L’écume d’un ancien conte – Jyanome

Couverture de L'écume d'un ancien conte de Jyanome, éditions Taifu

Jyanome じゃのめ
ISBN: 9782375065181
Taifu comics, 2026
ISBN: 9784344847880 (JP)
Gentosha, 2021 (JP)
Titre original: お伽噺は泡と消え
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« J’avais envie de toi, même si je savais que tu disparaîtrais telle l’écume d’une vague dans la mer. »

Jyanome sensei développe une relation déséquilibrée, dans laquelle les sentiments réciproques n’effacent pas pour autant les craintes sur l’avenir. Elle alterne la narration entre les deux amants. A travers Suruga, elle s’intéresse au coming out et au premier amour. D’ailleurs, Sei apporte une note amusante tout en étant le moteur des changements d’Oka. Bien que froid et secret, Shinkai se montre pourtant possessif envers son petit ami. Alors que Yukiya et Akemi ont développé une dépendance qu’ils ont du mal à gérer, ils communiquent difficilement malgré une excellente compatibilité sexuelle. Par ailleurs, la révélation du passé du fils de yakuza permet de comprendre ses réticences. Ainsi, l’autrice aborde la pression familiale, la difficulté à choisir entre l’amour et la famille. Elle crée un peu de suspense sur l’identité du premier amour d’Oka.

La mangaka a un trait épuré légèrement anguleux. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Les trames sont équilibrées malgré une palette restreinte qui privilégie les contrastes noir et blanc. Les trames d’ambiance appuient les émotions et ajoutent même une touche poétique supplémentaire quand elles sont graphiques. De même, les flash-back se repèrent immédiatement à leur fond noir. Les décors apportent une note réaliste malgré un trait parfois simplifié. Par ailleurs, la mise en page dynamique rythme la lecture. Jyanome sensei ne censure pas les scènes érotiques. Toutefois, elle joue sur les cadrages et les angles de vue pour ne pas montrer entièrement les parties intimes. Néanmoins, elle met en avant la sensualité des corps. Sous la jaquette se trouve la postface. L’illustration couleur du frontispice reprend l’ambiance de la couverture.

En résumé

Oka Yukiya (26 ans) travaille dans un restaurant de ramen. Il entretient une relation purement charnelle avec Shinkai Akemi, un ami d’enfance, fils de yakuza qui gère un bar à hôtesses. A la fin du lycée, les deux adolescents se sentant seuls, avaient commencé à tromper leur ennui en couchant ensemble. Toutefois, leur relation s’enlise actuellement. Par ailleurs, Oka rêve d’une relation plus sérieuse. Mais un soir, il croise Suruga Sei, qui lui rappelle son premier amour…

En conclusion

Ce one-shot se classe dix-neuvième meilleur manga au Chill chill BL award 2022. Jyanome sensei offre une romance avec une note dramatique et mélancolique. Elle maintient un certain suspense durant tout le tome. Elle dépeint avec finesse les émotions de ses personnages, rendant palpable la tension entre Oka et Akemi ainsi que la fragilité de leur relation pourtant emplie de passion. Son graphisme met en avant la sensualité des corps. J’aime beaucoup la double facette assumée de Suruga. Une lecture poignante!

Sleeping on the paper ship 2 – Yatsuda Teki

Couverture de Sleeping on the paper ship 2 de Yatsuda Teki, éditions Taifu

YATSUDA Teki 八田てき
ISBN: 9782375065600
Taifu comics, 2025
ISBN: 9784829686898 (JP)
France shoin, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: beaucoup

« Je ne demande pourtant qu’à mourir avec lui. »

Yatsuda Teki sensei plonge le lecteur dans les révélations, maintenant le suspense jusqu’à la fin. Elle alterne la narration entre les deux amants. Ainsi, elle aborde la souffrance du manque d’inspiration et du blocage créatif, la dépression et comme dans le tome précédent, la manipulation. Kei a du mal à gérer ses souvenirs d’enfance refoulés qui remontent au fur et à mesure qu’il enquête. Il sombre de plus en plus malgré le soutien de Yôichi, qui lui partage sa vision plus positive de la vie. L’autrice interroge sur le double suicide, un classique de la romance japonaise. Ainsi, elle montre l’influence du vécu sur la création. Elle met également en avant le long parcours personnel à réaliser pour sortir d’une vie chaotique et trouver l’apaisement.

