Cherry magic 3 – Toyota Yuu

cherry magic 3 toyota yuu

TOYOTA Yuu 豊田悠
ISBN: 9782385316181
Akata, 2024
ISBN: 9784757563902 (JP)
Square enix, 2019 (JP)
Titre original: 30歳まで童貞だと魔法使いになれるらしい 3
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

« Adachi se dit que le calme apparent de Kurosawa force le respect… »

Toyota Yuu sensei incite les lecteurs à s’interroger sur les classiques déclencheurs de situation romantique des BL. Elle alterne la narration entre les différents personnages, permettant ainsi d’avoir différents points de vue. Ainsi, Fujisaki s’avère être une fujôshi et son imagination débordante crée des quiproquos hilarants. Les réactions effarouchées d’Adachi paraissent alors tout à fait réalistes. D’ailleurs, le « magicien » réfléchit sérieusement à son attirance pour son collègue. Kurosawa contient tant bien que mal sa jalousie derrière son masque de perfection. Rokkaku qui intervient toujours aux mauvais moments, ajoute une note comique. L’auteure fait avancer son scénario d’un coup avec de belles déclarations. Dans les histoires bonus, elle développe un peu plus les personnages secondaires. Par ailleurs, elle donne une autre version moins romancée et plus comique du pouvoir en s’amusant avec la maladresse de Tsuge, complètement sous le charme de Minato.

La mangaka a un trait épuré qu’elle simplifie dans les passages humoristiques. Les décors apparaissent sur les plans larges. Les trames sont équilibrées tandis que les trames d’ambiance appuient les émotions. De même, des trames rayées recouvrent les souvenirs furtifs, permettant de les remarquer immédiatement. La mise en page est par ailleurs dynamique. Comme dans le tome précédent, les pensées entendues par Adachi apparaissent en rose dans le premier chapitre. Par contre, Toyota sensei représente graphiquement les voix intérieures de Kurosawa qui se battent pour garder raison. Ces scènes apparaissent également en rose au premier chapitre. Les illustrations en début de chapitre donnent l’ambiance à venir, les personnages posant dans leur quotidien ou apparaissant en miniature avec de la nourriture.

En résumé

La sœur de Kurosawa, désirant encore loger chez lui, force Yûichi à dormir chez Adachi. Malgré son air impassible, le salaryman jubile de bonheur à chaque instant où leur cohabitation prend des airs de vie de couple. Il se montre alors très prévenant. Adachi réalise donc les profonds sentiments que nourrit son collègue pour lui. Bien qu’il s’interroge encore sur son attirance peut-être réciproque, il panique pourtant à chaque fois qu’il découvre involontairement les fantasmes trop coquins de Kurosawa. Au bureau, Rokkoku Yûta remarquant la complicité entre les deux hommes, s’invite alors chez Adachi en apprenant qu’ils logent temporairement ensemble.

En conclusion

Toyota Yuu sensei maîtrise la balance entre tension, comique et émotions. Elle incite également à la réflexion sur la construction des histoires BL en ajoutant une note réaliste à cet univers fantastique. Je craque complètement pour tous les personnages. Une comédie romantique mignonne qui offre un excellent moment de lecture et de détente!

Nagahama to be, or not tobe – Scarlet Beriko

nagahama to be or not to be scarlet beriko

SCARLET Beriko スカーレット・ベリ子
ISBN: 9782375063996
Taifu comics, 2024
ISBN: 9784403668968 (JP)
Shinshokan, 2024 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: absolument

« Et mince… J’arrive plus à le regarder dans les yeux. »

Scarlet Beriko sensei propose de suivre une tranche de vie de deux lycéens, amis d’enfance et un peu rebelles. Elle base la narration du point de vue de Nagisa. Elle analyse l’évolution de la relation d’une amitié complice jusqu’à l’éveil de leurs sentiments amoureux. Ainsi, Issa qui est long à la détente exprime maladroitement son affection. Nagisa, quant à lui, s’interroge sur son attachement, prenant un certain temps avant de réussir à le définir par des mots. Les deux amis en terminale se confrontent également à leur choix d’avenir, l’un fonçant tête baissée pour réaliser son rêve tandis que l’autre hésite tiraillé entre amour et séparation. L’auteure aborde donc le manque de communication, les compromis à faire entre amour et formation, les interrogations adolescentes. Elle joue principalement sur les quiproquos, apportant humour et dynamisme. Les garnements du club de football ajoute aussi une note comique.

