de découvrir le sobre mode de vie de ce voyageur sans attaches, logeant dans un hôtel délabré. Mais il commence également à rêver d’Amamori. Alors quand l’écrivain vient le gêner pendant une sortie avec une fille, il s’énerve contre lui. Pourtant, en le voyant partir le lendemain, il ne peut s’empêcher de le retenir…

En conclusion

J’ai été surprise par la fin mais j’apprécie le développement de cette histoire. Ce one-shot est à la fois triste et beau, malgré un happy end. Le récit est touchant mais certains lecteurs auront peut-être du mal à accrocher à cause du brusque basculement dans l’univers fantastique. Pour ma part, c’est un coup de cœur.

Our house love trouble – Owal

our house love trouble owal
Owal おわる
ISBN: 9782368776025
Boy’s love IDP, 2018
ISBN: 9784801959682 (JP)
Takeshobo, 2017 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

« La vie en communauté n’est pas toujours facile, alors si en plus l’amour s’en mêle… »

Owal sensei offre une comédie érotique avec des seme sadiques et des uke naïfs. Elle expédie les sentiments pour inclure des scènes érotiques à chaque chapitre. Le scénario léger joue surtout sur les quiproquos et les situations comiques. Le consentement n’existe pas mais les uke réagissent également très passivement, cédant immédiatement au plaisir. D’ailleurs, l’auteure alterne la narration entre les personnages et installe trois couples. Elle développe cependant beaucoup plus la romance entre Hibiki et Nonohiko, décrivant la naissance de leurs sentiments. En outre, elle dépeint des caractères extrêmes. Ainsi la naïveté et la pureté des uke leur donnent un côté un peu benêt adorable. Chacun a des complexes qui deviennent le jeu des seme pervers. Par ailleurs, l’esprit familial de la share house est bien mis en valeur.

La mangaka a un trait épuré et fin, rappelant le style shôjo. Elle dessine des ikemen, pour certains musclés, avec des visages légèrement ovales aux grands yeux. Les personnages rougissent facilement. Les trames d’ambiance alternent avec les décors assez détaillés. Cependant les pages ont une dominance blanche car les trames d’ombres et de couleurs sont claires. Par ailleurs, la mise en page très dynamique utilise parfois des angles de vue originaux. Owal sensei censure ses scènes érotiques en cachant les parties génitales par des hachures et des masques blancs. Pourtant, elle fait de gros plans sur les détails, augmentant tout de même l’impression sensuelle de certaines vignettes. Des illustrations en fin de chapitres présentent les personnages ou donnent des anecdotes. Sous la jaquette, il y a deux yonkoma amusants sur ce qu’aime Hibiki et une planche très chaude sur l’hôte qui a arnaqué Yûsuke.

En résumé

Nojima Nonohiko travaille dur pour payer ses études. Mais la résidence étudiante où il logeait ferme pour vétusté. Il trouve alors une chambre dans une magnifique share house tenue par un travesti, Kitora Kaoru. Le jour de son déménagement, après avoir visité le quartier, il réalise qu’il n’a pas encore les clés et ne peut rentrer. Arrive un des locataires, Kaido Hibiki. Ce dernier lui propose alors de prendre un bain ensemble. Complexé par ses tétons inversés, Nonohiko se cache comme il peu. Toutefois, Hibiki détend l’atmosphère en le complimentant, puis commence à le tripoter sans pudeur…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la première place du meilleur manga érotique au Chill Chill BL award 2018. Même si je recommande seulement un peu le titre, sachant que la légèreté du scénario sur les viols peut choquer, j’aime beaucoup ce titre. L’auteure joue sur les contrastes entre les statures des héros. Elle arrive à émouvoir en quelques cases. En plus, j’adore les trois couples. D’abord, le grand et fort Nonohiko qui se sous-estime mais se prend en main, arrivant à calmer la libido débordante de Hibiki. Ensuite, le couple surprenant entre Kaoru et l’étudiant Tatsuki Kotarô qui déteste les travestis. Enfin, le taciturne sculpteur Isurugi Kaname qui craque pour le côté innocent et inexpérimenté de l’hôte Sasaura Yûsuke. Je suis heureuse de les voir heureux, même si les uke sont clairement manipulés par leur seme! Et le chapitre final en rajoute, dévoilant leur coopération pour assouvir leurs fantasmes!