La mangaka a un trait léché, à peine épuré. Elle exagère discrètement les expressions dans les passages humoristiques, apportant ainsi une note réaliste. Toutefois, elle arrondit et simplifie son trait dans les passages plus détendus en fin de tome. Le réalisme est également renforcé par des décors soignés et très présents, inspirés de photographies. Les trames très nombreuses rendent les couleurs, les dégradés et les ombres. Les trames d’ambiance appuient également les émotions. La mise en page est très dynamique. Par ailleurs, Yatsuda sensei sème des indices en arrière-plan. Elle offre des pages poétiques jouant sur des effets mélangeant imagination et réalité. Dans les scènes érotiques, elle utilise les cadrages pour ne pas montrer les parties intimes. Les illustrations en début de chapitre donnent des indices sur le récit. Les personnages posent aussi dans leur quotidien. Sous la jaquette, il y a un extrait du roman Fade out.

En résumé

Bien que Mikami Yôichi soit prêt à mourir avec Kitahara Kei, il ressent de plus en plus une discordance avec son amant. Il exige alors de lire le scénario de Kei mais réalise qu’il n’apparaît pas dans le récit. Il remarque également que l’écrivain le rejette depuis sa visite avec son éditeur. Lui cacherait-il ses véritables intentions?

En conclusion

Yatsuda Teki sensei démontent au fil des révélations les éléments qui semblaient fantastiques pour basculer sur une enquête entre passé et présent. Les tensions s’intensifient, prenant un ton très dramatique. Toutefois, l’apaisement s’installe petit à petit, suivant l’évolution des personnages. Le graphisme avec des touches réalistes facilite l’immersion dans le récit. Une conclusion qui me satisfait pleinement. Une lecture intense!

New York New York 2 – Ragawa Marimo

Couverture de New York New York 2 de Ragawa Marimo, éditions Panini

RAGAWA Marimo 羅川真里茂
ISBN: 9791039134132
Panini, 2025
ISBN: 9784592884293 (JP)
Hakusensha, 2003 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: absolument

« Kain, je suis… au comble du bonheur. »

Ragawa Marimo sensei nous plonge dans une enquête policière sur les traces d’un tueur en série, Joey Kline. Elle met en avant les procédures policières, les tensions entre sections mais également, à travers Luna Pittsburg, les remarques souvent misogynes. Par ailleurs, elle montre la pression des médias ainsi que des rumeurs. Ainsi, Kain devient de plus en plus réactif aux remarques homophobes. Il évolue et affronte les difficultés également grâce au soutien de sa mère, Aida Walker. Le caractère instable de Joey se dévoile au fil des chapitres. D’ailleurs, le développement des victimes permet de ressentir encore plus l’impuissance face au déferlement de violence du tueur. L’autrice aborde aussi l’homoparentalité avec l’adoption d’Erica. Alors que la narration se basait sur Kain, elle donne le point de vue de la fillette dans le dernier chapitre. Par ailleurs, elle reboucle sur le premier tome avec le journaliste Matthew Ryan.

La mangaka a un trait légèrement épuré au contour parfois dédoublé. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Elle dessine des morphologies plutôt carrées, caractéristique de son style graphique. Les trames équilibrées sont tout de même très variées tandis que les trames d’ambiance appuient les émotions. Les décors soignés situent principalement l’action. Par ailleurs, la mise en page dynamique reprend les codes du shôjo manga. Dans les scènes érotiques, Ragawa sensei joue sur les angles de vue et les cadrages pour ne pas montrer les parties intimes. Elle offre des fiches personnages succinctes en début de tome. Un vernis sélectif apporte de la douceur et du relief à la couverture.