La mangaka a un trait légèrement épuré et léché. Elle le simplifie dans les passages humoristiques et représente parfois Issa en wanko. Elle utilise les trames avec parcimonie mais marque néanmoins les ombres et les contrastes. Par ailleurs, les décors détaillés alternent avec les trames d’ambiance. De même, des trames grises recouvrant les vignettes indiquent les flash-back. La mise en page dynamique joue principalement avec les grandes vignettes et les angles de vue variés. D’ailleurs, Scarlet Beriko sensei détaille les petits gestes et décompose certains mouvements. Sous la jaquette, elle offre une anecdote amusante en deux planches, à lire de préférence à la fin. Dans les illustrations en début de chapitre, elle présente un instantané du quotidien. De même, l’illustration couleur du frontispice représente un magnifique lever de soleil avec un jeu d’ombre et lumière soigné.

En résumé

Le CPE Abe confie une lettre à Minato Nagisa pour son ami Minato Issa, concernant son orientation scolaire. En effet, Issa préfère travailler à la poissonnerie du marché au lieu de venir en cours. D’ailleurs, Nagisa le retrouve là-bas après les cours pour déguster son encas préféré: des crevettes. Un jour, alors que les deux amis se reposent dans leur terrain vague préféré après avoir joué au ballon, Nagisa réalise qu’il apprécie particulièrement ces petits moments de complicité et souhaiterait qu’ils durent toujours. Mais sa joie est de courte durée quand une fille vient chercher Issa. Serait-ce sa petite amie?

En conclusion

Ce one-shot a bénéficié d’une sortie internationale simultanée: il est sorti dans 10 pays le même jour. Une grande première! Scarlet Beriko sensei offre une petite fresque des classiques interrogations de l’adolescence. Toutefois, elle décortique avec beaucoup de sensibilité les sentiments presque palpables des deux protagonistes. En plus, son magnifique graphisme accompagne avec justesse les différentes expressions mais également l’ambiance général du récit. On a l’impression de sentir l’embrun de cette ville côtière en tournant simplement les pages. Je suis complètement conquise par la dynamique entre les deux lycéens, séduite par leur relation complice, bercée par cette parenthèse. Une romance qui dégage une douceur presque brute, chaleureuse. Un énorme coup de cœur!

Le périple des cendres – Conro

le periple des cendres conro

Conro こん炉
ISBN: 9782382762127
Hana, 2024
ISBN: 9784829686577 (JP)
Printemps, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

« Un triangle amoureux et un voyage à deux initié par un frère défunt. »

Conro sensei narre un triangle amoureux avec deux frères dont l’aîné est décédé et l’ami de ce dernier. Elle révèle leur passé au fur et à mesure, maintenant un peu le suspense sur les circonstances du décès de Hajime. De même, elle distingue la vision différente de chacun des deux héros sur le défunt. Ainsi, l’aîné des Kasuga dégage d’abord une image de perfection qui s’effrite au fil des révélations. Alors que Tokio complexe par rapport à son frère, il réalise la pression que ce dernier subissait. Durant le voyage les menant sur les traces de Hajime, Tokio et Ren se rapprochent en partageant leurs ressentis face au désarroi de cette disparition. Ainsi l’auteure aborde le deuil, les regrets et le sentiment de culpabilité qui naissent face au suicide d’un être aimé, la pression familiale qui pèse sur l’aîné. Elle interroge également sur la différence entre amitié et amour.