Ginza neon paradise – Unohana

ginza neon paradise unohana

Unohana ウノハナ
ISBN: 9782375061114
Taifu comics, 2018
ISBN: 9784537133578 (JP)
Nihonbungeisha, 2015 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

Trois longues années d’attente à espérer le retour d’un ami.

Unohana sensei offre un mélodrame situé dans les années 1930-1940 avec un couple bancal non établi. Elle donne une vision de la guerre à travers les yeux d’Aoi et de Gunji par des flash-back et leurs souvenirs. La psychologie des différents personnages est assez travaillée. Le couple partage un amour inavoué perdu entre fierté et peur, et développe pourtant une relation consentie. Même si l’auteure aborde peu le versant de la guerre et ses conséquences, elle s’attarde sur les sentiments des personnages et pose un regard observateur sur ce qui les entoure. Pourtant, un message fort semble se dégager de l’ensemble. De même, elle donne un ton poétique à certains passages, en particulier en décrivant Ginza. L’apparition d’un rival amoureux, le lieutenant Walters, va permettre à la relation de s’affirmer.

La mangaka a un trait épuré et anguleux. Les personnages ont des visages ovales assez longs, des yeux étirés, des muscles fins. L’exagération ou la simplification des traits renforcent les expressions du visage et donnent même parfois un effet comique. Les trames d’ambiance participent également à la compréhension rapide des émotions. En outre, les décors sont détaillés. En effet, Unohana sensei précise, dans sa postface sous la jaquette, qu’elle a cherché à respecter au mieux les éléments historiques, même si cela était difficile. Elle y ajoute également des anecdotes sur la création du manga. La mise en page est dynamique, avec des angles de vue variés. Les scènes érotiques évitent de montrer trop de détails, jouant sur l’absence de quelques lignes ou la simplification des formes. Mais cela ne se remarque pas car cela colle parfaitement avec le graphisme général.

En résumé

Tokyo, quartier de Ginza, 1948. Dans un cabaret réservé aux forces d’occupation, Kenmoku Aoi traduit pour les militaires les paroles d’une chanson triste. Emu, il replonge dans ses souvenirs, attendant depuis trois ans le retour de son ami d’enfance mobilisé peu de temps avant la fin de la guerre. Ce dernier avait beau être un vaurien, il a toujours défendu Aoi, qui aimait l’anglais malgré cette période trouble. Arrive dans le cabaret Gunji Takahiko, accompagné d’une belle femme, Sayuri. Alors qu’il crée des tensions dans le bar, Aoi laisse éclater sa colère, qui domine sa joie. Le lendemain, après avoir discuté avec Hatsuko, la sœur de Takahiko qui a également reçu sa visite impromptue, il croise à nouveau son ami devant chez lui. Entre colère et joie, Aoi finit par pleurer dans ses bras. Mais pourquoi Gunji n’a-t-il donné aucune nouvelle alors qu’il était vivant?

En conclusion

Ce one-shot est émouvant. Il est difficile de ne pas s’attacher aux personnages, malgré le côté volage de Gunji. En plus, l’auteure donne envie de visiter Ginza!

Queen and the tailor – Scarlet Beriko

queen and the tailor scarlet beriko

SCARLET Beriko スカーレット・ベリコ
ISBN: 9782375061107
Taifu comics, 2019
ISBN: 9784403665042 (JP)
Shinshokan, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: absolument

« Plus l’amour est fort et moins on peut se détacher. »

Scarlet Beriko sensei présente une romance amusante entre un jeune décorateur d’intérieur arrogant et un froid tailleur. Elle s’intéresse à la différence d’âge et à l’évolution des personnages grâce à l’amour. En effet, Ôumi cache son manque de confiance derrière son arrogance. Fils de bonne famille, couvé par sa sœur surprotectrice, il commence à se rebeller pour réaliser enfin ce qu’il aime. Cependant, il se confronte à des désillusions sur son travail. Shida le remet à sa place gentiment mais l’écoute et l’encourage. Ainsi, les deux hommes se découvrent petit à petit et tombent amoureux. Le jeu de séduction entre eux prend d’abord l’aspect d’une joute verbale. L’auteure alterne la narration entre les deux héros. Elle fait évoluer ses personnages qui s’ouvrent peu à peu. Elle dépeint une relation qui se développe dans le consentement avec un amour simplement pur.

