Passions réfrénées – Nagi Wataru

passions refrenees nagi wataru

NAGI Wataru 那木渡
ISBN: 9782368777404
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784801960268 (JP)
Takeshobo, 2017 (JP)
Titre original: 恋愛不行き届き
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

La peur d’une sexualité différente dépassant les sentiments.

Nagi Wataru sensei met en scène deux étudiants hésitants sur leur sexualité mais attirés mutuellement. Elle aborde différents sujets comme la difficulté à accepter son homosexualité, la peur des réactions des autres, la pression familiale, en particulier quand le père est une personne publique. En revanche, elle choisit des personnages plutôt clichés: Wakamiya cache son homosexualité, Kirishima oscille entre bisexuel et hétérosexuel, Chôko représente les travestis et Enomoto, l’homosexuel refoulé psychopathe. Tandis que Kurama redoute de briser l’avenir d’un fils héritier, Kento nourrit un amour obsessionnel incontrôlable. Ainsi, la narration alterne entre les deux étudiants. L’auteure joue sur le contraste entre leurs pensées intérieures et ce qu’ils disent en public. En se montrant un peu exhaustive, elle précipite certains passages qui auraient pu être poignants comme le coming out. Par ailleurs, le comportement de Kirishima entraîne une relation non consentie violente, avec un traumatisme suggéré mais malheureusement peu développé.

La mangaka a un trait dédoublé légèrement anguleux. Elle marque bien les muscles et dessine des corps masculins assez réalistes; son style est plaisant. Les trames d’ambiance discrètes chevauchent parfois les décors. En plus, la profusion des dialogues surcharge certaines pages. Néanmoins, Nagi sensei offre quelques vignettes esthétiques, en particulier les passages à la mer. Elle varie beaucoup les angles de vue, dynamisant la mise en page. De même, elle superpose les fantasmes à la réalité, brouillant la compréhension mais illustrant le ressenti des héros. Les scènes érotiques non censurées transcrivent en détails la violence de certains rapports. Il y a également des coupes intérieures. En fin de certains chapitres, une planche donne une anecdote amusante, détendant l’atmosphère.

En résumé

Wakamiya Kurama confectionne les costumes du club de théâtre et participe donc à leur stage dans un hôtel en bord de plage. En réalité, la couture lui permet de s’évader. En effet, il cache son homosexualité et actuellement, il fantasme sur Kirishima Kento, le fils d’un gérant de magasin de tissus, également propriétaire de l’hôtel qui les accueille. Le club de théâtre ayant pour tradition d’organiser une partouse, Kurama préfère fuir. Mais excité par ce qu’il a vu, il plonge dans la mer pour se rafraîchir les idées. Croyant qu’il tente de se suicider, Kirishima vole à son secours. Mais comme il ne sait pas nager, il finit par boire la tasse. Finalement, le couturier le sauve et ils se parlent enfin pour la première fois. Il réalise alors qu’il désire que Kento devienne son premier homme.

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la quinzième place du meilleur nouveau venu au Chill Chill BL award 2018. En effet, l’auteure maîtrise déjà bien son graphisme. Cependant, elle s’intéresse à un sujet sérieux, cherchant à dramatiser les sentiments des personnages et à décrire la difficulté à atteindre le bonheur pour les homosexuels (hommes ou femmes). D’ailleurs, ses maladresses (de débutante?) se ressentent dans ce scénario un peu ambitieux. Le thème du viol aboutissant à une romance peut choquer certains lecteurs. Néanmoins j’apprécie beaucoup l’approche de la mangaka qui pense à représenter l’avis des différents genres et sexualités.

Happy shitty life 1 – Harada

happy shitty life 1 harada

Harada はらだ
ISBN: 9782368777282
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784801967960 (JP)
Takeshobo, 2019 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

La vie de merde de deux uke unis par un fantasme commun.