La mangaka a un trait léché et anguleux. Elle dessine des personnages longilignes aux corps finement musclés. Les trames sont variées tandis que les trames d’ambiance appuient les émotions. De même, les flash-back se repèrent à leur fond noir. Les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page dynamique utilise des cadres épais qui mettent en relief certaines vignettes, ainsi que des sorties de case ou des absences de cadre. Dans les scènes érotiques, Conro sensei joue sur les trames et les lumières pour gommer les parties intimes. Sous la jaquette, elle présente succinctement les deux héros. Par ailleurs, elle offre des illustrations avec une note plutôt poétique en début de chapitre.

En résumé

Kasuga Hajime, le frère de Tokio, est décédé dans des circonstances troublantes, en chutant de la fenêtre de son dortoir. Depuis, Tokio regrette d’avoir évité de discuter avec lui lors de sa dernière visite, se sentant trop oppressé par ce dernier. Lorsqu’un cambrioleur s’introduit dans la maison et dérobe l’urne contenant les cendres du défunt, il le poursuit et le rattrape. En fin de compte, le voleur, Kuroki Ren, s’avère être un tendre ami du défunt. N’acceptant pas la mort de ce dernier, il souhaite au moins emporter une partie de ses cendres avec lui dans un voyage qu’ils s’étaient promis de faire ensemble. Intrigué par cette facette inconnue de son frère, Tokio accepte sa demande à condition de l’accompagner.

En conclusion

Conro sensei reprend une récurrence scénaristique classique du BL avec un triangle amoureux dont l’un des protagonistes est décédé mais apporte une note originale avec le périple alliant recherches et révélations. Toutefois, à cause du format one-shot, elle précipite un peu certains évènements, en particulier la fin qui fait brusquement un bon de cinq ans, et n’exploite pas assez certains questionnements posés. Par contre, son style graphique retranscrit bien l’ambiance et les émotions des personnages. J’ai tout de même apprécié cette lecture mêlant drame, mélancolie et tendresse. Et j’aimerai découvrir d’autres œuvres de la mangaka.

Cœur de chardon – Kiyuhiko

coeur de chardon kiyuhiko

Kiyuhiko きゆひこ
ISBN: 9782382762578
Hana, 2024
ISBN: 9784866570365 (JP)
Frontier works, 2017 (JP)
Titre original: 野アザミの恋
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

« Je veux vivre le bonheur avec Saku. »

Kiyuhiko sensei narre une romance dramatique entre deux amis d’enfance qui se retrouvent 10 ans plus tard. Elle alterne la narration entre les deux héros, donnant d’abord le point de vue de Motoya puis celui de Sakuya avant de jongler entre les deux. Ainsi, elle révèle leur passé au fur et à mesure. Le salaryman analyse ses sentiments et s’interroge sur son attirance pour son ami. A cause de sa vie chaotique et douloureuse, le prostitué qui a perdu son estime de soi, fuit donc la bonté qu’il reçoit. Les deux hommes essaient alors de faire face à leur impuissance. L’auteure aborde les dangers de la prostitution et le manque de chaleur humaine, à travers les mésaventures de Saku mais également de ses deux collègues féminines. Par ailleurs, elle analyse l’évolution des deux solitaires qui découvrent le plaisir de la cohabitation et le bonheur simple du quotidien.

La mangaka a un trait épuré assez basique mais agréable. Dans les illustrations en début de chapitre, elle présente l’évolution des deux héros. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Les décors apparaissent sur les plans larges et conservent un style tracé à la main. Les trames équilibrées utilisent une palette de tons plutôt proches, donnant un rendu uniforme. De même, les trames d’ambiance appuient les émotions. Malgré une mise en page classique, Kiyuhiko sensei offre quelques pages plus dynamiques jouant principalement sur les superpositions de vignettes et les absences de cadre. Dans les scènes érotiques, elle censure les parties intimes avec des languettes blanches. Elle simplifie également les membres virils.