En résumé

Mel Frederics et Kain Walker décident de se marier même si cela reste officieux. A leur surprise, Brian Berg, le chef de Kain, assiste à la cérémonie tandis que JB et les collègues de Mel célèbrent l’évènement chez les jeunes mariés. D’ailleurs, le lendemain, les deux amoureux continuent de rester sur leur petit nuage de bonheur. Toutefois, en rentrant le soir, Kain découvre que Mel a disparu…

En conclusion

Ragawa Marimo sensei propose une approche plutôt réaliste. Elle alterne action, enquête, tension, jouant constamment avec les émotions des lecteurices, entre espoir et désespoir. Elle continue en parallèle à dénoncer l’homophobie de l’époque à travers d’autres thèmes. Son graphisme reconnaissable s’adapte parfaitement aux ambiances. Bien que je connaisse déjà l’histoire dans son intégralité, je stressais quand même durant l’enquête et mes larmes ont naturellement coulé à la fin. Les commentaires des intervenants apportent en plus un autre regard intéressant sur le récit. Ne passez pas à côté de ce chef d’œuvre! Une lecture à lire absolument.

New York New York 1 – Ragawa Marimo

Couverture de New York New York 1 de Ragawa Marimo, éditions Panini

RAGAWA Marimo 羅川真里茂
ISBN: 9791039134125
Panini, 2025
ISBN: 9784592884286 (JP)
Hakusensha, 2003
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: absolument

« Jesus… Je me suis dit que c’était le destin. »

Ragawa Marimo sensei propose de découvrir la vie des homosexuels aux États-Unis durant les années 90, à travers la romance de Walker et Frederics. Ainsi, elle aborde l’homophobie, la discrimination, la difficulté à faire son coming out, le mariage, le sida et la vie sexuelle des homosexuels. Elle offre une large palette de réactions entre acceptation et rejet. Le passé traumatisant de Mel se dévoile au fil des chapitres. D’ailleurs, le serveur a développé un amour exclusif et dépendant. Kain, au contraire, se comporte d’abord de manière méprisable avec un côté dominant et jaloux, distinguant amour et sexe. Le couple évolue alors avec des hauts et des bas. La narration se base principalement du point de vue du policier. L’autrice développe également les personnages secondaires homosexuels, présentant une petite tranche de leur vie, centrée sur leur manière de vivre autrement leur sexualité. Elle dénonce la pression sociale et familiale subie.

La mangaka a un trait légèrement épuré, jouant sur les pleins et déliés, avec des contours parfois dédoublés. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Par ailleurs, en plus des trames équilibrées, elle dessine certains motifs à la main comme par exemple les carreaux des chemises, les jeans. Des hachures soulignent également les ombres fortes. De même, les trames d’ambiance plutôt graphiques accompagnent les émotions. La mise en page reprend les codes du shôjo manga, avec des sorties de cadre, des fleurs décoratives, des superpositions et des ellipses. Dans les scènes érotiques, Ragawa sensei joue sur les cadrages pour ne jamais montrer les parties intimes. L’éditeur propose une perfect edition en coffret, regroupant les quatre tomes initiaux en deux, en plus grand format. Un vernis sélectif sur la couverture donne un bel effet. Il y a également une illustration et deux marque-pages.

En résumé

Kain Walker, policier (24 ans), cache son homosexualité et cumule les aventures d’un soir. Mais un jour, il rencontre Mel Frederics, serveur (22 ans), dans un bar gay. Bien que le jeune homme ne cherche qu’à discuter, Kain sympathise vite et n’arrive pas à l’oublier. Finalement, les deux hommes finissent par sortir ensemble. Toutefois, Walker gère mal sa jalousie grandissante vis à vis des hommes que Mel a pu rencontrer avant lui. Pourtant, ils emménagement ensemble.