Harada sensei offre une comédie hilarante entre deux uke un peu idiots. Elle enchaîne les situations burlesques avec les délires de ses personnages au premier abord antipathiques: Kasuya transpire la vanité tandis que Kuzuya se laisse complètement vivre. Elle joue beaucoup sur les contrastes, jusque dans les jeux de mots; son récit pourrait avoir pour thème la dépravation, le déchet et la merde au sens figuré. En effet, bien que ses deux héros s’affirment hétérosexuel, ils n’ont qu’un seul but commun: satisfaire leur fantasme de se faire prendre par une femme sadique. Pourtant, ce couple yuripple trouve toujours un compromis pour se satisfaire mutuellement, développant une certaine complicité. Cependant, l’auteure occulte toute possibilité de sentiments amoureux. En introduisant Leo, elle ajoute même un sentiment contradictoire en faisant rire sur des situations dérangeantes comme le non-consentement et le viol. Par ailleurs, elle rappelle les difficultés d’être gay à la campagne.

La mangaka a un trait un peu anguleux qui semble légèrement acéré. Elle les simplifie en exagérant les différentes expressions, déjà hilarantes graphiquement. Par exemple, la tête dégoûtée ou envieuse de Kasuya reste inoubliable. De même, ses regards sont toujours aussi intenses. Les trames d’ambiance alternent avec les décors, plutôt soignés. La patte habituelle de Harada sensei se retrouve aussi dans le traitement des contrastes noir et blanc. Ainsi, elle utilise discrètement les trames mais travaille en revanche avec précision les ombres. Elle varie les angles de vue, portant toujours attention à des petits détails. Les scènes érotiques ne sont pas du tout censurées, avec parfois des gros plans. Dès le début, des fiches personnages et un diagramme expliquent les différents liens entre les protagonistes. Sous la jaquette, une illustration de Kuzuya le met en valeur avec classe.

En résumé

Suite à un scandale sexuel dans son entreprise, Kasuya Kyôtarô est muté à la campagne. Seulement une semaine qu’il est là et il ne supporte déjà plus son voisin chômeur, Kuzuya Yoshiyuki (30 ans), qui passe son temps à essayer de monter un gode sur un ventilateur. Un soir, alors que Kasuya désespère de se refaire vite avec des supérieurs passant beaucoup plus de temps à chasser les insectes, son patron Tagami l’invite à boire au bar de la belle Sakura. Mais il découvre que tout le village est au courant des détails de sa rétrogradation: une photo de lui en extase alors que la fille du patron le sodomise avec un strap-on. Alors qu’il fond en larmes, il est encouragé par l’assemblée, en particulier Kuzuya qui fantasme également sur la pénétration anale par une femme sadique. Complètement ivres, les deux voisins finissent par coucher ensemble!

En conclusion

Ce tome a obtenu la cinquième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2020. L’auteure arrive à nous faire rire de tout avec subtilité. Pour vous prouver son génie, je pourrai introduire ainsi « vulgairement » l’histoire: Kasuya, qui ne se prend pas pour de la merde, s’est mis dans la merde jusqu’au cou et a rencontré à la campagne Kuzuya qui mène une vie de merde depuis l’enfance. Je m’amuse de leurs joutes pour définir qui sera uke ou seme et de leur obsession. Et je me mets à espérer un peu de sentiments entre eux. Vivement la suite!

Les fantaisies du roi – Owal

les fantaisies du roi owal

Owal おわる
ISBN: 9782368777312
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784801968141 (JP)
Takeshobo, 2019 (JP)
Titre original: プッシーキングさまの悪癖
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

En proposant à Kadrii de sauver son restaurant par le sexe, Fati ne s’attendait pas à ce que son piège se retourne contre lui.

Dans ce one-shot, Owal sensei narre deux romances mêlant humour et sexe. Elle introduit son histoire principale par un chapitre présentant d’abord le couple secondaire. Elle arrive à développer la psychologie de ses personnages, dévoilant doucement certains traits de caractère. Ainsi, le noble débauché capricieux et tyrannique peut se montrer généreux et le prolétaire naïf s’avère moins crédule qu’il ne paraît. En effet, l’auteure introduit d’autres personnages secondaires pour secouer un peu les deux héros et provoquer l’évolution de leurs sentiments. Elle joue beaucoup sur la confrontation et les échanges entre Kadrii et Fati. Même si les protagonistes s’interrogent sur leurs sentiments et leur sexualité, elle n’approfondit pas leurs réflexions. D’ailleurs, l’humour prime sur tout le reste: l’intérêt est de voir comment un débauché finit par se ranger, touché par l’amour. Ou le plaisir intense?

