Endless sound – cielo

endless sound cielo
cielo
ISBN: 9782368775981
Boy’s love IDP, 2018
ISBN: 9784801957664 (JP)
Takeshobo, 2017 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: si on s'ennuie

« Quand la musique exprime ce qui ne peut être dit avec des mots. »

Cielo sensei narre la romance entre deux lycéens passionnés de musique techno. Malgré des profils de personnages soigneusement réfléchis, le format court empêche de les exploiter pleinement. L’univers musical n’est qu’un prétexte pour créer un lien entre les deux héros. Tandis que Sanjô était un tombeur hétérosexuel mais ouvert, il va découvrir le véritable amour avec Ikarashi. Sa vision du sexe change radicalement. Le seme inexpérimenté avec les hommes communique sans honte avec son uke habitué. Alors que la relation consentie débute en tant que sex friend, les sentiments viennent vite s’en mêler. En introduisant DJ Julian, l’auteure permet d’ajouter quelques tensions et précipiter les évènements. Elle traite avec humour la relation à distance dans une histoire bonus. Elle complète ce volume avec un court récit aux thèmes intéressants comme le sado-masochisme, la prostitution, la solitude, le manque d’amour mais le format court empêche d’approfondir l’évolution des sentiments.

La mangaka a un trait plutôt léché, dans un style graphique assez classique rappelant certains shôjo. Elle n’hésite pas à simplifier ses traits pour les passages humoristiques et à transformer ses personnages en super deformed. En outre, les héros rougissent facilement. Les trames d’ambiance variées alternent avec les décors. Par ailleurs, la mise en page est dynamique. En fin de chapitre, une vignette conclut graphiquement le récit. Sous la jaquette, des fiches personnages les présentent en détails. Les scènes érotiques paraissent un peu brouillon, les parties intimes étant intégralement hachurées. En plus, les cadrages permettent d’en montrer moins.

En résumé

Endless sound / After story Promesse éternelle / Allô? Chuuut!: Sanjô (18 ans) adore la musique techno. Comme ses amis sont peu intéressés, il décide d’aller seul au concert de DJ Imai. Dans la classe, Ikarashi Minami (20 ans) qui a toujours des écouteurs sur les oreilles, préfère rester seul dans son coin. Sanjô n’ose donc pas l’aborder, mais quand il le croise au game center à la borne du jeu vidéo musical qu’il adore, il lui propose de venir au concert avec lui. La remarque d’Ikarashi lui rappelant que le club est interdit aux mineurs le vexe. Néanmoins, Sanjô réussit tout de même à s’infiltrer dans la boîte de nuit. Quand la musique de DJ Minami lui procure un effet excitant, quelle n’est pas sa surprise de découvrir son camarade de classe aux platines. Au bar, Ikarashi l’empêche alors de boire une bière mais ne supportant pas l’alcool, il s’effondre. Le responsable du club, Higa (38 ans) demande au lycéen de le ramener chez lui. En partant, Minami l’embrasse. Mais pourquoi rougit-il?
Interdiction d’aimer ce chat abandonné: Yamada Daisuke (40 ans) a hérité d’un immeuble de sa tante qui l’a élevé. Un jour débarque Kawachi Ayumu (22 ans) qui serait de la famille éloignée. Mais le jeune homme orphelin est arrivé trop tard pour voir la tante. Yamada lui propose alors un logement. Mais depuis, les voisins, en particulier l’étudiant Nakamura (20 ans), ne cessent de se plaindre du bruit. Venu voir, il surprend Ayumu avec deux hommes qui le violentent…

En conclusion

Ce recueil a obtenu la onzième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2018. Il a beaucoup de potentiel, abordant des thèmes intéressants. J’ai même trouvé « Interdiction d’aimer ce chat abandonné » plus accrocheur. Malheureusement, le traitement reste un peu léger: par exemple, Minami, réservé au premier abord, communique plus facilement grâce à la musique. Mais cela n’est pas clairement mis en avant. Néanmoins, la beauté du graphisme nous fait oublier son manque d’originalité. On passe tout de même un excellent moment à la lecture de ce manga. Et il est agréable de voir un uke entreprenant pour les parties de jambes en l’air.

