Au plus profond de toi – Yoshio Akira

au plus profond de toi yoshio akira
YOSHIO Akira 吉尾アキラ
ISBN: 9782382760482
Hana, 2021
ISBN: 9784866570488 (JP)
Frontier works, 2017 (JP)
Titre original: 奥まで触れてもいいですか
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

« Le toucher au plus profond de son être. »

Yoshio Akira sensei offre une comédie romantique entrainante entre un salaryman désinvolte très communicatif et son subordonné sérieux et pudique. Elle alterne la narration entre Yûki et Natsumi. Au fil des chapitres, elle gratte le vernis idyllique qu’elle a construit au départ pour révéler les blessures psychologiques de ses deux héros. Le jeu de provocation de Masumi et la franchise d’Isshin créent une dynamique permettant l’approfondissement de leurs sentiments. Les amoureux s’influencent donc mutuellement, évoluant peu à peu en consolidant leur relation. En parallèle, l’auteure aborde les travers du monde de l’entreprise au Japon, comme le harcèlement des nouveaux employés, la primauté de l’apparence sur les compétences, l’attachement à la réputation. De même, elle met en scène un uke entreprenant et taquin qui s’accorde malgré tout au rythme de son seme taciturne et pudique.

La mangaka a un trait fin, épuré et anguleux mais qui s’arrondit et se simplifie dans les passages humoristiques. D’ailleurs, elle dessine des têtes SD avec de grands yeux ovales et verticaux, trop adorables, propre à son style graphique. De même, quand Natsume rougit, les hachures dépassent carrément de son visage, renforçant sa gêne. Les trames d’ambiance alternent avec les décors. La mise en page au premier abord classique, se révèle dynamique grâce aux angles de vue qui varient. Ainsi, le lecteur peut se concentrer sur la romance et l’humour. Dans les scènes érotiques, Yoshio sensei censure les parties intimes par des bandelettes blanches. Toutefois, elle privilégie les échanges du couple. Elle montre l’évolution de leur relation à travers les illustrations en début de chapitre. De préférence, lisez son message sous la jaquette à la fin de votre lecture.

En résumé

Alors qu’il aidait Natsume Isshin (22 ans), son subordonné qui avait fait tomber des documents, Yûki Masumi (24 ans) se demande si le jeune homme a peut-être des sentiments pour lui en le voyant tout rougissant. Le trouvant craquant, il n’hésite donc pas à le questionner directement. Pensant qu’il se méprend à cause de son manque d’expérience en amour, il l’emmène le soir dans un bar à hôtesses. Mais Natsume le prend mal et quitte précipitamment les lieux en trainant son supérieur avec lui. Au fil de leur discussion, réalisant que son employé a clairement cerné sa vraie personnalité, Yûki lui propose alors de sortir avec lui. Mais au bout de deux semaines, le jeune salaryman trop innocent, n’a toujours rien tenté. En le taquinant, Masumi se rend compte qu’il craque encore plus pour lui…

En conclusion

Ne vous fiez pas au titre trompeur quand on a « trop » d’imagination. Cette histoire est beaucoup plus douce et mignonne qu’elle ne laisserait penser. J’adore la spontanéité des deux héros, la dynamique de leurs échanges et l’équilibre qui s’installe petit à petit dans leur relation. Ce one-shot est un énorme coup de cœur pour moi! Je ne me lasse pas de le relire.

Derail – Aiba Kyoko

derail aiba kyoko
AIBA Kyoko 相葉キョウコ
ISBN: 9782382760895
Hana, 2021
ISBN: 9784396785147 (JP)
Shodensha, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« J’aimerais bien être la personne la plus importante à ses yeux. »

Aiba Kyoko sensei narre une romance entre deux amis d’enfance aux caractères opposés. Elle alterne la narration entre Haruka et Hikaru, partageant leurs réflexions et leurs questionnements. Le taciturne Haru se montre manipulateur et de plus en plus câlin pour arriver à ses fins tandis que Hikaru réalise petit à petit ses sentiments. D’ailleurs, ce dernier prend du temps pour comprendre la différence entre amitié et amour. Cherchant à plaire à tout le monde, il s’interroge constamment sur son sentiment de monopolisation et sa possessivité qu’il n’exprime pourtant pas. Ainsi, l’auteure met en évidence le manque de communication au sein du couple. Elle suit le cheminement vers l’amour des deux héros. Hikaru s’avère être plutôt naïf sur les choses de l’amour. Son trop plein de gentillesse peut même devenir blessant.

