Salad days 2 – Jing Shuibian et Tang Liuzang

salad days 2 jing shuibian tang liuzang

JING Shuibian
TANG Liuzang
ISBN: 9782494400016
Nazca, 2023
2019 (CN)
Webtoon
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

« Tu es comme la lune et les étoiles! »

Jing Shuibian montre la progression des personnages, les confrontant à différentes difficultés dont les limites de leur environnement. Elle met en avant l’entraide, les différents types de soutien. A travers Song Xin et Chen Qingling, elle montre la pression familiale que subissent principalement les filles, les parents privilégiant la sécurité d’un travail classique. Bai exprime maladroitement ses sentiments créant des moments comiques tandis que les réactions spontanées de Shen sont toutes mignonnes. Les deux amis prennent conscience de l’évolution de leurs rêves de jeunesse en objectifs d’avenir. Les amis des deux personnages principaux les entourent constamment de bienveillance. L’auteure analyse les tiraillements et les interrogations de ses deux héros. Elle montre le renforcement d’une amitié équitable malgré la différence sociale. Par ailleurs, elle aborde la question de l’avenir, de l’éloignement nécessaire, les risques ainsi que les sacrifices. L’histoire bonus révèle quelques secrets sur un personnage secondaire.

Tang Liuzang a un trait fin et épuré qui se simplifie dans les passages humoristiques. Elle n’hésite pas à transformer ses personnages en SD tout mignon. Les couleurs réalistes sont pourtant variées. D’ailleurs, les jeux de lumière complètent les trames d’ambiance colorées. De même, les décors soignés, parfois sans contour mais dans une palette de teintes peu nuancées, renforcent les ambiances. La mise en page très dynamique exploite les pleines pages pour mettre en valeur la beauté des mouvements de danse mais ralentit également le rythme de lecture, invitant ainsi le lecteur à la contemplation ou à la respiration. Toutefois, le sens de lecture paraît parfois confus lors des double pages. Comme dans le tome précédent, les personnages sont présentés sur le rabat de la couverture. En fin de chapitre, des notes du traducteur permettent de comprendre quelques questions culturelles. Un vernis sélectif met en relief l’illustration de la jaquette.

En résumé

Jiang Shen se faisait une joie d’annoncer à Bai Jinyi qu’il avait été sélectionné comme danseur principal. Mais lorsque son ami lui annonce qu’il part bientôt s’entraîner aux États-Unis avec un boxeur professionnel, la tristesse l’envahit. Informés par la professeur de danse des capacités de Jiang et de la possible présence de recruteurs de renoms lors de la représentation culturelle annuelle, les parents de ce dernier décident de laisser leur fils embrasser la carrière de danseur s’il le souhaite…

En conclusion

Jing Shuibian approfondit ses thèmes en comparant différentes situations à travers l’entourage de ses deux héros. Elle oscille entre moments tendres, comiques et intercale quelques moments de tensions. Le graphisme de Tang Liuzang crée des ambiances qui collent parfaitement au récit. En plus ses personnages sont tous charmants, même le « Pépé de la bibliothèque »! Une lecture toujours aussi douce, idéale pour se motiver et se dorloter.

Salad days 1 – Jing Shuibian et Tang Liuzang

salad days 1 jing shuibian tang liuzang

JING Shuibian
TANG Liuzang
ISBN: 9782902487967
Nazca, 2023
2019 (CN)
Webtoon
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

« Il y a des garçons parmi les petits cygnes? »

Jing Shuibian narre une tranche de vie avec une romance slow burn entre deux garçons de classes sociales totalement différentes. Elle installe d’abord le contexte et les différents personnages pour développer ensuite l’évolution de la relation entre Shen et Jinyi qui démarre par une belle amitié. En effet, les deux garçons se soutiennent mutuellement, acceptant les privations et les efforts pour atteindre un jour leurs rêves. L’entourage et les amis apportent à la fois une note bienveillante et quelques moments comiques. Le lecteur, placé en simple observateur, découvre au fil des chapitres les interrogations des enfants sur certains stéréotypes sociaux. Ainsi, l’auteure aborde entre autres le jugement extérieur, la catégorisation genrée ou sociale. Elle joue beaucoup sur les comparaisons tout en restant toujours dans une analyse bienveillante.