En résumé

Le misanthrope Motoya Hibiki croise par hasard Azami Sakuya, un ami de collège qui avait soudainement disparu durant l’été de leur troisième. Le jeune homme a bien changé depuis et ne cache pas travailler dans la prostitution. Pourtant, le salaryman accepte de l’héberger. Au fil des jours, il remarque apprécier sa présence et lui préparer des petits plats, admirant la sensualité de ses gestes.

En conclusion

Kiyuhiko sensei offre une belle romance au développement plutôt conventionnel, mêlant drame et douceur. Toutefois, elle peine un peu à enchaîner certains évènements et à bien transmettre les émotions de ses personnages. Cela pourra d’ailleurs refroidir certains lecteurs. Pour ma part, j’ai été touchée par ce récit, simple et sympathique. J’apprécie particulièrement la construction de la relation entre Motoya et Saku.

Dites au chat noir de ne pas sortir cette nuit 2 – Taino Nikke

dites au chat noir de ne pas sortir cette nuit 2 taino nikke

TAINO Nikke 鯛野ニッケ
ISBN: 9782382762264
Hana, 2024
ISBN: 9784199608759 (JP)
Tokuma shoten, 2021 (JP)
Titre original: 寄宿舎の黒猫は夜をしらない 下
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: beaucoup

« Quand les crocs d’un hématophage touchent la peau d’un humain, ils ont un effet hypnotique. »

Taino Nikke sensei continue de développer sa tranche de vie lycéenne tout en résolvant au fur et à mesure les mystères du lycée. Elle dévoile les derniers secrets sur les hématophages. Par ailleurs, elle met en avant les difficultés rencontrées par les couples humain et vampire. En effet, la dépendance vitale au sang implique sacrifice, sentiment de culpabilité, confiance au sein du couple et risque. L’influence des écailles d’étoile ajoute également une grande souffrance, la réaction ne touchant que les êtres aimés et entrainant une perte de contrôle. Le professeur Wechsler, bien que prisonnier de son passé, s’avère de bon conseil avec ses élèves. L’auteure aborde différentes formes d’amour, l’acceptation des différences, le partage des secrets et des risques dans un couple. Elle révèle le devenir des couples dans l’histoire bonus. D’ailleurs, elle met en avant la résolution des adolescents à prendre leur avenir en main face aux traditions.

La mangaka a un trait épuré anguleux mais doux, de style shôjo. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Elle donne d’ailleurs un aspect plus mignon en arrondissant les visages. Les trames d’ambiance accompagnent les émotions tandis que les autres trames sont équilibrées. De même, les flash-back se repèrent à leur fond noir. Les décors situent principalement l’action. La mise en page est très dynamique. Dans les scènes érotiques, Taino sensei ne montre pas les parties intimes en jouant sur les angles de vue ou les phylactères. Comme dans le tome précédent, elle présente les personnages dans leur quotidien dans les illustrations en début de chapitre.

En résumé

Les enseignants ont convoqué tous les élèves hématophages suite à la nouvelle attaque sur Aura Agrell pour leur rappeler les règles. Suite à la suggestion de Jean Michel, le professeur d’histoire Serge Wechsler décide de laisser le conseil des élèves mener l’enquête durant un temps limité. Hasegawa Yuki, distrait par les interrogations qui se bousculent dans sa tête, sèche alors les cours. Mais en rentrant, il entend par hasard une étrange conversation entre Aura et Pavel Hagen…

En conclusion

Taino Nikke sensei conclut avec brio son récit, augmentant les moments dramatiques et les tensions. Malgré une fin au premier abord conventionnelle, elle crée quelques surprises en développant certains questionnements spécifiques à son univers, mettant en valeur la recherche d’un équilibre dans un amour à risque, mêlé de partages et de « petits » sacrifices. J’apprécie particulièrement le style narratif de la mangaka et suit curieuse de découvrir d’autres de ses œuvres. Une lecture entraînante avec une enquête simple mais agréable à suivre. Un petit coup de cœur!

