La silhouette d’un solitaire – Yuitsu

la silhouette d un solitaire yuitsu

Yuitsu ゆいつ
ISBN: 9782382764374
Hana, 2024
ISBN: 9784758079242 (JP)
Ichijinsha, 2019 (JP)
Titre original: 構いたくなる背中
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« Si j’avais quelqu’un comme toi à qui parler, je n’aurais plus besoin de faire tout ça. »

Yuitsu sensei narre une romance entre deux collègues qui cohabitent ensemble et tombent petit à petit amoureux. Comme à son habitude, elle surpasse le scénario classique en analysant avec finesse les émotions de ses personnages. Ainsi, elle aborde la solitude, le besoin de chaleur humaine, la peur de blesser, le bonheur des moments partagés au quotidien avec un être aimé. La narration se base principalement sur le point de vue de Sakura. Depuis la trahison de son ex, le salaryman ne croit plus en l’amour sincère et a peur d’aimer à nouveau. Le prévenant Hasegawa se retient pour devenir avant tout un confident, fuyant également son attirance. Ainsi l’auteure joue sur les malentendus et le manque de communication pour dynamiser la relation. Avec Igarashi, elle s’intéresse à l’adultère. Elle transforme même la libido exacerbée de Seizô en moment comique.

La mangaka a un trait léché plutôt réaliste. Bien qu’elle le simplifie dans les passages humoristiques, il paraît surtout épuré. Elle dessine des corps athlétiques empreint de virilité et pourtant, Sakura dégage une certaine fragilité malgré sa musculature. Les trames variées sont équilibrées tandis que les trames d’ambiance se font discrètes. Les décors très présents renforcent également le réalisme. Malgré une mise en page plutôt classique, la taille des vignettes et les angles de vue varient souvent. Yuitsu sensei ne censure pas les scènes érotiques.

En résumé

Depuis que Sakura Seizô a quitté son petit ami Igarashi Jun qui le trompait, il collectionne les coups d’un soir et refuse de s’engager dans une relation sérieuse. Alors qu’il allait conclure dans une ruelle avec un type rencontré dans un bar, un bel homme vient à son secours, persuadé que Sakura était agressé. Mais le lendemain, il croise à nouveau l’inconnu à son bureau. En effet, Hasegawa Yuki est leur partenaire d’un nouveau projet. Seizô supporte de moins en moins le jeune salaryman qui a la fâcheuse tendance à gâcher ses plans dragues en apparaissant toujours au mauvais moment. Convoqué au bureau suite à une erreur alors qu’il était en plein ébats, Sakura réalise subitement qu’il confie en fin de compte facilement ses déboires à Hasegawa. Ce dernier lui propose alors de vivre ensemble.

En conclusion

Bien que ce one-shot ne se classe pas au Chill chill BL award 2020, les lecteurs le citent parmi les meilleurs mangas profonds avec un sujet travaillé, appréciant le romantisme du couple ainsi que la beauté de leur musculature. En effet, Yuitsu sensei crée des personnages touchants avec leur facile embarras face au romantisme. Elle construit également un récit réaliste et adulte. En plus, son graphisme est un régal pour les yeux. Une lecture séduisante qui met en avant le simple bonheur de vivre avec celui qu’on aime.

Nagahama to be, or not tobe – Scarlet Beriko

nagahama to be or not to be scarlet beriko

SCARLET Beriko スカーレット・ベリ子
ISBN: 9782375063996
Taifu comics, 2024
ISBN: 9784403668968 (JP)
Shinshokan, 2024 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: absolument

« Et mince… J’arrive plus à le regarder dans les yeux. »