En conclusion

Ragawa Marimo sensei offre une tranche de vie empreinte de réalisme, abordant de manière générale l’homosexualité dans les années 90 aux États-Unis. Ainsi, elle dépeint avec finesse les émotions de ses personnages et décrypte également les différentes réactions. Elle mêle avec dextérité romance, drame et petits moments comiques. Son graphisme rafraîchissant a un style immédiatement reconnaissable, avec des morphologies plutôt carrées. Fan de la mangaka, c’est avec un énorme plaisir que je redécouvre cette magnifique histoire. Une lecture émouvante!

Cure blood – Togaya Arata

couverture de Cure blood de Togaya Arata, éditions Taifu

TOGAYA Arata 戸ヶ谷新
ISBN: 9782375065549
Taifu comics, 2025
ISBN: 9784396785536 (JP)
Shodensha, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: un peu

« Je vais t’examiner et te donner mon sang. »

Togaya Arata sensei narre une romance platonique entre deux médecins, dont l’un se transforme en vampire. Elle offre des tranches de vie, effectuant des sauts dans le temps pour ne développer que les évènements marquants. Ainsi, elle aborde la question de la cohabitation, la peur de perdre l’être aimé ainsi que le poids de la « maladie ». La narration alterne entre Tadayuki et Jûji. Bien qu’asocial, le vampire ressent la solitude, ses interactions humaines devenant limitées à cause de son lent vieillissement. De même, il culpabilise d’accaparer l’attention de son collègue. Pourtant, grâce à la recherche sur la transformation du médecin, une complicité se crée entre les deux amis. Ainsi, l’autrice aborde la question du vieillissement et de la mort, l’acceptation de l’autre tel qu’il est, le sacrifice de soi.

La mangaka a un trait épuré légèrement anguleux. Elle dessine des corps plutôt longilignes. Toutefois, elle simplifie et arrondit son trait dans les passages humoristiques. La mise en page est simplement dynamique. Les trames sont équilibrées tandis que les trames d’ambiance accompagnent les émotions. De même, les flash-back se repèrent immédiatement à leur fond noir. Togaya sensei montre l’évolution de la relation à travers des illustrations métaphoriques et poétiques. Elle résume également l’ambiance du récit dans les illustrations en début de chapitre. Sous la jaquette, elle offre le plan du logement commenté par les deux médecins qui apparaissent en semi SD.

En résumé

Depuis son opération, le médecin Kamikawa Tadayuki (28 ans) constate des changements dans son corps. Il n’arrive plus à manger, guérit très vite et se sent constamment fatigué. Quand son collègue Jûji Takeru (33 ans) l’invite chez lui à dîner, le jeune médecin est soudain pris d’un vertige et l’agresse pour lui sucer son sang. Tadayuki fuit alors et disparaît, tentant de se suicider en vain. Toutefois, Takeru refuse de l’abandonner et le retrouve quelques mois plus tard. Il lui propose alors de l’examiner et de lui donner son sang…

En conclusion

Pour son premier manga publié, Togaya Arata sensei maîtrise plutôt bien le format one-shot. Elle offre une tranche de vie touchante centrée sur la vie à deux et la mort. Par ailleurs, la transformation en vampire apporte quelques sujets supplémentaires intéressants comme la solitude. Son graphisme est agréable. J’ai été agréablement surprise par le développement du récit. J’aime beaucoup l’ambiance générale qui s’en dégage. J’aimerais découvrir d’autres œuvres de la mangaka. Une lecture simplement émouvante!