La mangaka a un trait épuré, fin et légèrement anguleux. Néanmoins, elle n’hésite pas à le simplifier et l’arrondir dans les passages humoristiques. De même, elle transforme parfois ses personnages en super deformed. En plus, Kadrii et Fati sont plutôt musclés. Comme il y a quelques personnages à la peau basanée, les trames sont variées. Avec des protagonistes sortant des vignettes, et beaucoup d’emboîtement, la mise en page semble un peu surchargée mais reste très dynamique. En plus, Owal sensei soigne les décors, les plats et les vêtements. Les scènes érotiques très nombreuses ne sont pas du tout censurées. Les angles de vue et les gros plans mettent même en avant les détails des coïts. On s’éloigne un peu de l’érotisme pour de la représentation presque pornographique. Sous la jaquette, deux planches concluent la romance entre Sadegh et Rabbi.

En résumé

Une ville du Conseil de coopération du Golf. Fati Ar-Rahim, troisième fils d’un noble de la famille royale, se comporte comme un roi absolu et ne se prive pas pour satisfaire ses envies sexuelles insatiables entre deux négociations de contrats. Tandis que son serviteur Rabbi le critique ouvertement, son serviteur Sadegh, quant à lui, obéit aveuglément. Un soir, alors que le capricieux homme d’affaires a réclamé à boire en pleine nuit, ce dernier le trouve en plein ébats avec Rabbi et deux prostitués. D’abord surpris, il reçoit l’ordre de les filmer, le roi désirant punir l’insolence de son serviteur. Mais Sadegh est également sous le charme de son collègue…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la onzième place du meilleur manga érotique au Chill Chill BL award 2020. Il est amusant de voir ce seme prétentieux devenir reversible, avec un côté o-jôsamauke pour son cuisinier inexpérimenté. Comme j’adore complètement les deux couples, j’apprécie de suivre leurs interactions. En revanche, le côté pornographique pourra gêner certains lecteurs, d’où ma recommandation modérée.

10 dance 3 – Inoue Satoh

10 dance 3 inoue satoh

INOUE Satoh 井上佐藤
ISBN: 9782368777299
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784065101476 (JP)
Kodansha, 2017 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: absolument

Sugiki est bien décidé à faire reconnaître le talent de Suzuki.

Inoue Satoh sensei fait évoluer doucement les sentiments entre ses personnages. A travers le regard d’autres danseurs, comme Nino et Norman Owen, ou les médias représentés par Urashima et Mukai, elle décrit les petits changements de leur relation et la perception de ces deux talents. Comparé au tome précédent, les deux héros se disputent moins, apprenant à se connaître. Ainsi, leur incompréhension du sentiment amoureux quand ils sont concernés contraste avec le jeu de séduction qu’ils pratiquent lors des danses, l’excitation portant à confusion. Par ailleurs, l’auteure dévoile un peu leur enfance et leur vision de la danse. Elle donne des explications sur les compétitions internationales de danses et comment Sugiki gagne sa vie. Elle joue aussi sur l’ambivalence de Suzuki, perçu par certains comme un surdoué ou au contraire, par d’autres, comme quelqu’un de vulgaire ne respectant pas les règles.

Malgré un trait légèrement épuré, la mangaka conserve un graphisme plutôt réaliste. Elle rend particulièrement bien les différents muscles, ainsi que leurs mouvements. Le style, le dessin et la mise en page sont surtout au service de la narration. Même les détails en arrière-plan sont mobiles comme par exemple les servals ou les spectateurs. Inoue sensei maîtrise la répartition des trames; de même, elle utilise toujours les trames d’ambiance dans un contexte précis, avec parcimonie. Elle joue sur les angles de vue, en plongée et contre-plongée, augmentant la magnificence des danses ou en mettant en parallèle certaines scènes. Les pas et les mouvements sont décomposées avec finesse. Suzuki cumule les poses lascives. Sous la jaquette, les personnages se plaignent à l’auteure des poses à prendre pour réaliser couverture et illustrations.