Tang Liuzang a un trait épuré tout en rondeur très doux, renforcé par la texture du papier mat. Le trait se simplifie dans les passages humoristiques, se déformant en semi SD, avec des expressions parfois exagérées. Les couleurs plutôt réalistes et également douces détaillent les ombres par des dégradés. Les décors soignés alternent avec les trames d’ambiance colorées ou graphiques. D’ailleurs, le jeu des lumières estompe quelques traits. Les cadres épais mettent en relief certaines images. La mise en page très dynamique joue sur les superpositions, les pleines pages, et accompagne le regard. Sur le rabat intérieur de la couverture se trouve la présentation des personnages. A la fin de quelques chapitres, des notes de traduction apportent des précisions. Un vernis sélectif sur la jaquette donne un bel effet de relief.

En résumé

Jiang Shen (12 ans) admire les cours de danse classique de la professeur Lin alors que sa mère livrait l’école. La professeure lui propose un cours d’essai et remarque sa souplesse ainsi que sa passion. Malgré leurs revenus modestes, la mère et le père de Shen, constatant que leur fils accepte de sacrifier tous ses autres loisirs, lui proposent donc de l’inscrire aux cours de danse. Le campagnard sympathise rapidement avec son aînée Song Xin. Mais alors que les filles espionnaient comme à leur habitude le cours de boxe à côté de leur classe pendant la pause, le nouveau Petit cygne attire l’attention du beau Bai Jinyi (12 ans), un garçon de bonne famille qui rêve de devenir boxeur.

En conclusion

Jing Shuibian maîtrise son scénario, invitant indirectement les lecteurs à réfléchir sur les stéréotypes sociaux qui compliquent inutilement notre vie. Bien que ce soit un slow burn, elle maîtrise les sauts dans le temps et diffuse l’essentiel pour comprendre le récit. Par ailleurs, le graphisme de Tang Liuzang sublime la bienveillance et la douceur générale du récit. Je fonds complètement pour les personnages, avec chacun leurs motivations et leurs efforts pour atteindre leurs rêves. Une lecture aussi douce que du miel, réconfortante et pleines de valeurs positives.

Good morning sunshine – Taji Makoto

couverture de Good morning sunshine de Taji Makoto, éditions Taifu

TAJI Makoto たじまこと
ISBN: 9782375064856
Taifu comics, 2024
ISBN: 9784801978843 (JP)
Takeshobo, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« Et si on essayait l’amour sans drama? »

Taji Makoto sensei narre une tranche de vie romantique entre deux étudiants qui s’admirent d’abord puis tombent petit à petit amoureux. Ainsi, elle analyse en détail la construction et l’évolution d’une relation amoureuse, de l’amitié à la première fois, tout en présentant les réflexions de chacun des protagonistes ainsi que les regards extérieurs. Elle s’intéresse également aux études d’art, s’attardant sur les difficultés, les débouchés et l’ambiance. Yôhei, gay, a tendance à fuir ses sentiments, les déclamant pourtant à tout va. Subaru, quant à lui s’interroge sérieusement sur l’homosexualité et la différence entre couple et amis. Les deux étudiants respectent donc le rythme de l’autre pour se découvrir. D’ailleurs, l’auteure crée une relation consensuelle. Elle aborde la communication, le soutien mutuel dans les limites de ses possibilités, la gestion difficile entre vie privée, études et travail. Dans l’histoire bonus, elle révèle ce que devient le couple par la suite.