Si tu insistes… – Niyama

si tu insistes niyama
Niyama にやま
ISBN: 9782382760727
Hana, 2021
ISBN: 9784801969827 (JP)
Takeshobo, 2020 (JP)
Titre original: そんなに言うなら抱いてやる
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

Un jeu de séduction entre deux hommes fiers.

Niyama sensei offre une comédie romantique avec deux salarymen aux caractères exacerbés qui s’affrontent dans un jeu de séduction. Shinobu, gay, se préserve des confrontations et des relations approfondies en cachant son physique attrayant et son orientation sexuelle au travail. Son côté sournois le rend un peu taquin. Hikaru, quant à lui, narcissique, aime être le centre de l’attention et cherche constamment à prouver son charme. Pourtant, il possède encore un côté naïf qui le rend adorable. En se découvrant, les deux hommes vont faire tomber leurs préjugés l’un sur l’autre et leurs sentiments vont petit à petit évoluer. L’auteure aborde ainsi le jugement sur l’apparence et la double vie que les deux hommes mènent entre travail et privé. Elle alterne la narration entre Urakawa et Omoteya, permettant aux lecteurs de découvrir leurs réflexions. Les jumeaux du bar apportent en plus une touche mignonne et loufoque avec leur cosplay.

La mangaka a un trait épuré légèrement léché. Elle porte attention aux petits gestes mais travaille surtout l’expression des visages. Shinobu a une magnifique musculature mais Hikaru, qui paraît plus sec, possède également des muscles fins. Les trames d’ambiance renforcent principalement les effets comiques. Par exemple, Omoteya étincelle littéralement entouré de roses. De même, l’utilisation des trames en général est variée mais reste équilibrée. Par contre, les décors situent principalement l’action. La mise en page dynamique rythme la lecture, avec des cases contemplatives. Niyama sensei ne censure pas les scènes érotiques. Sous la jaquette, elle dévoile l’art du camouflage de Shinobu.

En résumé

Au bureau, Urakawa Shinobu joue à l’employé médiocre en se camouflant derrière une tenue négligée et des lunettes aux verres épais. D’ailleurs, il ne supporte pas Omoteya Hikaru, un employé beau gosse et prétentieux considéré comme un prince. Ce dernier veut toujours le conseiller sur sa tenue. En réalité, Urakawa cache sa réelle apparence pour ne pas attirer les femmes. Gay, il aime draguer tranquillement le soir dans son bar préféré, Caprice, où il n’hésite pas à afficher son magnifique physique. Mais un jour, Omoteya remarque que son ami Tôya lit un magazine sur l’amour entre hommes. Comme leur rendez-vous avec des filles est annulé, il lui propose alors de venir avec lui dans un bar, ayant envie de tester son charme sur les hommes. Nin Nin désespère en le découvrant par hasard dans son petit paradis.

En conclusion

Ce one-shot obtient la deuxième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2021. Urakawa Shinobu est classé premier meilleur seme tandis qu’Omoteya Hikaru est septième meilleur uke. L’auteure mène parfaitement le jeu entre les deux personnages, équilibrant l’humour, la romance et les scènes érotiques. Malgré des caractères désagréables, les personnages sont attachants. Quel plaisir de voir Shinobu et Hikaru céder peu à peu à l’amour, chacun ayant l’impression de se faire mener par l’autre! Comme d’habitude, Niyama sensei nous offre une histoire prenante, amusante et adulte.

Smoky nectar – Minazuki Akira

smoky nectar minazuki akira
MINAZUKI Akira ミナヅキアキラ
ISBN: 9782382760772
Hana, 2021
ISBN: 9784813032670 (JP)
Taiyohtosho, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

L’enquête d’un journaliste pour innocenter son ami d’enfance.

Minazuki Akira sensei revisite le mythe du vampire, mélangeant enquêtes et actions. Elle construit un univers différent avec des clans, des règles pour les régir et leur permettre de vivre avec les humains, mais surtout un sang particulier, le nectar, qui attire irrésistiblement les mordeurs. Ainsi, elle utilise Annaka et ses confrères pour révéler au lecteur les spécificités de leur espèce. La salive fonctionnant comme un aphrodisiaque, le consentement devient flou dans les rapports charnels. De même, les vampires affichent une nature très possessive envers leur partenaire sexuel. L’auteure s’intéresse à la différence entre amitié et amour à travers Mitsuru. Elle questionne sur les sentiments lorsque l’instinct influence les émotions. Pareillement, elle aborde indirectement la pression familiale quand l’unique héritier est homosexuel et ne peut donner une descendance.