En résumé

Au matin, Sugiki Shinya et Suzuki Shinya sont réveillés par des passants dans le parc. En effet, ils se sont endormis dans la neige après avoir dansé toute la nuit. Sugiki regrette que son partenaire soit un homme, alors qu’il a enfin trouvé quelqu’un aussi endurant que lui, qui accepte de s’entraîner sans relâche. A l’entrainement le soir même, Suzuki et Tajima Aki éprouvent encore quelques difficultés avec le temps de la valse. Quant à Sugiki et Yagami Fusako, ils n’arrivent pas à être sensuel durant les danses latines. Suzuki leur suggère donc de jouer la comédie. Mais Sugiki, trop direct avec les femmes en général, ne dégage aucun charme. En échangeant le rôle féminin chacun leur tour, les deux hommes tentent de développer leur jeu de séduction en dansant sur de la rumba. Et soudain, Sugiki se laisse complètement prendre par son rôle à la surprise de son partenaire.

En conclusion

Ce tome a obtenu la onzième place de la meilleure série au Chill Chill BL award 2018. L’auteure arrive à transcrire l’influence réciproque entre ses deux héros aussi bien dans leur comportement que graphiquement. Elle exprime parfaitement la tension entre eux. Le lecteur se laisse donc facilement happer par leurs joutes. Je ne me lasse pas de leurs aventures!

Si tu m’emmenais sur une île déserte – Yamada 2chome

si tu m emmenais sur une ile deserte yamada 2chome

YAMADA 2chome 山田2丁目
ISBN: 9782368775226
Boy’s love IDP, 2017
ISBN: 9784199606519 (JP)
Tokuma shoten, 2015 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

L’étrange lien que nouent Ichimori et Akagi, ainsi qu’Akiho et Hisakuni, incapables d’exprimer simplement leurs sentiments.

Yamada 2chome sensei propose deux romances simples mais efficaces, avec des personnages maladroits en amour. La première histoire donne son titre au manga et joue sur le suspense. La narration alterne entre Ichimori et Akagi, dévoilant au fur et à mesure les secrets et le passé par brides, comme si l’on construisait un puzzle. L’amour inavoué quand les héros étaient lycéens a traversé les années, intact. Le changement de comportement d’Ichimori, devenu prudent après avoir fait fuir Akagi, soit-disant par son côté autoritaire, est appréciable. Plus mûr, le couple communique mieux. Voir le timide et coincé salaryman s’épanouir sexuellement est attendrissant. Pour le second récit, l’auteure offre une mignonne comédie jouant sur la hiérarchie et des méthodes peu orthodoxes pour séduire et transmettre ses sentiments. La relation entre le cadre et son employé reste tendue, malgré les discussions, chacun n’aimant pas céder à l’autre.

La mangaka utilise un trait dédoublé qui donne un peu d’épaisseur, mais qui reste tout de même épuré. Ses hommes ont le visage ovale, légèrement anguleux, avec des yeux fins. Leur carrure est assez musclée, en particulier Ichimori qui est coach sportif. Les décors alternent avec les trames d’ambiance. La mise en page très dynamique joue sur les ellipses, les absences de cadre, la forme des vignettes coordonnée à l’action. Les illustrations en début de chapitre présentent le couple de manière tendre. Les scènes érotiques sont censurées par les angles de vue et les cadrages qui évitent de montrer les parties intimes.

En résumé

Si tu m’emmenais sur une île déserte: En rentrant, Akagi tombe par hasard sur Ichimori, un ancien ami du lycée. Ce dernier, jeté par sa copine, demande à loger chez lui quelques temps en échange des tâches ménagères. Le salaryman n’arrive pas à refuser, se sentant encore redevable. En effet, amoureux de son ami, il l’avait repoussé violemment alors que le judoka, très tactile, s’approchait. Se blessant à la jambe en chutant, Ichimori a ainsi dû abandonner son rêve de carrière sportive. A son contact, Akagi se sent de plus en plus troublé, les souvenirs du passé remontant peu à peu. En outre, Onoda, une ancienne connaissance du lycée qu’il a revu lors d’une réunion d’anciens élèves, se rapproche également pour lui proposer de financer un projet. Mais pourquoi Ichimori se montre-t-il aussi délicat avec le salaryman depuis qu’il a emménagé?
Mon maître est un enfant gâté: Depuis l’enfance, Akiho Kippei et Hisakuni ont une relation particulière, reproduisant le lien hiérarchique de leurs parents. En effet, le grand-père d’Akiho était le jardinier de la riche famille Hisakuni. Devenu secrétaire, il a encore tendance à prendre soin de son supérieur. Un jour, en voulant éviter que ce dernier ne chute alors qu’il changeait une ampoule, Akiho se casse le bras. Sous prétexte de l’aider, Hisakuni en profite pour le tripoter…