Sleeping on the paper ship 1 – Yatsuda Teki

Couverture de Sleeping on the paper ship 1 de Yatsuda Teki, éditions Taifu

YATSUDA Teki 八田てき
ISBN: 9782375065198
Taifu comics, 2025
ISBN: 9784829686881 (JP)
France shoin, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: un peu

« J’étais définitivement possédé par ce dieu de la mort. »

Yatsuda Teki sensei mêle réalité et fiction, incluant également des évènements historiques à son récit. Elle brouille volontairement la première impression des lecteurs sur les personnages en dévoilant des facettes différentes au fil du récit, oscillant entre imagination ou folie. La narration alterne entre les deux héros, présentant deux visions différentes entre des survivants de catastrophe. En effet, Kei, hanté par son passé, trouve une certaine libération à travers l’écriture. Yôichi quant à lui manque cruellement de confiance en lui et a l’impression d’être une coquille vide. Malgré une attirance réciproque, le destin semble s’acharner sur les deux amants qui n’arrivent pas à avancer. Ainsi, l’autrice aborde la culpabilité du survivant, la difficulté à dépasser un traumatisme, le sentiment d’impuissance et de déconnexion dans un monde qui avance à un autre rythme. Elle interroge sur la manipulation, la malédiction, la différence entre amour et admiration.

La mangaka a un trait à peine épuré, plutôt fin et détaillé, presque réaliste. Elle le renforce par des décors soignés très présents, inspirés de photographies. Ainsi, elle utilise beaucoup de trames pour rendre les détails des ombres et des couleurs. Néanmoins, son style se simplifie dans les passages humoristiques. Par ailleurs, les trames d’ambiance, parfois graphiques, appuient les émotions. La mise en page très dynamique rythme la lecture. Les illustrations en début de chapitre dégagent un aspect poétique avec les personnage qui posent. Yatsuda sensei rend parfaitement l’ambiance, le style vestimentaire et les décors des différentes époques. Elle représente de manière métaphorique la mort qui accompagne parfois Kei. Dans les scènes érotiques, elle ne montre pas les parties intimes, jouant sur les cadrages et les angles de vue. Sous la jaquette, il y a une histoire à lire à la fin des deux tomes.

En résumé

Après avoir survécu à un accident durant l’enfance, Kitahara Kei écrit frénétiquement, comme possédé par le dieu de la mort. Toutefois, tous ceux dont il s’inspire dans ses scénarios, meurent dans d’étranges circonstances. Persuadé de devenir fou, il refuse depuis d’écrire et noie ses soucis dans l’alcool. Un soir, alors qu’il est frappé par des soldats américains, il est recueilli par Mikami Yôichi, photographe.

En conclusion

Yatsuda Teki sensei ancre d’abord son récit dans la réalité avant de perturber le lecteur en semant différents indices au fil de son récit, interrogeant sur la folie ou non de Kei. Elle crée ainsi tension et suspense. Son graphisme aux traits plutôt réalistes renforce l’immersion dans le récit. Toutefois, certains passages semblent confus ou trop expéditifs mais cela ne dérange en rien la compréhension générale. Hâte de découvrir la suite!

Le loup déguisé en agneau 2 – Kyugo

couverture de Le loup déguisé en agneau 2 de Kyugo, éditions Hana

Kyugo 九號
ISBN: 9782382765241
Hana, 2025
ISBN:‎ 9784199609732 (JP)
Tokuma shoten, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

« Tu es le seul à pouvoir changer qui tu es. »

Kyugo sensei propose de découvrir la suite de la romance entre l’ancien escroc Tatsumi Keigo et Kusakabe Daichi, devenu assistant social. Comme dans le tome précédent, elle alterne la narration entre les deux hommes. D’ailleurs, Tatsumi a beaucoup évolué mais a tendance à se mésestimer, culpabilisant de mentir parfois à son petit ami. L’introduction de Yano Tomoki permet de découvrir l’enfance et le passé violent de Kei. De même, le travail de Daichi montre les défaillances auxquelles se confronte le Centre de protection à l’enfance au Japon. L’agent de probation Tanuki met en avant l’importance de la réhabilitation ainsi que les failles du système. En effet, l’autrice installe une nouvelle intrigue, dénonçant les méthodes des yakuzas mais aussi de la police. Elle sème par ailleurs des indices, créant du suspense jusqu’à la fin. Elle aborde donc la manipulation, la vengeance.