La mangaka a un trait épuré plutôt en rondeur qui dégage de la douceur. Elle joue sur les pleins et déliés et dessine de grands yeux expressifs. Dans les passages humoristiques, elle simplifie encore plus son trait. Malgré des trames variées, des hachures soulignent également les volumes et les fréquents rougissements. Par ailleurs, les trames d’ambiance plutôt graphiques, accompagnent les émotions. De même, les décors sont plutôt présents. La mise en page dynamique utilise beaucoup les sorties de cadre et les chevauchements. Taji sensei distingue les pensées et les paroles selon la forme des phylactères, mettant ainsi en avant les contradictions. Elle ne censure pas les scènes érotiques. Dans les illustrations en début de chapitre, elle montre l’évolution du couple dans leur quotidien. En fin de chapitre, il y a des anecdotes en une case. Sous la jaquette, deux planches donnent également une histoire amusante.

En résumé

Lors des journées portes ouvertes de l’université, Tosaka Subaru tombe sous le charme d’une toile de Yumoto Yôhei et se décide alors d’intégrer des études de design. Plus tard, il découvre que Yôhei est son voisin lorsqu’il s’installe dans son appartement. Néanmoins, l’étudiant en art est un grand dormeur et ne range pas beaucoup. En fin de compte, Subaru se retrouve à l’aider, le réveillant chaque jeudi et lui préparant le petit-déjeuner. Et comme Yumoto lui déclame souvent son amour pour le remercier, il lui répond toujours favorablement. Mais leurs sentiments sont-ils sincères?

En conclusion

Taji Makoto sensei détaille le développement naturel d’une relation amoureuse dans la bienveillance, la communication et la gentillesse. En plus, elle a un graphisme expressif tout doux qui colle parfaitement à l’ambiance générale du récit. J’aime beaucoup la dynamique entre Subaru et Yôhei. Une lecture réconfortante que je recommande aux fans de tranche de vie.

Internet love – Urino Kiko

couverture Internet love de Urino Kiko éditions Glénat

URINO Kiko 売野機子
ISBN: 9782344064696
Glénat, 2024
ISBN: 9784396785727 (JP)
Shodensha, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

« Ma joyeuse vie de cyberstalker prit fin. »

Urino Kiko sensei narre une romance contemporaine entre un Japonais et un Coréen qui se découvrent d’abord via les réseaux sociaux. Elle analyse avec finesse les rapports qui se construisent à travers ce média, interrogeant sur l’identité virtuelle et celle réelle. Ainsi, elle aborde le jugement sur l’apparence, les risques d’Internet, la fuite du quotidien à travers celui d’un autre. Tenma, bien qu’entouré de ses collègues bienveillantes et de parents compréhensifs, est persuadé d’être trop banal pour plaire. De même, malgré une vie bien remplie, Eunho ressent de la solitude et recherche de la reconnaissance. L’auteure s’intéresse donc à l’acceptation de soi et de l’autre tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts. Avec les petites amies des deux héros, elle met en avant la pression d’une certaine conformité sociale. De même, elle montre avec humour les différentes techniques pour surpasser la barrière des langues.

La mangaka a un trait épuré avec un touche brute, rappelant le graphisme des shôjo des années 90. Elle le simplifie à l’extrême dans les passages humoristiques. Par ailleurs, elle utilise les trames avec parcimonie. De même, les trames d’ambiance accompagnent discrètement les émotions fortes. Les décors situent principalement l’action, apparaissant parfois uniquement tramés. Par contre, Urino sensei offre une mise en page très dynamique avec des cadres qui semblent tracés à la main, donnant l’impression d’un « couper-coller » fait main rassemblant des souvenirs. Elle ne développe pas les scènes érotiques, laissant libre cours à l’imagination du lecteur.