En conclusion

J’aime beaucoup ces deux histoires, même si elles ne sont pas abouties à cause du format un peu court. Je trouve que Yamada sensei maîtrise déjà bien ses scénarios, même si la psychologie de ses personnages semble un peu classique. J’adore particulièrement le graphisme d’Ichimori. Mais je trouve dommage que son petit ami soit un peu plus fade. Le style de l’auteure a encore évolué. J’espère donc que d’autres de ses titres arrivent un jour en France, surtout sa dernière série Tabetemo oishiku arimasen!

Therapy game 2 – Hinohara Meguru

therapy game 2 hinohara meguru

HINOHARA Meguru 日ノ原巡
ISBN: 9782375062098
Taifu comics, 2020
ISBN: 9784403666667 (JP)
Shishokan, 2018 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« Tu sais, Minato, c’est bête de rester seul par peur de souffrir. »

Hinohara Meguru sensei conclut la romance entre Shizuma et Minato en abordant de nouveaux thèmes: l’avenir, la difficulté à faire confiance, la communication. Comparé au premier tome, le couple communique beaucoup plus, même pendant les ébats. En effet Shizuma se montre à l’écoute du plaisir de son partenaire. Le consentement est donc primordial. D’ailleurs son comportement permet de s’interroger sur les relations entre bisexuel et homosexuel, les doutes et les peurs qui accompagnent leur relation. L’auteure s’intéresse également au poids des préjugés, aux réactions quand un couple gay s’affiche. Elle dévoile aussi le passé traumatisant et dramatique de la famille Kirigaya. Elle utilise les personnages secondaires pour bousculer gentiment nos deux héros.

La mangaka exagère ou déforme ses traits épurés pour renforcer l’expressivité des visages. Par exemple, elle dessine des têtes en SD ou très simplifiées trop mignonnes: la surprise de Minato quand il découvre le lien fraternel entre Shizuma et Shôhei est hilarante! Justement, elle offre une palette d’expressions variées et fortes rien que pour Minato, avec un travail particulier des yeux. L’humour s’exprime donc graphiquement. Les trames d’ambiance alternent avec les décors. Les flash-back sont bien intégrés. Le choix des angles de vue, variés, accompagnent beaucoup la mise en page dynamique. Ainsi, cela permet de mettre en avant les détails mais également les sentiments dans les scènes érotiques non censurées. Par ailleurs, une fiche sur les personnages apporte quelques renseignements complémentaires.

En résumé

Mito Itsuki conseille son petit frère Minato (23 ans) et l’encourage à retenter sa chance avec Ikushima Shizuma (24 ans). En effet, il a tendance à abandonner rapidement ses relations par peur d’être blessé plus tard. Mais Shizuma reste introuvable et ne répond plus au téléphone. A l’université, Minato reçoit l’aide des deux amis de l’étudiant, ainsi que celle de Yuka qui arrive à pirater le téléphone portable de Shizuma. Mito reconnaît immédiatement les photos de paysages récemment prises. En effet, Shizuma est parti dans la ville d’origine de son petit ami. Sur place, il découvre le passé dramatique de la famille Kirigaya. Minato part alors à sa recherche. En le trouvant sur la plage, il lui saute dans les bras…

En conclusion

La relation entre les deux héros est entrainante et pleine d’amour. J’adore comment Hinohara sensei dessine les yeux de ses personnages, effilés, avec l’ouverture changeant selon leurs émotions, et même complètement simplifiés dans les passages humoristiques. Je n’ai pas envie de les quitter. Et cela tombe bien car leur histoire continue actuellement dans Therapy game restart.

The story of never ending unhappiness – Ogawa Chise

the story of never ending unhappiness ogawa chise

OGAWA Chise 緒川千世
ISBN: 9782368774762
Boy’s love IDP, 2016
ISBN: 9784796407694 (JP)
Kaiohsha, 2015 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

Nourrissant un amour à sens unique depuis huit ans pour son ami, Udô trouvera-t-il enfin le bonheur?