La mangaka a un trait léché à peine épuré. Elle exagère les expressions dans les passages humoristiques. Elle utilise beaucoup de trames, donnant ainsi un effet réaliste. De même, les décors très soignés sont souvent présents. Par ailleurs, les trames d’ambiance appuient les émotions tandis que les flash-back se repèrent à leur fond noir. La mise en page très dynamique rythme la lecture et joue sur l’absence de cadre, les ellipses, les superpositions et les formes des vignettes adaptées au contenu. Dans les scènes érotiques, Kyugo sensei ne montre pas les parties intimes, sans contour, cachées par des trames ou des onomatopées. Dans les illustrations en début de chapitre, elle fait poser les personnages tout en montrant leur quotidien.

En résumé

Depuis que Tatsumi Keigo sort avec Kusakabe Daichi, il a retrouvé une certaine normalité, travaillant même comme barman. Il remarque par ailleurs qu’il devient de plus en plus possessif. Un soir, il recroise un camarade de l’orphelinat, Yano Tomoki, faisant alors remonter de douloureux souvenirs…

En conclusion

Ce tome obtient la troisième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2024. Kyugo sensei propose une nouvelle intrigue mettant à l’épreuve la confiance encore fragile du couple. Plus qu’une romance, elle analyse les défaillances du système juridique, montrant ainsi les limites face à la violence et les difficultés d’en sortir malgré une bonne volonté. Son graphisme transcrit avec finesse les changements d’ambiance. Une lecture intrigante qui donne envie de découvrir la suite!

Tends les mains et vole – Yamada Nonono

Couverture de Tends les mains et vole de Yamada Nonono, éditions Hana

YAMADA Nonono 山田ノノノ
ISBN: 9782382765104
Hana, 2025
ISBN: 9784403667893(JP)
Shinshokan, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« Quand je suis avec toi, j’ai l’impression que tout est possible. »

Yamada Nonono sensei narre une romance avec une note dramatique entre deux étudiants attirés mutuellement. Elle révèle au fur et à mesure les facettes cachées des deux personnages, entre le rêveur et innocent Chikara et le manipulateur Chihiro cabossé par la vie. Ainsi, en dévoilant également le secret autour du tatouage, elle aborde la question du jugement sur l’apparence, l’anormalité, la violence intrafamiliale, la peur du rejet. L’approche différente des recherches permet au deux hommes de débattre et se rapprocher. De même, leur vision opposée de l’amour va créer quelques tensions. L’autrice s’intéresse donc à l’importance de la réalisation d’un rêve, quelque soit l’âge, de l’influence bénéfique d’un soutien et à l’acceptation de l’autre tel qu’il est. Elle montre également les dangers d’un harceleur.

La mangaka a un trait épuré dont les pleins et déliés ajoutent du relief. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Les trames sont variées tandis que les trames d’ambiance appuient les émotions. De même, les flash-back se repèrent immédiatement à leur fond noir. Par ailleurs, les décors soignés apparaissent sur les plans larges. La mise en page est dynamique. Yamada Nonono sensei ne censure pas les scènes érotiques. Elle dessine d’ailleurs une scène par chapitre. Dans les illustrations en début de chapitre, elle fait poser les personnages, les intégrant parfois au récit.

En résumé

L’étudiant Morino Chikara se laisse facilement emballer par ses recherches sur un oiseau robot. Un professeur lui permet de se rattraper en effectuant une synthèse sur un sujet donné. Le jeune et brillant Satomi Chihiro lui propose alors de l’aider. Comme Chikara habite en face de l’immeuble de Chihiro, il accepte un soir de l’espionner à la demande de son amie Himeno Miki, qui a des vues sur ce dernier. Mais en voyant Satomi se masturber, Morino ressent de l’excitation. Toutefois, ce qui l’intrigue encore plus, c’est le magnifique tatouage sur le buste de son voisin.