En résumé

Le nail artist Tenma Minori suit assidûment depuis cinq ans les publications du coréen Eunho qui partage sa vie sur les réseaux sociaux. Ses collègues s’inquiètent un peu de sa passion, proche d’un cyberstalker. Mais quand Eunho poste une photo de sa petite amie, l’univers « imaginaire » de Tenma s’écroule…

En conclusion

Urino Kiko sensei maîtrise parfaitement le format one-shot, allant à l’essentiel et laissant l’imaginaire des lecteurs construire leur réflexion sur l’usage des réseaux sociaux. Elle pointe certaines problématiques avec une note positive et rassurante. Ainsi, j’ai dévoré ce récit avec l’impression de mettre constamment un peu de baume autour de mon cœur. Les personnages sont tous attrayants. Le graphisme avec sa touche un peu datée pourra rebuter certains lecteurs. Personnellement, je trouve que cela ajoute une ambiance nostalgique très agréable et expressive. Une énorme coup de cœur!

L’amour au micro-onde! 2 – Kakine

couverture de L'amour au micro-onde! 2 de Kakine, édition taifu

Kakine カキネ
ISBN: 9782375064917
Taifu comics, 2024
ISBN: 9784799749678 (JP)
Libre, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

« Quoi que les gens puissent dire, c’est moi, ton petit ami. »

Kakine sensei continue d’analyser le lien qui se crée entre les gens durant les repas. Elle s’intéresse également à l’engouement pour la cuisine à travers les émissions télévisées et les réseaux sociaux. Ainsi, à travers Ukie, elle montre les différences entre amateur et professionnel. Ainsi, la comparaison entre les deux mères des deux héros, aux caractères totalement opposés, interroge sur la construction du palais durant l’enfance et la perception des repas préparés. Les personnages secondaires apportent principalement une note comique. D’ailleurs, le comportement ambigu de Taguchi le rend très intéressant. A travers les médias, l’auteure aborde l’influence des réseaux sociaux et des scandales sur la vie privée, la séparation entre privé et public, l’image que l’on se construit à la télévision. Elle s’intéresse également au coming out à la famille, analysant deux réactions différentes lors de la présentation du partenaire.

La mangaka a un trait épuré mit en relief par les pleins et déliés. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Les trames sont très variées tandis que les trames d’ambiance accompagnent les émotions. De même, les décors apparaissent sur les plans larges. Contrairement au tome précédent, les flash-back se repèrent plus classiquement à leur fond noir. La mise en page est dynamique. Dans les scènes érotiques, Kakine sensei ne montre pas les parties intimes qui se fondent dans les trames.

En résumé

L’émission de Waki Shôgo a évolué. Maintenant, il partage l’antenne avec une belle assistante, Ukie. Il rentre également de plus en plus tard. Pourtant, il envoie toujours à son petit ami Kami Yoshitarô (32 ans), une photo de son bento vide pour le remercier de s’être régalé. Mais un soir, un journaliste du Bunshû magazine aborde Kami et lui révèle qu’un scoop sur Waki et son assistante sera publié. Bien qu’ébranlé, l’ouvrier continue de croire en son petit ami. Mais lorsque ce dernier oublie de lui envoyer la photo de son bento, sa confiance s’ébranle. Pour tromper sa tristesse, Yoshitarô sort avec ses collègues. Buvant plus que de raison, Taguchi Kei lui propose alors de rester chez lui.

En conclusion

Kakine sensei offre une suite très intéressante, développant d’autres sujets mais toujours autour de la cuisine. Elle développe les personnages secondaires apportant une touche très « familiale » au récit. Ses regards semblent s’adoucir. Je craque complètement pour les deux mères. Leurs réactions sont tellement opposées et pourtant, je les trouve attendrissantes. Une délicieuse conclusion qui nous laisse un peu sur notre faim, si on apprécie Taguchi!