La mangaka a un trait léché et épuré. Elle dessine de grands yeux expressifs. D’ailleurs, Mitsuru a un petit air niais à cause des ses yeux qui semblent constamment écarquillés. Les décors apparaissent sur les plans larges. Par ailleurs, les scènes d’action sont claires et dynamique, également mise en valeur par la mise en page. Dans les scènes érotiques, Minazuki sensei ne détaille pas les parties intimes.

En résumé

Le journaliste Hasegawa Mitsuru enquête sur un étrange meurtre attribué à un vampire: la victime, Chika, a des traces de morsures dans le cou et son sang aurait coagulé. Annaka Yûsei, l’ami d’enfance de Hasegawa, le met en garde et s’inquiète pour lui. Mais le journaliste refuse d’abandonner l’affaire. En effet, il cherche en réalité à innocenter son ami, également suspecté, car les immeubles autour du lieu du crime lui appartiennent. En plus, il a réussi à obtenir un entretien avec Kudô, un autre suspect proche de la victime. Justement, ce dernier lui donne rendez-vous dans un parc. Cela n’arrange pas Mitsuru dont le sang attire les moustiques. D’ailleurs, intrigué par son parfum, Kudô l’attaque, lui arrachant son amulette offerte par son ami. Alors qu’il allait se faire mordre, Anna vient à sa rescousse, soulevant le « mordeur » d’une seule main…

En conclusion

Ce one-shot obtient la huitième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2021. A cause des particularités des mordeurs, la question des sentiments entre les deux personnages est plutôt vite expédiée. Toutefois, l’univers original ainsi que le graphisme magnifique offrent une histoire intéressante et divertissante. Elle plaira sûrement aux fans de vampires!

Only love – Aida Saki et Yamada Yugi

only love aida saki yamada yuki
AIDA Saki 英田サキ
YAMADA Yugi 山田ユギ
ISBN: 9782351804414
Taifu comics, 2010
ISBN: 9784813051879 (JP)
Taiyohtosho, 2009 (JP)
Titre original: たかが恋だろ
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

Des sentiments non-dits, des relations ambiguës.

Aida Saki sensei arrive à sublimer le thème classique de l’ami d’enfance amoureux en secret depuis longtemps en y incorporant son univers. Ainsi, elle dévoile au fur et à mesure le passé des trois protagonistes et installe un triangle amoureux aux teintes légèrement dramatiques. Les deux enfants apportent une touche innocente et leur amour se confronte aux relations complexes entre les adultes. En effet, Takatsudo et Kyôsuke préfèrent garder leurs sentiments pour eux. En plus, comme Shin agit au lieu de communiquer, il entraîne son bien-aimé dans une relation peu consentie. L’auteure aborde la trahison, le mensonge, l’amour secret et la peur d’assumer son homosexualité. Par ailleurs, elle maintient le suspense jusqu’au bout. Elle développe aussi la psychologie de ses personnages. Depuis 12 ans, Takatsudo cherche encore son orientation sexuelle. Kyôsuke est attachant, tiraillé entre son métier et son envie de protéger ceux qu’il aime.

Yamada Yugi sensei a un style reconnaissable avec des visages presque carrés. Elle a un trait épuré, légèrement anguleux qui joue sur les pleins et les déliés. Toutefois, elle simplifie beaucoup les expressions dans les passages humoristiques, les résumant à quelques traits. Les décors alternent avec les trames d’ambiance. Ces dernières peuvent être très graphiques, avec des fleurs, des cœurs, des fraises ou des pois. Par ailleurs, la mise en page très dynamique, accompagne le regard. La mangaka censure les scènes érotiques en évitant de dessiner les détails mais en jouant surtout sur les angles de vue. Elle offre de magnifiques illustrations, simples mais fortes en émotions, en début de chapitre, mettant en avant les héros.