Scarlet Beriko sensei propose de suivre une tranche de vie de deux lycéens, amis d’enfance et un peu rebelles. Elle base la narration du point de vue de Nagisa. Elle analyse l’évolution de la relation d’une amitié complice jusqu’à l’éveil de leurs sentiments amoureux. Ainsi, Issa qui est long à la détente exprime maladroitement son affection. Nagisa, quant à lui, s’interroge sur son attachement, prenant un certain temps avant de réussir à le définir par des mots. Les deux amis en terminale se confrontent également à leur choix d’avenir, l’un fonçant tête baissée pour réaliser son rêve tandis que l’autre hésite tiraillé entre amour et séparation. L’auteure aborde donc le manque de communication, les compromis à faire entre amour et formation, les interrogations adolescentes. Elle joue principalement sur les quiproquos, apportant humour et dynamisme. Les garnements du club de football ajoute aussi une note comique.

La mangaka a un trait légèrement épuré et léché. Elle le simplifie dans les passages humoristiques et représente parfois Issa en wanko. Elle utilise les trames avec parcimonie mais marque néanmoins les ombres et les contrastes. Par ailleurs, les décors détaillés alternent avec les trames d’ambiance. De même, des trames grises recouvrant les vignettes indiquent les flash-back. La mise en page dynamique joue principalement avec les grandes vignettes et les angles de vue variés. D’ailleurs, Scarlet Beriko sensei détaille les petits gestes et décompose certains mouvements. Sous la jaquette, elle offre une anecdote amusante en deux planches, à lire de préférence à la fin. Dans les illustrations en début de chapitre, elle présente un instantané du quotidien. De même, l’illustration couleur du frontispice représente un magnifique lever de soleil avec un jeu d’ombre et lumière soigné.

En résumé

Le CPE Abe confie une lettre à Minato Nagisa pour son ami Minato Issa, concernant son orientation scolaire. En effet, Issa préfère travailler à la poissonnerie du marché au lieu de venir en cours. D’ailleurs, Nagisa le retrouve là-bas après les cours pour déguster son encas préféré: des crevettes. Un jour, alors que les deux amis se reposent dans leur terrain vague préféré après avoir joué au ballon, Nagisa réalise qu’il apprécie particulièrement ces petits moments de complicité et souhaiterait qu’ils durent toujours. Mais sa joie est de courte durée quand une fille vient chercher Issa. Serait-ce sa petite amie?

En conclusion

Ce one-shot a bénéficié d’une sortie internationale simultanée: il est sorti dans 10 pays le même jour. Une grande première! Scarlet Beriko sensei offre une petite fresque des classiques interrogations de l’adolescence. Toutefois, elle décortique avec beaucoup de sensibilité les sentiments presque palpables des deux protagonistes. En plus, son magnifique graphisme accompagne avec justesse les différentes expressions mais également l’ambiance général du récit. On a l’impression de sentir l’embrun de cette ville côtière en tournant simplement les pages. Je suis complètement conquise par la dynamique entre les deux lycéens, séduite par leur relation complice, bercée par cette parenthèse. Une romance qui dégage une douceur presque brute, chaleureuse. Un énorme coup de cœur!

Le périple des cendres – Conro

le periple des cendres conro

Conro こん炉
ISBN: 9782382762127
Hana, 2024
ISBN: 9784829686577 (JP)
Printemps, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

« Un triangle amoureux et un voyage à deux initié par un frère défunt. »

Conro sensei narre un triangle amoureux avec deux frères dont l’aîné est décédé et l’ami de ce dernier. Elle révèle leur passé au fur et à mesure, maintenant un peu le suspense sur les circonstances du décès de Hajime. De même, elle distingue la vision différente de chacun des deux héros sur le défunt. Ainsi, l’aîné des Kasuga dégage d’abord une image de perfection qui s’effrite au fil des révélations. Alors que Tokio complexe par rapport à son frère, il réalise la pression que ce dernier subissait. Durant le voyage les menant sur les traces de Hajime, Tokio et Ren se rapprochent en partageant leurs ressentis face au désarroi de cette disparition. Ainsi l’auteure aborde le deuil, les regrets et le sentiment de culpabilité qui naissent face au suicide d’un être aimé, la pression familiale qui pèse sur l’aîné. Elle interroge également sur la différence entre amitié et amour.