L’amour au micro-onde! 1 – Kakine

couverture de L'amour au micro-onde! 1 de Kakine, taifu comics

Kakine カキネ
ISBN: 9782375064351
Taifu comics, 2024
ISBN: 9784799737422 (JP)
Libre, 2018 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

« Il n’y a pas que le goût dans la nourriture. »

Kakine sensei narre une douce romance tout en abordant le bonheur de manger ensemble. Elle révèle le passé des deux héros par brides, créant un certain suspense. Ainsi, l’enjoué Waki est un glouton fonceur, un peu sans gêne, qui redécouvre les goûts. Le fuyant Kami, quant à lui, culpabilise sur son homosexualité et prend en fait plaisir à voir les autres manger. Les deux hommes vont se découvrir des points communs à travers la cohabitation. Malgré un lien fort qui se crée entre eux, ils ont tous les deux tendance à faire passer le bonheur de l’autre avant. L’auteure analyse en détails les interactions qui se créent durant les repas. Avec Taguchi, elle s’intéresse à l’homophobie et la question du coming out au travail. Par ailleurs, elle aborde la peur de l’engagement, le poids du devoir filial et la difficulté à séparer privé et public.

La mangaka a un trait légèrement anguleux adouci par les pleins et déliés qui donnent au passage du volume. Elle le simplifie à l’extrême dans les passages humoristiques. D’ailleurs, elle n’hésite pas à représenter Waki en wanko. Les trames sont équilibrées tandis que les trames d’ambiance, parfois très graphiques, accompagnent les émotions. De même, les décors détaillés apparaissent sur les plans larges. La mise en page est très dynamique. Pour les flash-back, Kakine sensei utilise parfois un fond gris mais elle privilégie une trame rayée, parfois brouillée par des marques blanches, qui ne recouvre que le dessin. Ainsi, elle ajoute un effet d’effacement, transcrivant les souvenirs flous. Dans les scènes érotiques, les cadrages évitent de montrer en détail les parties intimes, même dans une coupe intérieure. Par contre, l’histoire bonus offre des scènes plus sexy compensant les passages trop courts du récit.

En résumé

Bien que célibataire, Kami Yoshirô aime se préparer de bons plats. Néanmoins, il a tendance à trop en cuisiner. En effet, avant il partageait son bento avec un collègue mais depuis le départ de ce denier, il se retrouve seul le midi. Un soir, le présentateur Waki Shôgo, qui anime une rubrique culinaire, débarque à l’improviste chez Kami. Bien qu’il ne distingue pas bien les goûts, il tombe tout de même sous le charme des plats de l’ouvrier. Depuis, il s’invite à la pause déjeuner de ce dernier, les studios étant proches du travail de Yoshirô…

En conclusion

Kakine sensei propose de partager une tranche de vie de Waki et Kami, autour de délicieux plats. Elle détaille avec finesse l’ambiance et le bonheur de partager les repas ainsi que le réconfort que la cuisine apporte. Son graphisme qui conserve un peu un aspect croqué, dégage un charme particulier. Par ailleurs, la romance se développe avec naturel. Je craque complètement pour le couple! Une lecture gourmande qui dépeint des émotions très intéressantes.

Blue sky complex 9 – Ichikawa Kei

couverture blue sky complex 9 ichikawa kei hana

Ichikawa Kei 市川けい
ISBN: 9782382764855
Hana, 2024
ISBN: 9784864424738 (JP)
Tokyo mangasha, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

« C’est justement parce que l’on fait confiance à son partenaire qu’on ne peut demander ou dire certaines choses… »

Ichikawa Kei sensei s’intéresse à la question de la confiance dans le couple, malgré les inquiétudes et les interrogations, ainsi qu’aux sentiments inavouables pour ne pas troubler son partenaire. Elle décortique l’installation du malaise qui en découle, le poids des silences et la nécessité de crever l’abcès ainsi formé. En parallèle, elle continue de développer la question du coming out à travers l’exemple de Minori qui préfère fuir ses sentiments au point d’en devenir malade. Kurisu Haruomi présente une autre facette de sa personnalité en conseillant subtilement Natsuki. Tôma, qui réalise peu à peu ses sentiments et son orientation sexuelle, s’exclut de plus en plus de sa famille. Avec son exemple, l’auteure met en avant les quiproquos que peut provoquer un excès de gentillesse, la nécessité d’être parfois ferme. Elle montre différentes manières de faire une mise au point. Dans l’histoire bonus, elle détend l’atmosphère avec un peu de mignonnerie.