En conclusion

Ce one-shot se classe deuxième meilleur manga profond au Chill chill BL award 2022. Yamada Nonono sensei s’éparpille autour de trop de sujets, enchaînant ainsi les évènements et les révélations. A cause du format, on a l’impression que tout est précipité et le suspense constant perd un peu de sa force. Toutefois, les thèmes abordés sont intéressants, même si non approfondis. Le graphisme est agréable. Attention, quelques scènes pourront choquer la sensibilité des lecteurs. J’ai tout de même apprécié cette histoire, notamment le passé dramatique de Chihiro et la candeur de Chikara. Impossible d’en dire plus sans spoiler, désolée. Une lecture qui ne touchera pas un public exigeant mais tout de même prenante!

Happy of the end 3 – Ogeretsu Tanaka

couverture happy of the end 3 ogeretsu tanaka hana

OGERETSU Tanaka おげれつたなか
ISBN: 9782382764770
Hana, 2024
ISBN: 9784801981843 (JP)
Takeshobo, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

« Une ordure comme toi ne risque pas d’avoir des amis. »

Ogeretsu Tanaka sensei conclut son récit en confrontant d’abord ses deux héros à une effroyable épreuve. Comme dans le tome précédent, elle s’attarde sur l’évolution des sentiments de ses personnages, en particulier le basculement de Haoren devenu instable suite à un énième traumatisme. Ainsi, elle aborde la difficulté à se reconstruire et à préserver son bonheur, le poids de la culpabilité, la facilité à fuir les responsabilités. Malgré son traumatisme, Chihiro s’efforce de rassurer son partenaire. Haoren, qui a le plus changé, préfère maintenant agir avant tout pour le bonheur de son bien-aimé, quitte à se sacrifier. Malgré les silences, le couple semble se comprendre de mieux en mieux, soutenu par Kaji et Matsuki. Ainsi, l’auteure s’intéresse aux efforts pour réaliser son rêve, l’influence positive de préparer son avenir. Elle maintient le suspense, surprenant le lecteur jusqu’à la dernière page.

La mangaka a un trait léché. Elle exagère légèrement les expressions, simplifiant un peu son trait dans les passages humoristiques. Elle utilise beaucoup de trames, donnant ainsi un effet réaliste, surtout pour les ombres et les motifs des tissus. De même, les décors très présents et soignés renforcent le réalisme. Les paysages d’Enoshima sont ainsi reconnaissables. Au lieu des trames d’ambiance, un jeu de lumière avec des décors estompés donne un effet de contre-jour. Les flash-back se repèrent immédiatement à leur fond noir. Ogeretsu sensei ne censure pas les scènes érotiques. Elle propose une mise en page très dynamique. Par ailleurs, elle renforce la profondeur avec des hachures au premier plan, permettent ainsi de se focaliser sur les points essentiels. Cette technique discrète fluidifie grandement la lecture. Les illustrations en début de chapitre présentent les personnages assis, dans un style plus dépouillé qui tranche avec le reste.

En résumé

Maya oblige Kashiwagi Chihiro à monter dans sa voiture en menaçant sa collègue lycéenne Komori Misato. Mais énervé par une remarque de Chihiro, il finit par le passer à tabac. Toutefois, des passants les surprennent en filmant la scène avant de prévenir les secours. Quand Chihiro se réveille plus tard à l’hôpital, Kaji vient d’abord prendre de ses nouvelles puis cède sa place à Haoren Kô. A la fois rongé par la culpabilité et en état de choc, Haoren se montre doux avec son bien-aimé en larmes, ne sachant comment le réconforter.