La mangaka a un trait léché et anguleux. Elle dessine des personnages longilignes aux corps finement musclés. Les trames sont variées tandis que les trames d’ambiance appuient les émotions. De même, les flash-back se repèrent à leur fond noir. Les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page dynamique utilise des cadres épais qui mettent en relief certaines vignettes, ainsi que des sorties de case ou des absences de cadre. Dans les scènes érotiques, Conro sensei joue sur les trames et les lumières pour gommer les parties intimes. Sous la jaquette, elle présente succinctement les deux héros. Par ailleurs, elle offre des illustrations avec une note plutôt poétique en début de chapitre.

En résumé

Kasuga Hajime, le frère de Tokio, est décédé dans des circonstances troublantes, en chutant de la fenêtre de son dortoir. Depuis, Tokio regrette d’avoir évité de discuter avec lui lors de sa dernière visite, se sentant trop oppressé par ce dernier. Lorsqu’un cambrioleur s’introduit dans la maison et dérobe l’urne contenant les cendres du défunt, il le poursuit et le rattrape. En fin de compte, le voleur, Kuroki Ren, s’avère être un tendre ami du défunt. N’acceptant pas la mort de ce dernier, il souhaite au moins emporter une partie de ses cendres avec lui dans un voyage qu’ils s’étaient promis de faire ensemble. Intrigué par cette facette inconnue de son frère, Tokio accepte sa demande à condition de l’accompagner.

En conclusion

Conro sensei reprend une récurrence scénaristique classique du BL avec un triangle amoureux dont l’un des protagonistes est décédé mais apporte une note originale avec le périple alliant recherches et révélations. Toutefois, à cause du format one-shot, elle précipite un peu certains évènements, en particulier la fin qui fait brusquement un bon de cinq ans, et n’exploite pas assez certains questionnements posés. Par contre, son style graphique retranscrit bien l’ambiance et les émotions des personnages. J’ai tout de même apprécié cette lecture mêlant drame, mélancolie et tendresse. Et j’aimerai découvrir d’autres œuvres de la mangaka.

Cœur de chardon – Kiyuhiko

coeur de chardon kiyuhiko

Kiyuhiko きゆひこ
ISBN: 9782382762578
Hana, 2024
ISBN: 9784866570365 (JP)
Frontier works, 2017 (JP)
Titre original: 野アザミの恋
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

« Je veux vivre le bonheur avec Saku. »

Kiyuhiko sensei narre une romance dramatique entre deux amis d’enfance qui se retrouvent 10 ans plus tard. Elle alterne la narration entre les deux héros, donnant d’abord le point de vue de Motoya puis celui de Sakuya avant de jongler entre les deux. Ainsi, elle révèle leur passé au fur et à mesure. Le salaryman analyse ses sentiments et s’interroge sur son attirance pour son ami. A cause de sa vie chaotique et douloureuse, le prostitué qui a perdu son estime de soi, fuit donc la bonté qu’il reçoit. Les deux hommes essaient alors de faire face à leur impuissance. L’auteure aborde les dangers de la prostitution et le manque de chaleur humaine, à travers les mésaventures de Saku mais également de ses deux collègues féminines. Par ailleurs, elle analyse l’évolution des deux solitaires qui découvrent le plaisir de la cohabitation et le bonheur simple du quotidien.

La mangaka a un trait épuré assez basique mais agréable. Dans les illustrations en début de chapitre, elle présente l’évolution des deux héros. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Les décors apparaissent sur les plans larges et conservent un style tracé à la main. Les trames équilibrées utilisent une palette de tons plutôt proches, donnant un rendu uniforme. De même, les trames d’ambiance appuient les émotions. Malgré une mise en page classique, Kiyuhiko sensei offre quelques pages plus dynamiques jouant principalement sur les superpositions de vignettes et les absences de cadre. Dans les scènes érotiques, elle censure les parties intimes avec des languettes blanches. Elle simplifie également les membres virils.