En résumé

Kurata Izumi, veuf, travaille dans un café et élève son fils, Makoto, avec le soutien moral de son beau-frère yakuza, Sawaragi Kyôsuke. Un jour, il rencontre un ami d’enfance, Takatsudo Shin, qui avait coupé les ponts avec lui sans explication à la fin du collège. Ce dernier accompagne à la maternelle son neveu Ai. Malgré des retrouvailles plutôt froides entre les anciens amis, les deux enfants s’avèrent être très complices. Ils sont donc amenés à se croiser souvent. A la surprise d’Izumi, Shin semble avoir oublié sa remarque au collège et cherche à renouer avec lui. Pourtant, en s’incrustant au prétexte d’un rendez-vous entre les enfants, il finit par se disputer avec le père célibataire en ressassant le passé…

En conclusion

Deux grands noms du BL qui s’associent pour nous offrir un one-shot simple mais palpitant. Les évènements s’enchaînent avec fluidité. On reconnaît immédiatement le style d’Aida Saki sensei, connue pour sa série phare de romans Deadlock. Les personnages ont des personnalités complexes. D’ailleurs, Yamada Yugi sensei arrive, à travers son dessin, à retranscrire l’ambivalence des protagonistes. De même, elle efface son style narratif au profit de celui d’Aida Saki sensei. Ainsi, le récit se nimbe d’une touche mélancolique. Un drama CD est sorti la même année. J’adore l’impertinence de Makoto qui détend l’atmosphère générale et incite les adultes à bouger. Même si le comportement de Takatsudo m’énerve un peu, je trouve qu’il va bien avec Izumi. J’aurais même préféré qu’il galère un peu plus. En plus, j’aime beaucoup le style graphique de la mangaka. Je suis donc conquise!

Le syndrome du tournesol – SHOOWA

le syndrome du tournesol shoowa
SHOOWA
ISBN: 9782351803646
Taifu comics, 2009
ISBN: 9784832285897 (JP)
Houbunsha, 2009 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

Amour interdit et suspense.

SHOOWA sensei offre une romance avec en toile de fond une affaire d’espionnage, d’amnésie et d’usurpation d’identité. Elle maintient le suspense jusqu’au bout en semant des indices au fil des chapitres. Pourtant, elle sépare son histoire en deux parties: d’abord le secret entourant Kai et ses poursuivants, puis le cheminement de Sis pour reconstruire son passé. Les personnages ont des psychologies complexes. Kai nourrit un amour pour Sis mais exprime difficilement ses sentiments. Sis est méfiant envers tout le monde. Jin conserve une part de mystère mais se montre très protecteur. Il joue même les cupidons. L’auteure met en avant la difficulté de faire des choix et de les assumer, malgré parfois les regrets. Elle s’intéresse à la différence d’âge et au manque de confiance. De même, elle montre les hésitations d’entretenir une relation amoureuse consentie avec un mineur.

La mangaka a un trait épuré qui conserve une touche réaliste. Pourtant, elle dessine des contours plutôt épais. Elle respecte bien le style architectural occidental. Le métro et certains bâtiments français sont même reconnaissables. Les trames sont équilibrées mais les contrastes noir et blanc dominent. SHOOWA sensei s’attarde sur les petits gestes pour mettre en avant les indices. Elle joue surtout sur les angles de vue pour dynamiser sa mise en page. Dans les scènes érotiques, elle censure les parties intimes avec des points blancs.

En résumé

Sis Beckett a recueilli Kai (17 ans), le fils adoptif de son frère récemment décédé. Il n’avait pas de nouvelles du chercheur depuis plus de 10 ans et l’adolescent lui a seulement confié une carte mémoire dont il ne connait pas le mot de passe. En plus, il se fait plaquer par sa petite amie car il laisse tout le temps Kai venir dormir dans son lit. D’ailleurs, son ami Jin n’arrête pas de le taquiner à ce propos. Il lui apprend aussi que l’adolescent ne va pas toujours en cours et rencontre des inconnus. Inquiet, Sis suit Kai et demande alors des explications. L’adolescent lui révèle faire un petit travail de coursier, souhaitant aller à l’université et rester auprès de son nouveau tuteur. Alors que Sis lui avoue son attirance, Kai continue de venir dans son lit et accepte même de coucher avec lui.