Ogawa Chitose sensei développe l’histoire d’amour douloureuse d’Udô Takayuki, le frère ainé de Ryûta, héros dans Le cœur de la méprise. Dans sa postface, elle précise que les évènements se passent un an plus tard. Elle s’attèle principalement à décrire les sentiments et l’état d’esprit de Takayuki, avec ses hauts et ses bas. L’étudiant est donc le narrateur principal. En outre, le contraste entre son paraître plein d’assurance et son réel caractère pessimiste en fait un personnage à la fois attendrissant et antipathique. Néanmoins, l’auteure a peu développé la personnalité de Kiyotake, qui passe pour un simple sportif probe. En introduisant le chapitre « Le cœur de la méprise », elle relie les différents évènements dans lesquels apparaissent Miki et Ryûta tout en concluant leur histoire. En fin de tome, un récit bonus présente l’enregistrement du drama CD.

La mangaka utilise un trait épuré plutôt simplifié et reconnaissable immédiatement. Elle exagère les expressions donnant une touche humoristique discrète. Elle alterne les décors et les trames d’ambiance. La variation des angles de vue dynamise la mise en page. Les scènes érotiques évitent de montrer les détails grâce aux cadrages. Et il y a toujours quelque chose pour obstruer la vue.

En résumé

The story of never ending unhappiness / Le début du bonheur: Udô Takayuki participe à un gôkon et y croise Kiyotake, un ami du collège qu’il n’a pas vu depuis huit ans. En réalité, il était amoureux de ce rival au basket-ball et, par dépit, lui avait piqué sa petite amie. Suite à leur dispute, Udô a préféré l’éviter allant même jusqu’à changer de lycée. Il constate alors que l’honnête Kiyotake apprécie toujours autant les filles petites aux longs cheveux, sympathisant très vite avec Natsumi. Mais de dernier ayant trop bu, Udô propose de le déposer en voiture. Son ami s’endort et l’étudiant profite alors de son inconscience pour coucher avec lui. Il espère ainsi en finir avec cet amour douloureux qui perdure. A son réveil, Kiyotake ne semble pas avoir de souvenir…
The heart of miscalculation – Le cœur de la méprise: Bien qu’en terminale, Miki Toshihiro profite avec insouciance des instants passés avec son petit ami Udô Ryûta. Mais sa mère, qui les a surpris, le sermonne, la période de révision pour les concours de l’université ayant débuté. Elle lui reproche donc de ne pas réfléchir à son avenir et lui interdit de fréquenter Ryûta. Même Udô Takayuki met en doute la pérennité de sa relation…

En conclusion

Ce manga a obtenu la onzième place au Chill Chill BL award 2016. Udô est classé douzième meilleur uke. Normalement, ce spin-off de Le cœur de la méprise concluait la série qui a débuté avec The world revolves around you. Mais Ogawa sensei a dessiné par la suite des petites historiettes publiées en 2018 dans un recueil, Love story of misfortune and miscalculations, regroupant également quelques dôjinshi aux éditions Libre. Il est intéressant de voir le manque de confiance d’Udô lui gâcher sa relation amoureuse, n’arrivant pas à croire à la concrétisation de son amour. Même si ce couple n’est pas mon préféré, j’ai apprécié leur romance. Je ne peux donc que leur souhaiter du bonheur!

Official trip host Nyu boy – Shinou Ryo

nyu boy shinou ryo

SHINOU Ryo 紫能 了
ISBN: 9782368776544
Boy’s love IDP, 2019
ISBN: 9784829686065 (JP)
Printemps shuppan, 2018 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

Une histoire drôle et tendre de deux hommes peinant à trouver l’amour.

Pour son premier manga, Shinou Ryo sensei propose une comédie romantique avec deux héros en mal d’amour. Elle mélange à la fois comique de situation un peu grivois et romance tendre. Elle aborde aussi des questionnements plus sérieux comme la difficulté d’assumer son homosexualité, la douleur du regard désapprobateur, la prostitution et le besoin de reconnaissance et d’affection. Les deux hommes communiquent beaucoup et cherchent à comprendre les besoins et les sentiments de son partenaire. L’auteure développe particulièrement leurs personnalités. Par exemple, Kei n’est pas si heureux dans son métier, supportant mal le manque d’échange avec la clientèle. Naruse, quant à lui, n’assume pas son homosexualité et cherche le partenaire idéal. Indirectement, leur rencontre et leurs discussions vont leurs permettre de se soutenir mutuellement et de développer leurs sentiments. Le patron de Katagiri ajoute une touche loufoque positive au récit.