En résumé

Le misanthrope Motoya Hibiki croise par hasard Azami Sakuya, un ami de collège qui avait soudainement disparu durant l’été de leur troisième. Le jeune homme a bien changé depuis et ne cache pas travailler dans la prostitution. Pourtant, le salaryman accepte de l’héberger. Au fil des jours, il remarque apprécier sa présence et lui préparer des petits plats, admirant la sensualité de ses gestes.

En conclusion

Kiyuhiko sensei offre une belle romance au développement plutôt conventionnel, mêlant drame et douceur. Toutefois, elle peine un peu à enchaîner certains évènements et à bien transmettre les émotions de ses personnages. Cela pourra d’ailleurs refroidir certains lecteurs. Pour ma part, j’ai été touchée par ce récit, simple et sympathique. J’apprécie particulièrement la construction de la relation entre Motoya et Saku.

I don’t know how to love – Machio Yu

i don t know how to love machio yu

MACHIO Yu まちお郁
ISBN: 9782382762677
Hana, 2024
ISBN: 9784047365162 (JP)
Kadokawa, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: un peu

« Tu as bien dit que le premier venu te conviendrait tant qu’il respecte tes conditions? »

Machio Yu sensei offre une romance entre deux étudiants à la conception de l’amour différente. Elle aborde ainsi l’acceptation de l’autre tel qu’il est et la liberté dans un couple. Elle s’intéresse également au développement du sentiment amoureux et à différentes formes d’amour. Le pur et inexpérimenté Kaede surprend par son abnégation dans sa relation amoureuse. Il assume sa bisexualité et se contente de peu. D’abord intrigué, Aimi se retrouve vite déstabilisé face à ses premiers émois amoureux, restant longtemps dans le déni. L’auteure fait intervenir les amis des deux héros pour les conseiller et les recadrer. Elle ajoute également de la tension avec la manipulatrice Akari. Ainsi, elle dévie un peu du sujet principal du couple libre pour tomber rapidement dans une comédie romantique un peu plus classique.

La mangaka a un trait épuré et anguleux. Elle le simplifie encore plus dans les passages humoristiques. Elle utilise les trames avec parcimonie mais joue beaucoup sur le contraste des tons. De même, les trames d’ambiance, discrètes, accompagnent les émotions. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Par contre, les décors situent principalement l’action. La mise en page est plutôt classique mais cela colle bien au récit qui a un développement apaisant. Toutefois, Machio sensei propose quelques pages plus dynamiques. Dans les scènes érotiques, elle cache les parties intimes grâce aux cadrages et à des angles de vue maîtrisés.

En résumé

Quand il est célibataire, Aimi Shû a pour principe d’accepter de sortir avec n’importe quelle personne qui le lui demande. Mais il impose au préalable quelques conditions: ne jamais demander où il est, avec qui et ce qu’il fait. Ainsi, il continue de profiter de sa liberté. Quand Manato Kaede le voit se faire plaquer par sa petite amie du moment à la cafétéria de l’université, il tente alors sa chance. A la surprise d’Aimi, l’étudiant qui prétend pourtant être transi d’amour pour lui, se contente de le saluer ou d’échanger quelques banalités au téléphone ou lorsqu’ils se croisent. Au bout de deux semaines, il lui propose enfin de déjeuner ensemble. Shû réalise alors qu’il peut parler franchement avec Kaede. Ce dernier lui avoue d’ailleurs admirer son esprit de liberté.

En conclusion

Ce one-shot obtient la quinzième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2022. Machio Yu sensei crée une belle dynamique entre les personnages. En plus, Kaede est tellement mignon dans ses réactions. Néanmoins, je trouve que le sujet avait un beau potentiel malheureusement peu exploité. En effet, le comportement amoureux d’Aimi reprend les clichés des BL tels que la jalousie et la possessivité alors qu’on avait au début une relation bancale qui s’équilibrait naturellement avec l’amour. J’ai tout de même passé un sympathique moment de lecture.