La mangaka a un trait épuré avec des contours jouant sur les pleins et les déliés. Elle dessine des personnages finement musclés. Elle travaille particulièrement les yeux, très expressifs, rendant parfaitement l’intensité des regards. Par ailleurs, les trames d’ambiance renforcent les émotions. Les décors situent surtout l’action. Les pages dynamiques donnent une impression chargée car Aiba sensei abuse des gros plans. Elle s’attarde particulièrement sur la sensualité des corps et des gestes. De même, elle ne censure pas les scènes érotiques, qui apparaissent presque à chaque chapitre. Les illustrations en début de chapitre sont en corrélation avec le développement du récit.

En résumé

Miyake Haruka et Hikaru sont amis d’enfance et vivent en colocation. En réalité, Haru est amoureux de son ami mais se contente des petits moments privilégiés quand ils sont à deux. Mais un jour, Hikaru brise une règle de leur colocation: il emmène une fille chez eux pour réviser. Pour se venger, Miyake élabore un plan pour le faire succomber à son charme…

En conclusion

Ce one-shot obtient la sixième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2021. L’auteure révèle d’abord les sentiments des personnages avant de narrer leur développement. Ce choix scénaristique donne l’impression d’une suite programmée après un succès. A moins que cela ne soit voulu? Pour ma part, j’apprécie le déroulement de leur histoire, présenté par des monologues intérieurs. En effet, Aiba sensei s’attarde vraiment sur les quiproquos entre les deux amis, qui se méprennent sur les attentes de l’autre. En plus son graphisme est magnifique.

Androgynous – Ashihara Akira

androgynous ashihara akira
ASHIHARA Akira
ISBN: 9782382762776
Hana, 2021
ISBN: 9784396785123 (JP)
Shodensha, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: si on s'ennuie

« Au fin fond de la jungle, il existe une mystérieuse prêtresse « androgyne » dont le charme fascine. »

Ashihara Akira sensei propose un thème intéressant, l’hermaphrodisme, malheureusement sous un format smut qui ne permet pas de développer le sujet. Pourtant, elle aborde le rejet, la solitude et l’acceptation de soi. Par ailleurs, certaines actions s’enchaînent maladroitement. Jack, même s’il tente de se racheter une conduite, a un côté énervant, avec son caractère égoïste et irrespectueux des cultures des autres. Aura, dont l’âge n’est pas précisé, dégage une pureté encore enfantine dans ses manières. L’auteure dévoile au fur et à mesure les réelles conditions de vie de la prêtresse de la forêt. Ensuite, elle développe le préquel de l’univers qu’elle a créé, y ajoutant une touche fantastique. Dans cette partie mieux équilibrée, elle reprend les mêmes thèmes avec des personnages plus attachants.

La mangaka a un trait légèrement épuré mais avec un style propre. Elle dessine de magnifiques corps musclés. Ses personnages androgynes allient à la fois une fine musculature et des corps cambrés. Les décors détaillés et très présents alternent avec quelques trames d’ambiance. La mise en page dynamique met en avant la plastique des personnages. Ashihara sensei ne censure pas les scènes érotiques. Toutefois, elle évite de trop détailler les parties génitales d’Aura. Par ailleurs, elle n’hésite pas à intégrer des coupes intérieures, des gros plans.

En résumé

Le botaniste Jack R. Smith recherche des plantes inconnues dans la jungle depuis une semaine mais peine à en trouver. Un village d’autochtones l’a gentiment accueilli. Bien que l’ancien lui ait interdit de souiller leurs terres sacrées, il s’aventure vers le lac interdit. Soudain, il rencontre un magnifique adolescent qui lui saute dessus. Après une seule nuit torride avec lui, Jack n’arrive pas à l’oublier. Mais dans le village, personne ne semble connaître le jeune inconnu. Le botaniste repart alors à sa recherche mais quand il trouve le jeune homme dans une grotte en pleine prière, ce dernier ne le reconnaît pas…

En conclusion

Attention, certaines scènes pourront choquer la sensibilité des lecteurs. En plus de l’âge d’Aura, les rapports ne sont pas consentis au départ. Le scénario qui a beaucoup de capacité se noie malheureusement dans les scènes érotiques. C’est dommage, surtout avec le magnifique graphisme de l’auteure. Je préfère largement l’histoire de Naturae et Ester, qui contient plus de sentiments et permet de découvrir pleinement les capacités d’Ashihara sensei.