La mangaka a un trait de plus en plus épuré qui offre parfois un aspect croqué. Elle joue sur les pleins et déliés. Dans les passages humoristiques, elle dessine des personnages SD aux traits plus anguleux et simples. Les trames équilibrées ont une dominante claire tandis que les rares trames d’ambiance, discrètes, renforcent le réalisme. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Par ailleurs, les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page est dynamique. Bien qu’Ichikawa sensei ne censure pas les scènes érotiques, elle joue sur les angles de vue et les cadrages pour montrer le moins de détails possibles. D’ailleurs, il faut parfois déchiffrer les gros plans pour deviner quelle partie du corps est représentée. Comme dans le tome précédent, sous la jaquette, elle donne la recette secrète des pancakes du père de Terashima ainsi que la postface en manga.

En résumé

Alors que Kugayama Tôma s’apprêtait à embrasser Terashima Natsuki, ce dernier l’arrête en le frappant pour l’éloigner. Le lycéen prétexte alors avoir vu une punaise dans ses cheveux pour expliquer son geste. Narasaki Motochika ayant trouvé Wakamatsu Minori sous la pluie, la raccompagne chez elle avant de rejoindre son bien-aimé comme promis. Le lendemain soir, quand Terashima voit l’ambulance devant leur immeuble, il hésite à avertir Chika qu’il s’agit de Minori, trop fier pour avouer s’inquiéter de leur passé. Le jour suivant, lorsque Narasaki croise Endô Yui avec les affaires de Minori, il s’interroge alors sur la relation entre les deux femmes.

En conclusion

Ce tome obtient la dix-huitième place de la meilleure série au Chill chill BL award 2024. Ichikawa Kei sensei arrive à aborder différents sujets uniquement en analysant les petits tracas du quotidien. Elle montre différentes réactions, réflexions, permettant ainsi au lecteur de s’interroger sur les comportements humains. Par ailleurs, son graphisme dégage beaucoup de sensualité. Je craque complètement pour ses personnages en SD qui ont une patte graphique particulière mais tellement trognonne! Une tranche de vie qui peut paraître un peu lente pour certains lecteurs mais qui me ravit à chaque tome. J’adore découvrir et partager le quotidien de Natsuki, Chika et tous leurs amis.

Here U are 2 – Djun

couverture here u are 2 djun taifu li huan qui retire son masque

Djun
ISBN: 9782375064436
Taifu comics, 2024
Dongman, 2017 (CN)
Manhua
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

« Tant de contradictions dans ses propos. »

Djun continue de dénoncer les divers comportements homophobes, en particulier avec la bande de Wang Ming et Zhang Jiefeng. Iel crée des tensions et des quiproquos, rendant avec réalisme les diverses réactions et questionnements. Comme dans le tome précédent, iel détend l’atmosphère avec des petites touches d’humour, apparaissant même en tant que manhuajia dans les dialogues. De même, Xiao Yi ajoute une note mignonne. Les colocataires de Yangyang, Yu Xiao Ji, Lao Jiang et Dabai, soutiennent leur ami avec bienveillance. Par ailleurs, l’introduction de Zhang Jianyu permet d’analyser les limites du déni et du travail sur soi. En effet, bien que la jeune fille ait parfaitement conscience d’un amour impossible, elle continue d’espérer et de provoquer la chance d’un changement. Ainsi, l’auteur.e aborde l’amour à sens unique, le jugement hâtif, le poids des rumeurs et la difficulté à oublier. Avec Li, elle montre la complexité à décrypter ses ressentis.