La romance du marionnettiste – Kogarashi Hatoba

la romance du marionnettiste kogarashi hatoba

KOGARASHI Hatoba 凩はとば
ISBN: 9782382762561
Hana, 2024
ISBN: 9784796415651 (JP)
Kaiohsha, 2022 (JP)
Titre original: 人形遊戯録
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« Une romance entre un fabricant de poupées de génie manipulant les âmes et un chevalier saint devenu esclave. »

Kogarashi Hatoba sensei s’inspire de l’histoire occidentale pour créer un univers fantastique aux notes réalistes, confrontant un pays dans lequel la religion prime à un pays ayant oublié l’éthique au profit du développement technologique. A travers les automates et la guerre, elle interroge sur les spécificités humaines. Ainsi, elle révèle au fur et à mesure le passé des deux héros permettant de mieux comprendre leur comportement. D’ailleurs, bien que la narration alterne entre les deux protagonistes, le point de vue de l’esclave domine. Avec la cohabitation, Gilbert et Chris se découvrent et nourrissent peu à peu une attirance réciproque. En effet, le prisonnier bénéficie d’une certaine liberté, le sexe étant plus un prétexte au chantage et à la punition. Ainsi, l’auteure enchaine les évènements, parfois maladroitement, introduisant des personnages rapidement oubliables. Elle explique son univers au fil des découvertes du chevalier, ajoutant un peu de magie.

La mangaka a un trait légèrement épuré. Bien que l’univers soit fictif, elle construit des décors très réalistes, inspirés de l’architecture et de la mode occidentale médiévale et moderne. De même, elle soigne les détails tels que les motifs, la matière, les ombres, utilisant une large palette de trames. Gilbert a un magnifique corps musclé. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. Par ailleurs, des trames sombres atténuent la violence des passages sanglants. La mise en page est dynamique. Kogarashi sensei joue d’ailleurs sur les angles de vue pour transcrire les rapports entre les personnages. Elle ne censure pas les scènes érotiques mais simplifie néanmoins les parties intimes malgré des coupes intérieures. Il y a presque une scène par chapitre. Les illustrations en début de chapitre présente le quotidien. La couverture se classe dix-huitième au Chill chill BL award 2023.

En résumé

En 1532, Gilbert Grabem, chevalier saint et commandant des chevaliers du Royaume, a perdu la guerre. Prisonnier d’un pays voué à la technologie, il est alors condamné à mort. Mais le capitaine Chris, surnommé le marionnettiste, intervient pour l’épargner à condition qu’il lui cède son âme pour un de ses automates. Refusant de se transformer en « poupée immortelle » mais également de mourir, Gilbert propose alors à son sauveur de devenir son esclave sexuel…

En conclusion

Pour son premier manga, Kogarashi Hatoba sensei offre un graphisme réaliste ainsi qu’un univers bien construit. Toutefois, elle enchaine les évènements avec un peu de maladresse, se noyant dans un foisonnement d’idées plus ou moins intéressantes. Ce petit défaut risque d’ennuyer les lecteurs appréciant les récits bien construits. De même, certaines scènes peuvent choquer la sensibilité des lecteurs, le consentement étant gris. J’ai passé un agréable moment de lecture, à la fois dépaysant et surprenant. J’aime énormément le style graphique. Une mangaka à surveiller!