Dites au chat noir de ne pas sortir cette nuit 1 – Taino Nikke

dites au chat noir de ne pas sortir cette nuit 1 taino nikke

TAINO Nikke 鯛野ニッケ
ISBN: 9782382762134
Hana, 2024
ISBN: 9784199608742 (JP)
Tokuma shoten, 2021 (JP)
Titre original: 寄宿舎の黒猫は夜をしらない 上
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: un peu

« Peut-on réellement contrôler ses pulsions? »

Taino Nikke sensei mêle romance, enquête et fantastique dans cette tranche de vie lycéenne. Elle revisite le mythe du vampire, appelé ici hématophage, avec différents pouvoirs mêlés aux morsures et une réaction proche des phéromones avec les écailles d’étoile. Pour l’instant, elle prend son temps pour installer le contexte ainsi que les mystères au sein du lycée. Les personnages, même secondaires, se démarquent par des caractères bien trempés. Ainsi, le solitaire Yuki s’ouvre petit à petit à Jean puis à ses nouveaux amis. D’ailleurs, le malicieux président du conseil des élèves essaie de respecter les limites imposées par ce dernier tout en le séduisant. Dégoûté par le pouvoir de ses crocs, il se montre plus fragile qu’il ne paraît. L’auteure aborde donc la différence entre amitié et amour, la confiance fragilisée par le doute, la douleur de la trahison. Elle dépeint également le calvaire de certains hématophages face à l’amour.

La mangaka a un trait épuré et anguleux de style shôjo. Elle le simplifie dans les passages humoristiques et arrondit alors les visages les rendant adorables. Les trames d’ambiance alternent avec les décors. Les autres trames sont équilibrées. De même, les flash-back se repèrent à leur fond noir. La mise en page est très dynamique. Par ailleurs, Taino sensei recouvre de trames sombres les scènes violentes, dont celles érotiques non consenties à cause des phéromones. Par contre, elle détend un peu l’atmosphère avec deux yonkoma en fin de tome. Sous la jaquette, elle donne des anecdotes qu’elle n’a pas pu inclure dans le récit. Les illustrations en début de chapitre montre un instant du quotidien.

En résumé

Dans le prestigieux lycée Blanc qui accueille des élèves d’élite, une rumeur circule: Aura Agrell aurait été mordu par un vampire. Son voisin de dortoir, l’énergique Marius Strohmann, l’a trouvé affaibli et emmené à l’infirmerie. Fan de mystère, il se confie à ses amis pendant le petit déjeuner, malheureusement avec une voix beaucoup trop forte pour rester discret. Le charismatique président du conseil des élèves, Jean Michel, calme alors l’effervescence du réfectoire, attirant tous les regards. Mais en murmurant quelque chose au solitaire Hasegawa Yuki, il déclenche de nouvelles rumeurs. En fait, il lui demande souvent de l’aide pour ses tâches au conseil, appréciant d’ailleurs son indifférence à son charme et son franc parler.

En conclusion

Ce tome obtient la huitième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2022. Taino Nikke sensei crée un univers rafraîchissant, dépoussiérant le récit de vampire. Elle gère bien la tension, avec quelques passages humoristiques pour se détendre. En plus son graphisme agréable dégage beaucoup de douceur. Les mystères et l’enquête priment pour l’instant sur la romance. J’ai passé un agréable moment de lecture, même si on devine facilement qui sont les hématophages.

I don’t know how to love – Machio Yu

i don t know how to love machio yu

MACHIO Yu まちお郁
ISBN: 9782382762677
Hana, 2024
ISBN: 9784047365162 (JP)
Kadokawa, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: un peu

« Tu as bien dit que le premier venu te conviendrait tant qu’il respecte tes conditions? »

Machio Yu sensei offre une romance entre deux étudiants à la conception de l’amour différente. Elle aborde ainsi l’acceptation de l’autre tel qu’il est et la liberté dans un couple. Elle s’intéresse également au développement du sentiment amoureux et à différentes formes d’amour. Le pur et inexpérimenté Kaede surprend par son abnégation dans sa relation amoureuse. Il assume sa bisexualité et se contente de peu. D’abord intrigué, Aimi se retrouve vite déstabilisé face à ses premiers émois amoureux, restant longtemps dans le déni. L’auteure fait intervenir les amis des deux héros pour les conseiller et les recadrer. Elle ajoute également de la tension avec la manipulatrice Akari. Ainsi, elle dévie un peu du sujet principal du couple libre pour tomber rapidement dans une comédie romantique un peu plus classique.