La mangaka a un trait épuré jouant beaucoup sur les pleins et les déliés. Elle le déforme ou simplifie dans les passages humoristiques. Par exemple, la tête d’Ôumi devient presque SD quant il est énervé ou gêné, lui donnant un côté tellement mignon. Les trames donnent du volume. Il y a aussi quelques trames d’ambiance. Les décors soignés mettent particulièrement en valeur le style ancien de la boutique. La mise en page est dynamique. Scarlet sensei censure à peine les parties intimes dans les scènes érotiques, supprimant juste des détails. D’ailleurs, elle rend bien la sensualité entre les héros. En outre, les illustrations en début de chapitre révèlent l’ambiance à venir. Entre les chapitres, quelques yonkoma donnent des anecdotes amusantes. Sous la couverture, elle offre deux planches pour essayer de découvrir le secret de la cicatrice de Shida.

En résumé

Sur les recommandations de sa supérieure Okazaki, Ôumi Jôno se rend chez le tailleur Shida Tetsuya (37 ans). Selon les rumeurs, ses costumes permettraient à leur porteur de réaliser leur projet. Mais se montrant pressé et arrogant, leur premier contact se passe mal. Pourtant, le décorateur d’intérieur manque d’inspiration sur le projet d’exposition qu’il doit rendre. Un mois plus tard, il revient à la boutique et accepte un rendez-vous à condition de pouvoir venir voir travailler le tailleur. En effet, il envie le sourire de Shida qui semble apprécier son métier. Mais Ôumi ayant perdu sa passion pour son travail, ne pense plus qu’au tailleur.

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la neuvième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2017. A noter que l’auteure a également Jackass! dans le top 10 de ce classement. Ce titre fait aussi partie de mes préférés de l’auteure. La romance mignonne et douce déborde de tendresse. J’aime beaucoup les récits avec des uke plus âgés.

Jackass! – Scarlet Beriko

jackass scarlet beriko

SCARLET Beriko スカーレット・ベリコ
ISBN: 9782375061015
Taifu comics, 2018
ISBN: 9784403665288 (JP)
Shinshokan, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: absolument

Comment distinguer le sentiment amoureux lorsque le fantasme d’un fétichisme se réalise?

Scarlet Beriko sensei propose de suivre trois romances homosexuelles différentes de trois lycéens. Elle traite avec subtilité le sujet du fétichisme, en prenant en compte le refus de devenir un objet. De même, elle développe différents questionnements selon les couples. Ainsi, Keisuke et Masayuki s’interrogent énormément sur leur attirance mutuelle et leur rapprochement suite à la découverte d’un secret. Toutefois, tous deux ont peur de perdre définitivement leur forte amitié et s’inquiètent de l’influence de leur différence sociale sur leur possible couple. Avec Aramaki et Katsumi, l’auteure aborde la différence d’âge, les doutes dans une relation entre homosexuel et hétérosexuel. Elle présente également l’homophobie d’un gay refoulé avec Miyoshi qui trouvera conseil auprès de Hosoka. Elle dévoile au fur et à mesure la fragilité de ses personnages, leurs sentiments. Ainsi, après avoir tâtonné, chacun apprend à se confier, communiquer et s’accepter.