Indomptable Zono – Shikke

indomptable zono shikke

Shikke しっけ
ISBN: 9782382762615
Hana, 2023
ISBN: 9784047364196 (JP)
Kadokawa, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

« Demain, c’est sûr, j’aurai mon sandwich au porc pané!! »

Shikke sensei offre une comédie romantique avec une touche dramatique bien équilibrée. Malgré un scénario classique d’ennemis à amants, elle jongle entre des passages humoristiques et un sujet sensible tel que la violence familiale. Elle ménage le suspense en révélant au fur et à mesure les petits secrets des deux héros. Les deux lycéens têtus passent leur temps à se lancer des défis, cherchant à faire céder l’autre d’abord par les poings puis par les caresses. Leurs amis les soutiennent, n’hésitant pas à les recadrer quand ils exagèrent. L’auteure installe des contextes familiaux plutôt compliqués pour des adolescents qui acceptent pourtant leurs limites dans leurs choix d’avenir. Elle s’intéresse également au jugement sur l’apparence, à l’acceptation de soi. Ainsi, Zono assume son homosexualité et son goût pour les choses mignonnes, encouragé par Deto qui l’accepte tel qu’il est.

La mangaka a un trait épuré. Elle le simplifie encore plus dans les passages humoristiques. Elle varient les trames. De même, les trames d’ambiance appuient les émotions. Les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page est dynamique. Dans les scènes érotiques, Shikke sensei censure les parties intimes d’abord par de larges languettes blanches puis carrément avec un cache blanc. Sous la jaquette, elle présente sommairement les deux héros et offre une illustration monochrome duveteuse.

En résumé

Chaque midi, Deto Akira attend patiemment les réductions au réfectoire pour pouvoir s’acheter un sandwich au porc pané. Mais alors qu’il s’emparait du dernier sandwich, deux filles venues en acheter un pour leur ami Hanazono Masumi, l’emmènent ensuite voir ce dernier. Zono a d’ailleurs une réputation de délinquant avec ses cicatrices, ses bleus constants ainsi que ses cheveux colorés en rose. Deto se fait alors non seulement battre à plate couture mais également volé son repas. Depuis, tous les midis, la même scène se répète encore et encore avec toujours le même résultat. Mais au cours d’une bagarre, Deto remarque que Zono réagit bizarrement lorsqu’il lui touche le cou. Il est même excité par ses gémissements.

En conclusion

Ce one-shot obtient la cinquième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2021. Shikke sensei alterne avec brio l’humour, la romance et le drame. Elle va à l’essentiel mais insuffle suffisamment d’éléments pour guider le lecteur. J’apprécie particulièrement son graphisme, avec ses personnages mignons malgré leurs petits défauts. Coup de cœur pour ce récit qui n’est certes pas extraordinaire mais qui m’a touchée par les aventures de ce couple simple et attachant. En tout cas, j’ai envie de découvrir d’autres titres de la mangaka.

Otona club – Yoshida Yuuko

otona club yoshida yuuko

YOSHIDA Yuuko 吉田ゆうこ
ISBN: 9782382763285
Hana, 2023
ISBN:‎ 9784796414708 (JP)
Kaiohsha, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: absolument

« Mon père m’a demandé de dire aux membres de ce club que j’étais leur prochain « jouet ». »

Yoshida Yuuko sensei propose de suivre une romance douloureuse entre deux lycéens prisonniers de leurs conditions. Elle offre plutôt une tranche de vie de ses héros, se concentrant principalement sur leurs sentiments contradictoires. Elle maintient ainsi le suspense en dévoilant au fur et à mesure les circonstances de leur comportement ambigu. La narration se base du point de vue de Haruka. L’innocence et la gentillesse de ce dernier le rend facilement manipulable, soumis à l’influence de son frère jumeau, Naoto. Nagara, quant à lui, se montre à la fois froid et attentionné, séduit par son colocataire. Malgré une relation purement charnelle, leurs sentiments vont vite évoluer. L’auteure aborde donc la pression familiale, la vengeance, l’homophobie, la difficulté à faire confiance et le manque de communication. Elle met en valeur le long parcours vers l’amour du couple soutenu par leurs amis.