La mangaka a un trait épuré et anguleux. Elle le simplifie encore plus dans les passages humoristiques. Elle utilise les trames avec parcimonie mais joue beaucoup sur le contraste des tons. De même, les trames d’ambiance, discrètes, accompagnent les émotions. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Par contre, les décors situent principalement l’action. La mise en page est plutôt classique mais cela colle bien au récit qui a un développement apaisant. Toutefois, Machio sensei propose quelques pages plus dynamiques. Dans les scènes érotiques, elle cache les parties intimes grâce aux cadrages et à des angles de vue maîtrisés.

En résumé

Quand il est célibataire, Aimi Shû a pour principe d’accepter de sortir avec n’importe quelle personne qui le lui demande. Mais il impose au préalable quelques conditions: ne jamais demander où il est, avec qui et ce qu’il fait. Ainsi, il continue de profiter de sa liberté. Quand Manato Kaede le voit se faire plaquer par sa petite amie du moment à la cafétéria de l’université, il tente alors sa chance. A la surprise d’Aimi, l’étudiant qui prétend pourtant être transi d’amour pour lui, se contente de le saluer ou d’échanger quelques banalités au téléphone ou lorsqu’ils se croisent. Au bout de deux semaines, il lui propose enfin de déjeuner ensemble. Shû réalise alors qu’il peut parler franchement avec Kaede. Ce dernier lui avoue d’ailleurs admirer son esprit de liberté.

En conclusion

Ce one-shot obtient la quinzième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2022. Machio Yu sensei crée une belle dynamique entre les personnages. En plus, Kaede est tellement mignon dans ses réactions. Néanmoins, je trouve que le sujet avait un beau potentiel malheureusement peu exploité. En effet, le comportement amoureux d’Aimi reprend les clichés des BL tels que la jalousie et la possessivité alors qu’on avait au début une relation bancale qui s’équilibrait naturellement avec l’amour. J’ai tout de même passé un sympathique moment de lecture.

La romance du marionnettiste – Kogarashi Hatoba

la romance du marionnettiste kogarashi hatoba

KOGARASHI Hatoba 凩はとば
ISBN: 9782382762561
Hana, 2024
ISBN: 9784796415651 (JP)
Kaiohsha, 2022 (JP)
Titre original: 人形遊戯録
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« Une romance entre un fabricant de poupées de génie manipulant les âmes et un chevalier saint devenu esclave. »

Kogarashi Hatoba sensei s’inspire de l’histoire occidentale pour créer un univers fantastique aux notes réalistes, confrontant un pays dans lequel la religion prime à un pays ayant oublié l’éthique au profit du développement technologique. A travers les automates et la guerre, elle interroge sur les spécificités humaines. Ainsi, elle révèle au fur et à mesure le passé des deux héros permettant de mieux comprendre leur comportement. D’ailleurs, bien que la narration alterne entre les deux protagonistes, le point de vue de l’esclave domine. Avec la cohabitation, Gilbert et Chris se découvrent et nourrissent peu à peu une attirance réciproque. En effet, le prisonnier bénéficie d’une certaine liberté, le sexe étant plus un prétexte au chantage et à la punition. Ainsi, l’auteure enchaine les évènements, parfois maladroitement, introduisant des personnages rapidement oubliables. Elle explique son univers au fil des découvertes du chevalier, ajoutant un peu de magie.