En conclusion

Malgré le format court du one-shot, l’auteure maîtrise bien son scénario. L’enquête et le suspense sont tellement intenses qu’on en oublie la romance. Pourtant, c’est l’amour qui guide les choix des personnages. Ce BL peut donc intéresser tout le monde!

Les saisons, Nacchan et moi – Sagan Sagan

les saisons nacchan et moi sagan sagan
SAGAN Sagan 佐岸左岸
ISBN: 9782382760420
Hana, 2021
ISBN: 9784865895131 (JP)
Fusion product, 2018 (JP)
Titre original: 春と夏となっちゃんと秋と冬と僕
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: si on s'ennuie

Deux amis d’enfance à la campagne qui s’aiment tout simplement.

Sagan Sagan sensei narre la relation entre deux amis d’enfance vivant à la campagne, à travers des tranches de vie très courtes, sur un moment particulier, sans forcément de continuité. A travers divers thèmes, elle pose à chaque fois les émois adolescents et leurs questionnements, sans les approfondir, invitant le lecteur à juste observer l’évolution de leurs sentiments. La narration alterne parfois entre Shima et Natsuo qui apportent des précisions grâce à leurs réflexions intérieures. Alors que Shima est plutôt timide, rougissant facilement, et a peur du regard extérieur, Natsuo assume pleinement son homosexualité sans pour autant être démonstratif. L’auteure dresse à chaque fois un portrait fugace du couple, avec leurs jeux innocents, leurs échanges, leurs amis. Elle aborde ainsi leur relation particulière, avec un amour pur et innocent, leur harmonie, leur dispute, leur attirance, leur avenir.

La mangaka a un trait anguleux, avec un côté brut encore brouillon. Elle dédouble parfois les contours, donnant de l’épaisseur. Elle utilise peu de trames et privilégie donc les stries et hachures. Les traits sont très simplifiés dans les passages humoristiques. D’ailleurs, un personnage peut passer d’un aspect comique à une image très sensuel en à peine une case. Sagan sensei porte attention aux gestes tendres. Elle détaille les décors, avec une touche réaliste, et rend parfaitement l’ambiance des saisons. Elle découpe ses chapitres par mois et structure son récit comme des yonkoma, synthétisant un thème sur 4 ou 8 cases. Il n’y a pas de scènes érotiques explicites. D’ailleurs, ce format ne convient pas. Par contre, les moments intimes sont suggérés. Les chapitres débutent par une illustration monochrome. Parfois, en fin de chapitre, il y a des petites illustrations plus simples. Sous la jaquette, deux planches concluent le récit.

En résumé

Tomoda Shima et Mihara Natsuo sont amis d’enfance. A 17 ans, ils sont très proches et partagent même un sentiment pour ainsi dire amoureux. Parfois, Shima se montre très tactile, volant des baisers. Pourtant, Natsuo accepte volontiers ces démonstrations de tendresse…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la septième place du meilleur nouveau venu au Chill chill BL award 2019. Pour son premier manga, l’auteure adopte un style narratif original qui oblige le lecteur à devenir un simple spectateur. Comme j’aime les yonkoma, je suis surtout déstabilisée par son style car j’attends et cherche la chute du récit. Or, ici, cette dernière n’est pas automatique. Par contre, j’admire la maîtrise de Sagan sensei sur ce format. Par ailleurs, je me sens un peu trop vieille pour apprécier pleinement cette histoire. Toutefois, je pense qu’elle plaira à un public sensible aux thèmes abordés.

Devil’s honey – Natsume Isaku

devil s honey natsume isaku
NATSUME Isaku
ISBN: 9782351806753
Taifu comics, 2012
ISBN: 9784799710395 (JP)
Libre, 2011 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: si on s'ennuie

Un délinquant? Non, un diable craquant!