La mangaka possède un style graphique particulier: les visages ovales ont des traits simplifiés, les bustes musclés contrastent avec le reste du corps fin. Elle exagère beaucoup les expressions et simplifie à l’extrême ses traits dans les passages humoristiques. Par exemple, elle dessine des yeux exorbités ou des personnages d’une seule ligne. Les trames d’ambiance alternent avec les décors. Les trames d’ombres et de colorisation variées ne surchargent pourtant pas la page. Les angles de vue, originaux pour certains, contrastent avec la mise en page assez classique. Shinou sensei oscille entre images pornographiques et poétiques. Par exemple, le rendu du regard oppressant de la foule et des commentaires qui laisse peu à peu place aux lumières de la nuit apporte une forte émotion. Par ailleurs, elle ne censure pas les scènes érotiques, très détaillées, usant même des gros plans et d’angles de vue originaux mettant en valeur les attributs masculins.

En résumé

L’escort boy Katagiri Kei a rendez-vous avec Ayukawa Miyuki pour un cours de plaisir sexuel. A sa grande surprise, c’est un jeune homme, Kôji Naruse, qui l’attend. Ce dernier insiste pour suivre tout de même le cours, demandant à être traité comme une femme. Hétérosexuel, l’hôte est d’abord embarrassé. Néanmoins, la prestation étant déjà payée, il lui propose alors un cours d’origine. Mais ce n’est pas vraiment ce qu’avait imaginé son client!

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la dixième place du meilleur nouveau venu au Chill Chill BL award 2019. L’auteure passe de jeux érotiques comiques à de la pure tendresse. Le contraste entre pornographie et douce romance est d’abord déstabilisant. Même s’il reste encore quelques maladresses scénaristiques, j’apprécie son style, son approche et son traitement graphique. A la relecture, je rigolais d’avance avant l’apparition des gags! J’espère donc découvrir d’autres de ses œuvres.

Nennen-saisai – Hideyoshico

nennen saisai hideyoshico

Hideyoshico 秀良子
ISBN: 9782368775165
Boy’s love IDP, 2017
ISBN: 9784396783389 (JP)
Shodensha, 2013 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

Trois histoires BL narrées comme du rakugo.

Dans ce recueil, Hideyoshico sensei s’inspire de deux contes de rakugo pour créer une version Boys’love. Elle prend des libertés avec les récits originaux mais conserve tout de même l’esprit principal. La première histoire reprend un conte modernisé. Même si la fin reste surprenante, elle dégage un peu de tristesse. Le second récit, développé sur plusieurs chapitres, est basé sur un classique. L’auteure s’attarde particulièrement sur la relation entre l’humain et le dieu de la mort ainsi que sur leurs sentiments. Elle complète son volume avec un récit réaliste, se penchant sur les questionnements d’un enfant et l’influence de l’extérieur sur la vision de sa propre famille. Elle conserve une certaine distance sur le traitement de l’homoparentalité mais termine également par une chute surprenante.

La mangaka a un trait épuré et simplifié, presque esquissé. Ses visages sont longs. Hideyoshico sensei apporte un soin particulier aux costumes et aux décors, respectant assez bien les références historiques. En outre, elle intègre les trames d’ambiance à la narration. Elle joue beaucoup sur les vides et les blancs, aérant ses pages. La mise en page reste tout de même dynamique. Les scènes érotiques sont non censurées mais succinctes. En plus, elles ne montrent pas trop les détails.

En résumé

La pêche au poisson rouge – conte japonais Binbogami: Période d’Edo. Yôhei s’est encore fait jeter par sa fiancée. En effet, il est plutôt paresseux et dépense sans compter. Un jour, le dieu de la pauvreté Binbogami s’installe chez lui. Mais même s’il essaie de faire travailler Yôhei, ce dernier perd immédiatement son argent dans des broutilles. L’être divin essaie alors de participer aux revenus de base du foyer endetté en effectuant de petits travaux…
Une fleur déracinée – conte japonais Jugemu: Durant Edo, un couple décide de nommer leur fils avec tous les prénoms signifiant « longévité » proposés par un moine bouddhiste. Mais après une vie comblée, Jugemu va traverser les époques et survivre à deux guerres mondiales. De nos jours, sous le pseudonyme de Hisashi, il travaille dans un club d’hôtes et se permet parfois de parler sèchement aux clientes. Un jour, il croise le dieu de la mort par hasard à un café…
La situation de la famille Komukai: Sôta vit avec son père et Renji, l’ami de son père qui s’occupe des tâches ménagères. Cependant, depuis qu’il a suivi le cours d’éducation sexuelle à l’école, il réalise que sa famille n’est pas tout à fait « normale ».