La mangaka a un trait légèrement épuré. Bien que l’univers soit fictif, elle construit des décors très réalistes, inspirés de l’architecture et de la mode occidentale médiévale et moderne. De même, elle soigne les détails tels que les motifs, la matière, les ombres, utilisant une large palette de trames. Gilbert a un magnifique corps musclé. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Par ailleurs, des trames sombres atténuent la violence des passages sanglants. La mise en page est dynamique. Kogarashi sensei joue d’ailleurs sur les angles de vue pour transcrire les rapports entre les personnages. Elle ne censure pas les scènes érotiques mais simplifie néanmoins les parties intimes malgré des coupes intérieures. Il y a presque une scène par chapitre. Les illustrations en début de chapitre présente le quotidien. La couverture se classe dix-huitième au Chill chill BL award 2023.

En résumé

En 1532, Gilbert Grabem, chevalier saint et commandant des chevaliers du Royaume, a perdu la guerre. Prisonnier d’un pays voué à la technologie, il est alors condamné à mort. Mais le capitaine Chris, surnommé le marionnettiste, intervient pour l’épargner à condition qu’il lui cède son âme pour un de ses automates. Refusant de se transformer en « poupée immortelle » mais également de mourir, Gilbert propose alors à son sauveur de devenir son esclave sexuel…

En conclusion

Pour son premier manga, Kogarashi Hatoba sensei offre un graphisme réaliste ainsi qu’un univers bien construit. Toutefois, elle enchaine les évènements avec un peu de maladresse, se noyant dans un foisonnement d’idées plus ou moins intéressantes. Ce petit défaut risque d’ennuyer les lecteurs appréciant les récits bien construits. De même, certaines scènes peuvent choquer la sensibilité des lecteurs, le consentement étant gris. J’ai passé un agréable moment de lecture, à la fois dépaysant et surprenant. J’aime énormément le style graphique. Une mangaka à surveiller!

Indomptable Zono – Shikke

indomptable zono shikke

Shikke しっけ
ISBN: 9782382762615
Hana, 2023
ISBN: 9784047364196 (JP)
Kadokawa, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

« Demain, c’est sûr, j’aurai mon sandwich au porc pané!! »

Shikke sensei offre une comédie romantique avec une touche dramatique bien équilibrée. Malgré un scénario classique d’ennemis à amants, elle jongle entre des passages humoristiques et un sujet sensible tel que la violence familiale. Elle ménage le suspense en révélant au fur et à mesure les petits secrets des deux héros. Les deux lycéens têtus passent leur temps à se lancer des défis, cherchant à faire céder l’autre d’abord par les poings puis par les caresses. Leurs amis les soutiennent, n’hésitant pas à les recadrer quand ils exagèrent. L’auteure installe des contextes familiaux plutôt compliqués pour des adolescents qui acceptent pourtant leurs limites dans leurs choix d’avenir. Elle s’intéresse également au jugement sur l’apparence, à l’acceptation de soi. Ainsi, Zono assume son homosexualité et son goût pour les choses mignonnes, encouragé par Deto qui l’accepte tel qu’il est.

La mangaka a un trait épuré. Elle le simplifie encore plus dans les passages humoristiques. Elle varient les trames. De même, les trames d’ambiance appuient les émotions. Les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page est dynamique. Dans les scènes érotiques, Shikke sensei censure les parties intimes d’abord par de larges languettes blanches puis carrément avec un cache blanc. Sous la jaquette, elle présente sommairement les deux héros et offre une illustration monochrome duveteuse.

En résumé

Chaque midi, Deto Akira attend patiemment les réductions au réfectoire pour pouvoir s’acheter un sandwich au porc pané. Mais alors qu’il s’emparait du dernier sandwich, deux filles venues en acheter un pour leur ami Hanazono Masumi, l’emmènent ensuite voir ce dernier. Zono a d’ailleurs une réputation de délinquant avec ses cicatrices, ses bleus constants ainsi que ses cheveux colorés en rose. Deto se fait alors non seulement battre à plate couture mais également volé son repas. Depuis, tous les midis, la même scène se répète encore et encore avec toujours le même résultat. Mais au cours d’une bagarre, Deto remarque que Zono réagit bizarrement lorsqu’il lui touche le cou. Il est même excité par ses gémissements.