Natsume Isaku sensei aborde avec humour une romance entre un professeur doué en arts martiaux et un élève bagarreur. Elle pose rapidement la question de l’interdit, obligeant Sugaya a réfléchir sur son attirance, ses sentiments et sa situation. Comme Yoshino est naturellement direct et familier avec son professeur, son comportement brouille leur relation. Son admiration évolue doucement vers le sentiment amoureux, avec des questionnements. D’ailleurs, divers évènements les poussent au rapprochement, même si le professeur tente de résister à la tentation. La narration alterne entre les deux héros, permettant ainsi de comprendre l’avancée de leurs réflexions. L’auteure s’intéresse également au jugement sur l’apparence, au manque de pédagogie de certains enseignants qui ne jurent que par l’élite, aux difficultés de communication et des limites entre professeurs et élèves.

La mangaka a un trait facilement reconnaissable, épuré et simple. Son style est typiquement shôjo. Les trames d’ambiance alternent avec les décors. La mise en page est dynamique. Pour les scènes érotiques, Natsume sensei ne montre pas les détails, jouant sur les cadrages. Elle censure les parties génitales en ne les dessinant pas. En bonus, elle offre une courte histoire narrant les aventures de son chien chez le vétérinaire.

En résumé

Le professeur d’éducation physique Sugaya Toshimitsu rêvait de travailler dans sa région. Néanmoins, il déchante un peu entre des supérieurs méprisants, des élèves impertinents et des parents d’élèves hautains. Pourtant, il a la côte auprès des mères de famille. Le proviseur et son adjoint Murase lui confient alors la surveillance des délinquants du lycée, menés par Yoshino Tatsumi, surnommé le démon des couloirs. Mais le professeur se rend vite compte que les rumeurs sont exagérées. Certes, l’adolescent a tendance à se battre quand on le provoque mais il est très gentil. Étonnamment, l’étudiant accepte de lui obéir après une démonstration de prise d’arts martiaux. Mais le professeur est de plus en plus séduit par son élève. En plus, ce dernier lui voue une admiration sans bornes depuis qu’il l’aurait sauvé plus jeune…

En conclusion

Cette comédie romantique légère n’approfondit malheureusement pas les questionnements intéressants qu’elle soulève. En plus, la fin semble un peu précipitée. Toutefois, j’ai passé un excellent moment à sa lecture. Un one-shot sans prétention qui se laisse lire et qui plaira principalement aux fans de l’auteure.

Choco strawberry vanilla – Psyche Delico

choco strawberry vanilla psyche delico
PSYCHE Delico 彩景でりこ
ISBN: 9782368775363
Boy’s love IDP, 2016
ISBN: 9784812484074 (JP)
Takeshobo, 2013 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

« Les affres de l’amour à trois. »

Psyche Delico sensei développe un triolisme original avec deux amis d’enfance qui partagent tout, sans pour autant être amoureux, et initient « leur » nouveau partenaire. Elle alterne la narration entre Minegishi, Takeshi et Hiroi, partageant leurs réflexions. Ainsi, elle amène le lecteur à s’interroger sur l’amour exclusif. En effet, Hiroi assume pleinement son polyamour. Toutefois, l’incompréhension de sa sexualité différente par ses anciennes partenaires l’a fragilisé psychologiquement. Take a toujours suivi Hiroi sans réfléchir à ses goûts personnels mais son attirance naissante pour Mine l’amène à mieux cerner ses penchants sadiques. D’ailleurs, Mine fait l’effort de comprendre leur vision en acceptant d’apprendre à aimer ce qu’aime son partenaire. L’auteure joue sur les remises en questions de ses personnages et la relation conflictuelle entre Tada et Katsuya. Elle met parfaitement en scène les sentiments et les hésitations des trois partenaires. L’équilibre entre eux se construit donc difficilement.

La mangaka a un trait fin et épuré, presque dépouillé. Elle n’hésite pas à dessiner des jambes poilues. Une certaine blancheur se dégage de ses planches car elle privilégie les aplats noirs et utilisent peu de trames pour les ombres. De même, les trames d’ambiance se font également discrètes. Au premier abord, la mise en page semble classique avec des cadres délimités, pourtant il y a bien quelques ellipses et des absences de cadres. Par ailleurs, les angles de vue intéressants donnent un certaine dynamique. Psyche sensei censure à peine les scènes érotiques, avec de fines bandelettes blanches qui se fondent dans le dessin. Elle représente les trois protagonistes dans les illustrations en début de chapitre. Sous la jaquette, elle accompagne sa postface de deux planches conclusives sans trop montrer le nirinzashi.