La mangaka a un trait épuré, jouant sur les pleins et les déliés. Dans les passages humoristiques, elle n’hésite pas à déformer ou simplifier ses traits, exagérant certaines expressions pour les renforcer. Les trames servent principalement à ombrer et colorer. D’ailleurs, les trames d’ambiance sont rares, laissant la place aux décors. Scarlet sensei met en avant les petits gestes et les expressions, proposant un découpage précis des angles de vue. Dans les scènes érotiques, elle censure les parties trop intimes par de fines bandelettes blanches. Par ailleurs, les illustrations en début de chapitre présentent des moments tendres des couples. Sous la jaquette, deux planches conclusives permettent de découvrir ce que deviennent Katsumi et Miyoshi, à lire donc à la fin.

En résumé

Tous les matins, Shinohara Katsumi passe prendre son ami, Hara Keisuke, chez lui pour ensuite aller au lycée. En chemin, ils croisent Shimoda Masayuki qui arrive au lycée en bicyclette. Ce dernier, délégué de classe, est très proche de Kei, qui le seconde comme sous-délégué. Pourtant, les deux garçons n’ont pas vraiment le même caractère et les mêmes goûts. Alors qu’il se changeait pour aller au cours de sport, Keisuke enfile le collant noir que sa sœur, Akiko, a laissé par mégarde dans son survêtement qu’elle avait emprunté. Remarquant sa gêne, Masa lui vient en aide et l’emmène à l’infirmerie. Ils surprennent sans le vouloir, Katsu qui allait embrasser l’infirmier scolaire, Aramaki. Mais avant que Kei se déshabille, son ami lui fait une demande particulière. En effet, Shimoda est fétichiste des collants noirs sur les belles jambes…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la cinquième place au classement du Chill Chill BL award 2017. Shimoda Masayuki est classé 25ème meilleur seme et Hara Keisuke 29ème meilleur uke. En effet, l’auteure arrive à insuffler beaucoup de sentiments dans son œuvre, avec une touche d’humour. Alors que le sujet du fétichisme aurait pu devenir un simple prétexte, elle préfère au contraire le développer. Parmi les œuvres traduites en français de la mangaka, c’est mon manga préféré. Bien qu’elle n’ait pas encore la maîtrise que l’on retrouve dans ses autres titres, j’aime l’approche des différents questionnements avec trois couples attachants. C’est mignon et touchant.

Goodbye irony dress – Miyoshi Ayato

goodbye irony dress miyoshi ayato

MIYOSHI Ayato みよしあやと
ISBN: 9782375062357
Taifu comics, 2020
ISBN: 9784758073585 (JP)
Ichijinsha, 2014 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: un peu

Le combat d’un lycéen pour faire accepter son orientation sexuelle à sa mère.

Miyoshi Ayato sensei s’intéresse aux dégâts que peut engendrer une vision tronquée de l’homosexualité sur un adolescent en pleine période charnière de construction de l’identité. Avec la mère de Keiichi, elle dénonce les clichés que certaines personnes portent sur la communauté LGBTQ. Le lycéen, complètement déboussolé, trouve en Meguru un soutien avec qui partager ses angoisses. Il s’interroge sur sa situation et son avenir. De même, Asaoka ayant clairement conscience de sa différence d’âge avec Amano, tente de retenir ses sentiments naissants. L’auteure alterne la narration entre les deux héros, présentant les réflexions de chacun. Elle met en avant les réactions différentes face au coming out: Keiichi, qui a osé le faire, affronte courageusement les problèmes. Au contraire, Meguru regrette de s’être tu en réalisant que sa mère aurait pu l’accepter. Ainsi, la relation qui se crée entre eux leur permet d’évoluer.

La mangaka a un trait épuré légèrement anguleux rappelant beaucoup le style shôjo. Les décors alternent avec les trames d’ambiance. Par ailleurs, la mise en page est très dynamique et aérée, jouant sur les vides et les blancs. De même, comme Miyoshi sensei utilise peu de trames, les pages paraissent d’autant plus claires. D’ailleurs, elle ne montre aucun détail dans les scènes érotiques. Sous la jaquette, elle dessine une postface et présente ses personnages en de mignons SD.