En conclusion

Ce one-shot obtient la cinquième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2021. Shikke sensei alterne avec brio l’humour, la romance et le drame. Elle va à l’essentiel mais insuffle suffisamment d’éléments pour guider le lecteur. J’apprécie particulièrement son graphisme, avec ses personnages mignons malgré leurs petits défauts. Coup de cœur pour ce récit qui n’est certes pas extraordinaire mais qui m’a touchée par les aventures de ce couple simple et attachant. En tout cas, j’ai envie de découvrir d’autres titres de la mangaka.

Dear Gene 2 – Azuma Kaya

dear gene 2 azuma kaya

AZUMA Kaya 吾妻香夜
ISBN: 9782382762691
Hana, 2024
ISBN: 9784778135508 (JP)
Shinkosha, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: absolument

« A 200 miles seulement… »

Azuma Kaya sensei aborde la question des origines, l’évolution des mœurs au fil des époques, les différences culturelles. Comme dans le tome précédent, elle jongle entre les années 1990 avec le neveu Gene et les années 70 avec l’amish Gene. Elle continue d’analyser leurs interrogations, leurs émotions et les raisons de leur hésitation face à l’avenir. Ainsi, les regrets et les peines viennent perturber les rêves. Walker réalise son amour pour son bienfaiteur devient de plus en plus un obstacle à sa curiosité pour le monde. De même, Edwards comprend qu’il ne peut emprisonner son bien-aimé malgré des sentiments réciproques. Ainsi, l’auteure s’intéresse aux rêves, à la famille, à la dépendance et aux barrières qu’un individu se crée. Elle s’attarde un peu plus sur le passé de Gene, faisant le lien avec Jean, sa nièce. De même, elle équilibre petit à petit les différents liens entre les personnages.

La mangaka a un trait léché légèrement épuré avec une note réaliste. De même, elle soigne les décors très présents. Les trames utilise une large palette de teintes pour rendre toutes les nuances et les ombres, renforçant le réalisme du graphisme. Les flash-back se repèrent à leur fond noir mais des trames rayées recouvrent les vignettes pour les souvenirs, les distinguant clairement. La mise en page classique propose quelques pages plus dynamiques dont des angles de vue variés. Dans les scènes érotiques, Azuma sensei censure les parties intimes par des hachures. Elle joue d’ailleurs sur le cadrage pour les montrer le moins possible. Elle inclut directement les illustrations en début de chapitre dans le récit. Il y a de magnifiques illustrations monochromes et la postface sous la jaquette.

En résumé

En 1992, Edwards Gene continue de nettoyer le bureau de son oncle Trevor. Quand Karen vient leur rendre visite, l’adolescent la reconnaît immédiatement grâce à sa lecture du journal intime de l’avocat. Mais cela intrigue son oncle persuadé de ne pas avoir encore parlé de son amie à son neveu. D’ailleurs, il remarque que le journal est sur une étagère de la bibliothèque vide. En 1975, Gene Walker continue ses études tout en travaillant comme mannequin. Il aime également coucher avec son amant Trevor et prend souvent des initiatives. Néanmoins, il hésite encore pour ses choix d’avenir. En effet, il rêve toujours de découvrir le monde mais hésite à quitter son bienfaiteur. Il remarque aussi que son village natal, pas si loin de New-York, lui manque finalement.

En conclusion

Ce tome obtient la treizième place de la meilleure série au Chill chill BL award 2023. Azuma Kaya sensei dépeint avec précision les différentes époques. De même, elle offre une romance emplie de sensibilité. Elle arrive aussi à créer un lien logique avec le titre via le neveu et la nièce des deux héros. Ce spin-off de My rumspringa fait également référence avec subtilité à certains évènements du récit d’origine. Impossible de ne pas craquer pour ce doux récit très réaliste, vecteur d’émotions!