En résumé

Depuis l’enfance, Kômoto Hiroi partage tout ce qu’il aime, objets comme humains, avec Tada Takeshi. A une soirée d’anciens élèves du lycée, il retrouve Minegishi Katsuya, un garçon taciturne et sombre avec qui il arrivait à converser. Ce dernier nourrit un amour secret pour lui depuis cette période. Hiroi lui propose alors de sortir ensemble après avoir couché ensemble. Mais lors de leur deuxième rendez-vous, il emmène avec lui Take. Surpris, Mine rejette d’abord sa proposition de faire l’amour à trois, mais quand son amant lui annonce qu’il le quitte s’il refuse son ami comme une extension de lui, il finit par céder. Difficile pourtant pour lui d’accepter cet intrus dans leur relation…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la cinquième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2014. La couverture est classée troisième et Minegishi Katsuya, deuxième personnage érotique. J’adore les threesome quand ils se font dans le consentement. Ici, Mine se fait un peu forcer la main au début et cela pourra déranger certains lecteurs. Cependant, comme à son habitude, l’auteure développe parfaitement son scénario en portant attention aux questionnements et à l’évolution des sentiments des personnages. Je trouve donc l’ambiance de ce drame moins sombre que les autres œuvres de la mangaka.

Your dream – Aruku et Kouki

your dream aruku kouki
ARUKU
Kouki コウキ
ISBN: 9782375060544
Taifu comics, 2017
ISBN: 9784344835863 (JP)
Gentosha, 2015 (JP)
Titre original: 君の夢を見ている
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: beaucoup

Se battre contre le destin pour rester avec son bien-aimé.

Aruku sensei narre une romance basée sur l’amour destiné. Elle alterne la narration entre les deux héros. Ainsi, elle confronte deux personnalités différentes. A cause de ses prédictions, Amamori a développé un amour obsessionnel et panique dès que les évènements diffèrent. Au contraire, Yui pense que le destin se construit par soi-même. Quand ses sentiments se développent, il doute alors d’une possible influence de l’écrivain, éprouvant même de la jalousie envers sa propre image fantasmée. Les deux hommes habitués à la solitude vont alors développer une certaine dépendance l’un envers l’autre. D’ailleurs, l’auteure interroge sur la naissance du sentiment amoureux et l’incertitude de l’avenir. Elle met leur amour à l’épreuve en basculant totalement dans un univers fantastique. En effet, après les rêves prémonitoires, elle s’intéresse à l’influence du voyage temporel. La différence entre rêve et réalité donne une touche poétique au récit.

Kouki sensei a un trait épuré de style shôjo. Elle représente ses personnages en SD dans les passages humoristiques, leur donnant un aspect très mignon. Les trames d’ambiance viennent appuyer les émotions. De même, les décors détaillés sont très présents. La mangaka met en avant l’esthétique des images avec une mise en page dynamique, ajoutant une touche poétique. Elle renforce ainsi le flou entre rêve et réalité. Par ailleurs, elle montre peu de détails dans les scènes érotiques en choisissant bien les angles de vue. Les illustrations en début de chapitre résument les évènements à venir, mais avec une touche très romantique. En fin de tome, un yonkoma se moque avec finesse des rêves prémonitoires.

En résumé

Yui Hisashi se fait draguer par un bel homme qui lui annonce qu’ils étaient destinés à s’aimer. Il le retrouve le lendemain et devra même être son responsable éditorial. En effet, l’écrivain Amamori Ken lui explique alors qu’il a toujours rêvé de leur rencontre. Pour le convaincre, il lui révèle même leur futur: ils s’embrasseront dans une semaine et coucheront ensemble dans un mois. Hétérosexuel, Yui est mal à l’aise face à cet homme plutôt intrusif et connaissant déjà ses goûts. Pourtant, il apprécie sa verve et ses récits de voyages. Il est même surpris de découvrir le sobre mode de vie de ce voyageur sans attaches, logeant dans un hôtel délabré. Mais il commence également à rêver d’Amamori. Alors quand l’écrivain vient le gêner pendant une sortie avec une fille, il s’énerve contre lui. Pourtant, en le voyant partir le lendemain, il ne peut s’empêcher de le retenir…

En conclusion

J’ai été surprise par la fin mais j’apprécie le développement de cette histoire. Ce one-shot est à la fois triste et beau, malgré un happy end. Le récit est touchant mais certains lecteurs auront peut-être du mal à accrocher à cause du brusque basculement dans l’univers fantastique. Pour ma part, c’est un coup de cœur.