Dans le sommaire, Djun ajoute un personnage en SD portant un pyjama animal trop chou. Son trait épuré conserve un style réaliste. Il se simplifie et s’arrondit dans les passages humoristiques. Ainsi, certains personnages apparaissent même en semi SD au cours du récit. De même, les teintes plutôt réalistes apparaissent très sombres la nuit. Les décors soignés renforcent également le réalisme. Toutefois, quelques trames colorées retranscrivent l’ambiance. Les rêves se repèrent grâce à un fond noir. La mise en page dynamique a parfois un agencement provoquant quelques hésitations sur l’ordre de lecture, quand il y a des chevauchement de vignettes. En fin de tome se trouve des croquis humoristiques qui étaient en bonus à la fin de certains chapitre lors de la publication en ligne. Un vernis sélectif sur la couverture est du plus bel effet.

En résumé

Avec un peu de patience et d’observation, Yu Yang a enfin réussi à sympathiser avec Li Huan. Il remarque même les timides et discrets sourires de son camarade. Le voyant déjeuner seul, il le rejoint sans hésitation et lui propose alors d’aller à la piscine de l’université ensemble. Les colocataires de Yangyang, remarquant que Zhang Jianyu n’arrête pas d’abuser de la gentillesse de ce dernier, le préviennent que sa bonté débordante peut porter à confusion. En effet, l’étudiante semble en pincer pour lui bien qu’elle sache qu’il soit homosexuel. Inquiet des rumeurs qui peuvent alors circuler, Yu se demande s’il ne devrait pas également prendre ses distances avec son nouvel ami.

En conclusion

Djun maîtrise parfaitement le développement de son récit, alternant tension, humour et « mignonnerie ». Iel commence à révéler quelques secrets sur Yu. Son graphisme est agréable. Les sujets abordés sont complètement d’actualités. Je trouve d’ailleurs que les réactions sont très bien rendues. J’adore la sensibilité de ce récit qui apporte une touche plutôt réaliste dans son propos. Après l’avoir lu en ligne, je n’ai pas hésité à le reprendre en version papier, complètement charmée par les aventures de Yangyang, Li Huan et leurs amis. N’hésitez pas à découvrir cette magnifique histoire!

Here U are 1 – Djun

couverture here u are 1 djun taifu yu yang qui relève ses cheveux

Djun
ISBN: 9782375064238
Taifu comics, 2024
Dongman, 2017 (CN)
Manhua
Ero-mètre: pudique
Recommandation: un peu

« Pourquoi il me fixe sans rien dire? »

Djun narre une romance aux notes réalistes entre deux étudiants aux caractères opposés. Iel base la narration du point de vue de Yu. Iel implique avec humour le lecteur en rappelant à travers certains dialogues ou indices semés en arrière-plan, qu’il s’agit d’une fiction. Yang assume son homosexualité, la dévoilant uniquement lorsqu’il le juge nécessaire. D’ailleurs, il n’hésite pas à recadrer, d’abord avec humour puis par la violence, tous ceux qui font des remarques homophobes. Par ailleurs, Wang Ming et ses camarades, dont Zhang Jiefeng, offrent une grande palette des pires comportements, entre moqueries, harcèlements et pièges. Le passé de Li révélé au fur et à mesure permet de mieux comprendre son côté renfermé. L’auteur.e installe pour l’instant les personnages et leurs relations. Iel aborde d’abord le jugement extérieur s’appuyant également sur les personnages secondaires pour offrir d’autres exemples.

Le.a manhuajia, malgré un trait épuré, a un style plutôt réaliste. Iel le simplifie, parfois à l’extrême, dans les passages humoristiques. Les couleurs sont plutôt réalistes avec des ombres fortes marquées et des dégradés. De même, les décors détaillés sont très présents sauf dans les plans rapprochés. La mise en page dynamique enchaine avec fluidité les vignettes et propose même quelques agencements plus originaux, avec des absences de cadre, des sorties de cases, des superpositions. Par ailleurs, les scènes d’action se résument à l’essentiel. Djun utilise également les pleines pages pour marquer des pauses agréables dans la lecture. Un vernis sélectif sur la couverture offre un très bel effet.