La mangaka a un trait au style immédiatement reconnaissable, épuré et mêlant des lignes anguleuses et arrondies. Elle y ajoute une touche shôjo avec des visages aux grands yeux très expressifs. Elle dessine de grandes hachures envahissantes pour les rougissement. Les trames très variées donne un effet presque réaliste avec un travail soigné pour rendre les ombres, les contre-jours. De même, les décors sont très présents et détaillés. Un contour blanc vient parfois mettre en relief la profondeur. La mise en page est simplement dynamique. Dans les scènes érotiques, Yoshida sensei censure les parties intimes en ne les détaillant pas. Elle joue également sur des traits discontinus et les angles de vue. Dans les illustrations en début de chapitre, elle montre le quotidien des personnages.

En résumé

Le nouvel élève Misaki Haruka, transféré dans un lycée accueillant beaucoup de garçons de bonnes familles, visite les lieux en compagnie du délégué de sa classe, Minegishi Seiichi, fils de ministre. Il demande alors des renseignements sur le club « Porno club », souhaitant l’intégrer. En effet, son père dont l’entreprise rencontre des difficultés, lui a ordonné de devenir le jouet des membres de ce club en échange d’argent. Bien que le délégué se montre réticent, Roppongi Subaru l’emmène plus tard au club où les trois membres lui annoncent que les activités passées ont cessé. Mais face à l’insistance de Haruka, Nagara Ryôsuke se porte alors volontaire pour coucher avec lui. Néanmoins, il s’avère être également son colocataire de chambre au dortoir. Une drôle de relation s’installe donc entre eux.

En conclusion

Yoshida Yuuko sensei va à l’essentiel pour le développement de son récit mais transcrit parfaitement les sentiments de ses personnages. Malgré le contexte, elle crée une relation pas si malsaine pour autant. D’ailleurs, elle inclut beaucoup de sensibilité et de sensualité dans la relation, inversant rapidement le charisme de ses deux héros. Je suis heureuse de retrouver cette mangaka en France. J’adore son graphisme et ses récits empreints de mélancolie qui surprennent souvent par un retournement de situation. Ici, Nagara vole rapidement la vedette à Misaki. J’ai un gros coup de cœur pour leur histoire.

Bitter playmate – Nishimoto Rou

bitter playmate nishimoto rou

NISHIMOTO Rou 西本ろう
ISBN: 9782382764275
Hana, 2023
ISBN: 9784396785499 (JP)
Shodensha, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« Je vais te faire du bien comme autrefois… »

Nishomoto Rou sensei narre une romance classique entre deux amis d’enfance perdus de vue qui se retrouvent. Mais elle y ajoute sa touche sensuelle, mettant en avant l’érotisme d’un piercing au nombril. De même, elle ajoute du suspense en révélant leur passé au fur et à mesure. La narration alterne entre les deux héros. Les deux lycéens restent prisonniers de leurs images d’enfance et ne se comprennent donc plus. Ainsi, Takara continue à jouer le grand-frère protecteur et tient beaucoup trop compte des apparences pour évoluer. Ses jeux sexuels l’obligent à s’interroger sur ses sentiments. Gaku, quant à lui, découvre des facettes peu glorieuses de son sauveur et se contente d’une relation charnelle malgré ses sentiments. L’auteure aborde donc la différence entre plaisir et amour, le jugement sur l’apparence, le manque de communication. Elle secoue ses héros avec l’intervention d’Ooshima Yûgen, un ami de Katsuragi.

La mangaka a un trait fin et détaillé jouant sur les pleins et déliés, avec une note réaliste. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Les trames sont variées tandis que les trames d’ambiance se font discrètes. De même, les flash-back se repèrent immédiatement à leur fond noir. Les décors également soignés apparaissent sur les plans larges. La mise en page est très dynamique. Nishimoto sensei ne censure pas les scènes érotiques. Elle en offre même une par chapitre. Elle s’attarde particulièrement sur la sensualité des petits gestes.