Our house love trouble – Owal

our house love trouble owal
Owal おわる
ISBN: 9782368776025
Boy’s love IDP, 2018
ISBN: 9784801959682 (JP)
Takeshobo, 2017 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

« La vie en communauté n’est pas toujours facile, alors si en plus l’amour s’en mêle… »

Owal sensei offre une comédie érotique avec des seme sadiques et des uke naïfs. Elle expédie les sentiments pour inclure des scènes érotiques à chaque chapitre. Le scénario léger joue surtout sur les quiproquos et les situations comiques. Le consentement n’existe pas mais les uke réagissent également très passivement, cédant immédiatement au plaisir. D’ailleurs, l’auteure alterne la narration entre les personnages et installe trois couples. Elle développe cependant beaucoup plus la romance entre Hibiki et Nonohiko, décrivant la naissance de leurs sentiments. En outre, elle dépeint des caractères extrêmes. Ainsi la naïveté et la pureté des uke leur donnent un côté un peu benêt adorable. Chacun a des complexes qui deviennent le jeu des seme pervers. Par ailleurs, l’esprit familial de la share house est bien mis en valeur.

La mangaka a un trait épuré et fin, rappelant le style shôjo. Elle dessine des ikemen, pour certains musclés, avec des visages légèrement ovales aux grands yeux. Les personnages rougissent facilement. Les trames d’ambiance alternent avec les décors assez détaillés. Cependant les pages ont une dominance blanche car les trames d’ombres et de couleurs sont claires. Par ailleurs, la mise en page très dynamique utilise parfois des angles de vue originaux. Owal sensei censure ses scènes érotiques en cachant les parties génitales par des hachures et des masques blancs. Pourtant, elle fait de gros plans sur les détails, augmentant tout de même l’impression sensuelle de certaines vignettes. Des illustrations en fin de chapitres présentent les personnages ou donnent des anecdotes. Sous la jaquette, il y a deux yonkoma amusants sur ce qu’aime Hibiki et une planche très chaude sur l’hôte qui a arnaqué Yûsuke.

En résumé

Nojima Nonohiko travaille dur pour payer ses études. Mais la résidence étudiante où il logeait ferme pour vétusté. Il trouve alors une chambre dans une magnifique share house tenue par un travesti, Kitora Kaoru. Le jour de son déménagement, après avoir visité le quartier, il réalise qu’il n’a pas encore les clés et ne peut rentrer. Arrive un des locataires, Kaido Hibiki. Ce dernier lui propose alors de prendre un bain ensemble. Complexé par ses tétons inversés, Nonohiko se cache comme il peu. Toutefois, Hibiki détend l’atmosphère en le complimentant, puis commence à le tripoter sans pudeur…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la première place du meilleur manga érotique au Chill Chill BL award 2018. Même si je recommande seulement un peu le titre, sachant que la légèreté du scénario sur les viols peut choquer, j’aime beaucoup ce titre. L’auteure joue sur les contrastes entre les statures des héros. Elle arrive à émouvoir en quelques cases. En plus, j’adore les trois couples. D’abord, le grand et fort Nonohiko qui se sous-estime mais se prend en main, arrivant à calmer la libido débordante de Hibiki. Ensuite, le couple surprenant entre Kaoru et l’étudiant Tatsuki Kotarô qui déteste les travestis. Enfin, le taciturne sculpteur Isurugi Kaname qui craque pour le côté innocent et inexpérimenté de l’hôte Sasaura Yûsuke. Je suis heureuse de les voir heureux, même si les uke sont clairement manipulés par leur seme! Et le chapitre final en rajoute, dévoilant leur coopération pour assouvir leurs fantasmes!