En conclusion

Ce titre a obtenu la troisième place du meilleur manga original au Chill Chill BL award 2014 (ex æquo avec le tome 3 de Kô 3 gentei de Kajimoto Reika). Comme j’adore le rakugo, ces histoires me plaisent énormément. J’admire le travail de l’auteure qui respecte le principe de la fin surprenante typique de ce genre artistique. Cependant, je pense que ceux qui ne connaissent pas les contes d’origine risquent d’être un petit peu perdu.

Un démon au paradis 2 – Aga Naomi et Oyoshikawa Kyôko

un demon au paradis 2 aga naomi oyoshikawa kyoko

AGA Naomi 阿賀直美
Oyoshikawa Kyôko お吉川京子
ISBN: 9782375062074
Taifu comics, 2020
ISBN: 9784801964457 (JP)
Takeshobo, 2018 (JP)
Titre original: 鬼と天国 下
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

Tengoku comprendra-t-il un jour qu’une relation sentimentale est tellement mieux?

Après un premier tome concentré sur Aoki, Aga Naomi sensei met plus en avant Tengoku et son passé. Cependant, la narration se base principalement sur le point de vue du professeur. Les sentiments de ce dernier évoluent rapidement. Par ailleurs, il s’interroge beaucoup et s’ouvre de plus en plus. En revanche, Tengoku aura besoin de l’arrivée de son frère aîné, Yutaka, et du professeur Hatano Yûma pour sortir de sa bulle. En effet, il garde un côté enfantin et capricieux, ne gérant pas ses émotions, comme la jalousie, et se montrant simplement possessif et « légèrement » violent. L’auteure intègre des flash-back pour dévoiler au compte-gouttes le passé des deux héros. De même, elle montre comment la pression familiale peut influencer le caractère des enfants, entraînant jusqu’à des traumatismes ou des dégâts psychologiques. Malgré les jeux pervers, les relations entre le couple sont plus consenties.

Oyoshikawa Kyôko sensei n’hésite pas à simplifier ses traits déjà épurés pour les passages humoristiques. Elle travaille particulièrement les expressions des visages et joue sur les regards. Ainsi, le lecteur devine immédiatement à quoi pense le personnage. Par exemple, le regard éteint d’Aoki s’illumine peu à peu et celui de Tengoku s’adoucit. Les trames d’ambiance sont variées et plutôt graphiques. La mise en page dynamique accompagne le rythme de lecture. La mangaka ne censure pas les scènes érotiques mais évite tout de même de montrer le détails des parties intimes grâce aux cadrages et aux angles de vue. Sous la couverture, elle présente Tengoku en deux planches.

En résumé

Aoki Atsurô (36 ans) et Tengoku Manabu (32 ans) continuent à coucher ensemble. Mais le professeur commence à s’interroger sur leur relation. En effet, en amour, il a toujours été passif, laissant sa partenaire prendre l’initiative d’une déclaration et d’une séparation. Cependant, il éprouve maintenant l’envie de mieux connaître Tengoku. D’ailleurs, le médecin scolaire diversifie leurs jeux pervers. Mais Aoki a peur d’être découvert à l’école. Alors Tengoku lui propose un rendez-vous au restaurant le soir. Le couple finit donc par discuter normalement. Le lendemain, un nouveau professeur trentenaire arrive…

En conclusion

Une excellente surprise pour moi dans ce tome! J’adore comment évoluent les deux héros. En plus, ils continuent leurs petits jeux érotiques, donnant un peu de piment à leur relation mais également assumant pleinement leurs goûts. Bref, ils changent tout en conservant leurs petits défauts. Un couple attendrissant et assez réaliste. J’ai même envie de découvrir ce qu’il devient par la suite!