En résumé

Katsuragi Takara et Yamasaki Gaku sont amis d’enfance. Mais depuis que Gaku a fait un séjour de trois ans en Angleterre, il a changé. Il n’est plus aussi fragile et pleurnichard qu’avant mais surtout, il se montre asocial et évite Taka qui rencontre beaucoup de succès auprès de la gent féminine. Un jour, Katsuragi surprend Yamasaki en train de se masturber dans sa chambre, citant son nom. Depuis, ils entretiennent une relation de sex friend.

En conclusion

Ce one-shot obtient la sixième place du meilleur manga érotique au Chill chill BL award 2023. Et en effet, Nishimoto Rou sensei allie les scènes érotiques à la sensualité de simples gestes du quotidien, rendant son récit très chaud mais tout de même séduisant. Elle injecte également assez d’intrigues pour retenir le lecteur en haleine. En plus son graphisme est un pur bonheur pour les yeux avec des lycéens au corps finement musclés. Je fond complètement pour cette romance pourtant classique, mais dans laquelle les sentiments contradictoires des personnages explosent à la figure. Un coup de cœur!

Jeunes & obsédés – Hata Takashi

jeunes et obsedes hata takashi

HATA Takashi 畠たかし
ISBN: 9782382763377
Hana, 2023
ISBN: 9784864423861 (JP)
Tokyo mangasha, 2020 (JP)
Titre original: スケベの青春
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« L’homme est un obsédé en puissance. »

Hata Takashi sensei narre une comédie romantique avec deux adolescents un peu obsédés et surtout maladroits pour exprimer leurs sentiments. Elle alterne la narration entre ses deux héros. Par ailleurs, elle base l’humour sur les quiproquos qui s’enchainent ainsi que les réactions imprévisibles. Bien que Mitamura assume son côté pervers, il commence à ressentir de la culpabilité face à celui qui l’attire. Hayami, quant à lui, va surpasser son complexe envers ses tétons grâce à son petit ami. Le couple évolue dans une tranche de vie lycéenne classique mettant en avant les premiers émois adolescents. L’auteure s’amuse également avec les personnages secondaires qui dégagent encore plus de prestance que les deux amoureux. Elle guide le couple avec entre autres, la famille très franche de Taïsuke et l’ami d’enfance de Kei, Ochayama Minori, à la fois rival et confident.

La mangaka a un style graphique plutôt shôjo avec un trait fin et épuré qu’elle simplifie à l’extrême dans les passages humoristiques. Elle dessine des têtes bien ovales, avec de grands yeux ronds ou effilés, des cheveux touffus. De même, des hachures envahissent les visages lors des rougissements. Les trames d’ambiance très graphiques participent à la narration. Les autres trames sont équilibrées et offrent tout de même quelques pages avec une dominante claire. La mise en page est dynamique. Hata sensei ne censure pas les scènes érotiques. Toutefois, elle ne détaille pas les parties intimes, en accord avec son style graphique général. Par contre, elle s’attarde à représenter la sensualité des tétons en soignant le moindre petit détail.

En résumé

Le lycéen Mitamura Taïsuke (17 ans) assume pleinement son côté pervers et lit donc sans honte ses revues érotiques durant les pauses au lycée. Un jour, il découvre que son camarade de classe Hayami Kei, beau gosse populaire et doué, ne se déshabille jamais en public. Nourrissant ainsi son imagination débauchée, il crée alors un montage photo représentant Kei dans une position érotique. Mais son secret s’évente vite au lycée. Toutefois, Hayami se rapproche de lui, acceptant même de lui révéler un jour son secret…

En conclusion

Hata Takashi sensei propose une histoire amusante dans laquelle la perversité côtoie avec humour l’innocence de l’adolescence. Elle crée des héros à la fois mignons et un peu niais, qui arrivent à avancer principalement grâce à un entourage bienveillant. Le graphisme colle parfaitement à l’ambiance du récit. Pour ma part, je me suis bien amusée. Un one-shot divertissant, sans prise de tête, proposant une ode à la sensualité des tétons masculins.