En résumé

L’étudiant en seconde année, Yu Yang, accueille les nouveaux élèves et les oriente selon leurs besoins. Très sociable et franc, il attire vite la sympathie de tous les étudiants. Mais le grand et taciturne Li Huan se montre froid, ne le remerciant même pas d’être allé chercher la clé de sa chambre. D’abord vexé par l’indifférence du nouveau, Yangyang remarque que Huan ne s’intègre également pas aux autres étudiants lors des activités. Un soir, alors qu’il allait fermer la salle B106, il aperçoit Li jouer du piano. Face à son regard triste, il s’éclipse alors discrètement…

En conclusion

Djun démarre lentement son récit mais cela est nécessaire pour bien appréhender les différents caractères des personnages ainsi que leurs liens. Son scénario est parfaitement maîtrisé, alternant humour et tension. De même, son beau graphisme offre une large palette de physionomies différentes. En plus chaque visage ou carrure possèdent son charme. N’hésitez pas à découvrir ce petit bijou très contemporain!

L’histoire de papa, papa et moi 1 – Roji

l histoire de papa papa et moi 1 roji

Roji ろじ
ISBN: 9782375064306
Taifu comics, 2024
ISBN: 9784799760963 (JP)
Libre, 2023 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: absolument

« On n’est peut-être pas liés par le sang, mais c’est notre enfant! »

Roji sensei propose de suivre le quotidien d’une famille homoparentale, à travers quelques tranches de leur vie. Elle décortique les découvertes, les interrogations, les doutes, l’organisation du couple tout en présentant au fil des chapitres leur passé. Elle alterne la narration entre les deux pères, dont les points de vue diffèrent à cause de leurs caractères opposés mais également leurs rapports familiaux. Ainsi, Ai assume son homosexualité et a tendance à agir comme bon lui semble tandis que Nao, trop sensible, fuit l’inconfort. La famille de Nanami, l’amie de Hiro, apporte un regard extérieur et confronte le couple au rejet et à l’acceptation tout aussi blessante à cause d’un excès de bienveillance. L’auteure aborde donc la pression de la société avec l’image d’un parent parfait, l’influence des stéréotypes, la catégorisation sociale qui engendre des discriminations. Elle interroge d’ailleurs sur ce qu’est un parent.

La mangaka a un trait épuré plutôt en rondeur qui dégage de la douceur. Elle le simplifie en exagérant les expressions dans les passages humoristiques. Par ailleurs, elle utilise beaucoup de trames. Néanmoins, les trames d’ambiance se font discrètes. Les décors soignés apportent une note réaliste. Un fond noir indique les flash-back. La mise en page très dynamique joue sur les superpositions, les vignettes aux formes variées et les sorties de cadre. Roji sensei ne dessine pas les scènes érotiques, même si elles font parties des discussions. Sous la jaquette, elle offre quelques portraits de la petite famille.

En résumé

Miura Nao et Odowara Ai sont en couple depuis l’université et ont adopté le jeune Hiro. Les deux pères découvrent alors le difficile décryptage des pleurs, les nuits blanches et la perte d’intimité du couple. Mais également, avec le soutien et les conseils des parents d’Ai, le bonheur de construire une famille…

En conclusion

Ce tome obtient la deuxième place du meilleur nouveau venu au Chill chill BL award 2024. Roji sensei offre une tranche de vie toute mignonne qui suit la croissance de Hiro. Elle met au cœur de son récit la parentalité, rappelant avec brio que la distinction du rôle des parents selon leur sexe est aberrant puisque ce n’est pas inné. Elle arrive à ancrer son récit dans la réalité, d’autant plus qu’au Japon, le mariage homosexuel n’est pas encore totalement légalisé et l’adoption interdite aux homosexuels, offrant d’ailleurs au passage une note d’espoir. Le graphisme est également tout mignon. Foncez lire cette belle histoire émouvante et tendre! Un énorme coup de cœur que je recommande chaudement.