En conclusion

Ce tome obtient la quatrième place de la meilleure série au Chill chill BL award 2024. Ogeretsu Tanaka sensei offre une fable humaine émouvante qui m’a tiré quelques larmes. Les sentiments des personnages sont palpables. En plus, son graphisme plutôt réaliste et très expressif rend le récit encore plus saisissant. La lecture provoque ainsi une flopée d’émotions. Impossible de rester de marbre face à cette malchance affligeante qui touche ce couple se contentant pourtant de très peu de bonheur!

Boss and the beast – Sachimo

couverture boss and the beast sachimo hana

Sachimo さちも
ISBN: 9782382762066
Hana, 2024
ISBN: 9784041124642 (JP)
Kadokawa, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: absolument

« Ma connaissance du monde est aussi étroite que mon anus. »

Sachimo sensei narre une romance dramatique entre deux hommes brisés par la vie qui développent pourtant un amour pur. Elle révèle leur passé au fur et à mesure, maintenant un certain suspense. De même, elle alterne la narration entre ses deux héros, partageant leurs interrogations. Après avoir vu le pire de l’humanité, Léo semble conditionné mais analyse ses nouveaux sentiments. Le boss, quant à lui, habitué a acheter la fidélité de son entourage, a du mal à comprendre son attirance. Les deux hommes d’abord déstabilisés, évoluent en se découvrant mutuellement. Les jumeaux apportent une petite note humoristique rafraîchissante dans cet univers très sombre. L’auteure interroge ainsi sur la « normalité » en jouant sur la dualité entre le bien et le mal. Elle aborde également le manque d’amour, la dépendance affective, le besoin d’être utile. Par ailleurs, elle construit une relation plutôt consensuelle dans ce monde violent.

La mangaka a un trait léché légèrement anguleux. Elle le simplifie dans les rares passages humoristiques. Elle donne un peu de relief grâce à des contours de différentes épaisseurs. D’ailleurs, son style graphique se reconnaît immédiatement avec ses yeux effilés caractéristiques et pourtant tellement expressifs. Les trames sont équilibrées tandis que les trames d’ambiance se font discrètes. De même, les décors situent principalement l’action. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. La mise en page très dynamique rythme la lecture. Dans les scènes érotiques, Sachimo sensei censure les parties intimes par un cache blanc ou une forme tramée. Elle détaille pourtant certaines actions par transparence avec des coupes intérieures. Dans les illustrations en double page au début des chapitres, elle dessine le couple avec un indice sur le récit. Par ailleurs, la représentation esthétique de la violence conserve ainsi un impact sans pour autant choquer.

En résumé

Maltraité puis vendu par ses parents, Léonard est devenu un esclave sexuel jusqu’à ce qu’un jour, on l’abandonne roué de coups dans une rue enneigé. Soigné par le boss de l’organisation « Last home », qui accueille les laissés-pour-compte, il découvre le bonheur de manger trois fois par jour et de dormir sous un toit. Pour ne pas perdre ce nouveau confort, il cherche désespérément à se rendre utile et finit alors par offrir ses services aux jumeaux Rikuo et Kaito. Mais le boss interrompt ses deux sous-fifres et accepte de coucher avec Léo. Toutefois, il ne comprend pas pourquoi ce jeune homme qui refuse son argent l’intéresse autant.

En conclusion

Sachimo sensei maîtrise parfaitement le développement de son scénario, décryptant avec finesse la sensibilité vacillante de ses personnages. Ainsi, elle donne envie au lecteur de soutenir le couple. En plus, son graphisme magnifique devient très sensuel dans les passages érotiques. J’adore ce récit qui questionne indirectement sur le bonheur et l’amour. Je suis touchée par ce couple émouvant et par la pureté de leur histoire d’amour. Par ailleurs, j’adore les couples reversible. Un récit à ne pas mettre entre toutes les mains mais qui plaira aux amateurs d’amour pur dans un univers sombre. Pour moi, un énorme coup de cœur!