En résumé

Suite au décès de sa mère, l’écrivain Asaoka Meguru (29 ans) revient s’installer dans l’appartement familial. Il croise alors Amano Keiichi (17 ans), habillé d’un uniforme de fille, qui souhaite brûler de l’encens pour la défunte. Le lycéen s’entendait bien avec cette dernière qui l’avait surnommé Megumi. Un peu plus tard, en rendant visite aux voisins pour les remercier de l’aide apportée pour les funérailles, il rencontre la mère de Keiichi et comprend alors que son travestissement lui a été imposé suite à son coming out. Face à la situation familiale complexe de l’adolescent, Meguru révèle alors à ce dernier qu’il est également gay.

En conclusion

Malgré le format court, l’auteure arrive à intégrer divers sujets tout en évitant de s’éparpiller. Elle tient compte de l’évolution des mentalités en jouant sur la différence d’âge de ses personnages. La romance peut sembler un peu rapide. J’ai adoré cette histoire qui aborde un sujet souvent survolé. J’espère donc que vous l’apprécierez autant que moi!

Everyday is a good day – Nishi Noeko

everyday is a good day nishi noeko

NISHI Noeko 西のえこ
ISBN: 9782369748748
Akata, 2020
ISBN: 9784796413299 (JP)
Kaiohsha, 2019 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: absolument

Reprendre goût à la vie petit à petit après avoir perdu un être cher.

Nishi Noeko sensei aborde le thème de la famille et du deuil avec en fond une romance homosexuelle. Elle pose rapidement le contexte, mettant en avant les chamboulements qui touchent aussi bien Toki et sa famille suite à un décès il y a un an, que Chihiro et son demi-frère avec le décès récent de leur grand-mère malade. Elle met en avant les sacrifices, les adaptations, le repli sur soi inconscient. En s’engageant à surveiller son neveu, Utsumi découvre également les difficultés d’élever un enfant seul. Le soutien de Chihiro et leur colocation leur permettront de s’ouvrir l’un à l’autre et d’évoluer. L’auteure attache de l’importance à la reconstruction psychologique de ses personnages, à leurs sentiments, et à la force de la bienveillance. Elle dépeint avec justesse les hésitations, les peurs, la transformation des sentiments, le respect et la confiance. La relation du couple se construit sainement, avec le temps.

La mangaka a un trait épuré. Toutefois, elle dessine de grands yeux expressifs, surtout pour Asahi, ce qui permet de deviner immédiatement ses sentiments. Les décors situent principalement l’action. En revanche, les trames d’ambiance transcrivent parfaitement les humeurs. De même, la mise en page est dynamique et rythme bien la lecture. Nishi sensei ne montre aucun détail dans les scènes érotiques. Elle se concentre donc sur les sentiments. Sous la jaquette, elle donne des anecdotes sur le couple et Appi en une planche puis un yonkoma, à lire de préférence à la fin du tome.

En résumé

Toki Utsumi a perdu sa sœur jumelle et son beau-frère dans un accident de la route il y a un an. Depuis, son neveu Asahi est élevé par sa mère. Mais le petit garçon de 4 ans s’est plongé dans le mutisme. Après la cérémonie commémorative pour sa sœur, le salaryman noie sa peine au bar de son ami, Kazu. A sa surprise, il y retrouve Chihiro, le demi-frère du patron, devenu un beau jeune homme de 20 ans. Toki se rappelle alors qu’un soir, il lui avait fait son coming out. Après une soirée trop arrosée, Chihiro ramène le salaryman chez lui et lui prépare même le petit déjeuner le lendemain. Mais la mère de Toki passe lui offrir une croisière autour du monde, gagnée à une tombola, les enfants en bas âge n’étant pas autorisés. Touché par son sacrifice, il propose alors de garder l’enfant…

En conclusion

Ce one-shot émouvant ne laissera personne indifférent. La douceur qui s’en dégage n’efface pourtant pas la douleur d’un deuil. L’auteure présente avec finesse le quotidien d’Asahi, son oncle et Chihiro qui joue un peu le rôle de baby-sitter ainsi que les liens qui se créent entre eux. Pour moi, ce titre est un énorme coup de cœur! Les câlins apportent un bien fou, quel que soit l’âge!