Kachô fûgetsu – beauties of nature 5 – Shimizu Yuki

kacho fugetsu beauties of nature 5 shimizu yuki
SHIMIZU Yuki 志水ゆき
ISBN: 9782375062852
Taifu comics, 2021
ISBN: 9784403665196 (JP)
Shinshokan, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: absolument

« Je vous en supplie… Rien qu’une fois… Est-ce que vous voudriez bien m’embrasser? »

Shimizu Yuki sensei s’intéresse aux circonstances de la mort de Katsuya, le frère de Yômei. Elle délaisse un petit peu la romance, intégrant beaucoup d’actions. Elle montre le côté sombre de l’univers des yakuzas à travers le comportement de Niwa, qui n’hésite pas à impliquer Itokawa Kazuto dans son chantage. De même, Kiriya semble chercher une reconnaissance à travers la violence. Par ailleurs, les flash-back sèment quelques indices. En revanche, la perversité de Hitomi Masataka, qui s’exprime de plus en plus ouvertement, vient détendre un peu l’atmosphère. D’ailleurs, l’auteure aborde sans détailler les liens amicaux entre le médecin, le yakuza et l’avocat Zaizen. Elle développe l’évolution des liens entre les protagonistes. Ainsi, Yômei et Hizuru se rapprochent. De même, Ito exprime plus naturellement ses désirs, acceptant le côté pervers de son petit ami. Par contre, Zaizen et Kiriya semble entretenir une relation complexe.

La mangaka a un trait épuré anguleux mais fin. Elle détaille les petits gestes, portant surtout attention aux humeurs et sentiments des personnages. Par ailleurs, les trames d’ambiance renforcent les émotions. Les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page est dynamique. Shimizu sensei censure à peine les scènes érotiques. Toutefois, elle détaille peu les parties intimes.

En résumé

Tsujimoto Yômei ayant deviné que les tags sur la maison de Tôko était une diversion fomentée par Kiriya, demande des comptes. Ce dernier finit donc par lui révéler le nom de l’assassin de son frère. De son côté, Niwa ordonne à Sano Hizuru d’éliminer le tueur, un membre du clan, avant son maître. Mais quand le jeune homme se rend au bureau principal, il y croise Yômei, hagard. Après avoir été ensemble au restaurant, ils retournent ensemble à l’hôtel. Prêt à donner sa vie pour son maître, Hizuru lui demande alors deux faveurs: quitter le clan et un baiser d’adieu.

En conclusion

Ce tome obtient la dix-neuvième place de la meilleure série au Chill chill BL award 2017. Sano Hizuru est classé vingt-quatrième meilleur uke. Shimizu sensei termine son récit sur un suspense intenable. Comme à son habitude, elle développe les psychologies de ses personnages avec finesse. D’ailleurs, j’adore leur évolution. Beaucoup de tensions dans ce volume, mais quel plaisir!

Proposition idéale – Tsurukame Mayo

proposition ideale tsurukame mayo
TSURUKAME Mayo 鶴亀まよ
ISBN: 9782382760604
Hana, 2021
ISBN: 9784796413831 (JP)
Kaiohsha, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

« Tu m’as oublié, hein? Tu m’avais pourtant promis de m’épouser. »

Tsurukame Mayo sensei reprend le thème classique de la romance entre amis d’enfance perdus de vue. Toutefois, elle y ajoute une touche originale en s’intéressant au surmenage, au harcèlement au travail et à la perte de confiance en soi. Elle concentre la narration sur Hirokuni qui réfléchit beaucoup et analyse ses moindres émotions. La colocation entre les deux amis leur permet ainsi de redécouvrir les qualités et les défauts de chacun. Kaï respecte le rythme de Hiro et se montre prévenant malgré un caractère parfois impertinent. D’ailleurs, l’auteure le rend très attachant en révélant son passé difficile et son caractère un peu résigné. Elle met également en avant l’influence du moindre soutien sur la motivation, à travers le chef de projet Kaneko ou le restaurateur Kenji. La relation s’établit sur des discussions et l’acceptation des sentiments. Le chapitre bonus permet de voir ce que sont devenus les personnages.

La mangaka a un trait épuré et anguleux. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Certes, son style paraît assez commun mais dégage tout de même un charme agréable. L’utilisation des trames est équilibrée. De même, quelques trames d’ambiance viennent renforcer les émotions. Les décors apparaissent sur les plans larges. Les flash-back s’entremêlent au présent mais restent facile à deviner. La mise en page est efficace. Tsurukame sensei évite de montrer les parties intimes dans les scènes érotiques. Par ailleurs, elle intègre bien le rendu de la durée en développant principalement une certaine complicité.

En résumé

Surexploité par le patron de son entreprise de développement d’applications numériques, Itari Hirokuni cumule les heures supplémentaires, travaillant même le dimanche. Un samedi soir, il s’effondre dans la rue mais est pris en charge par Fukaya Kaï, un ami d’enfance qui venait justement à sa rencontre. Bien qu’il ne l’ait pas vu depuis 10 ans, ce dernier lui demande de l’héberger temporairement, ayant récemment perdu son emploi. D’ailleurs, la mère de Hiro, inquiète pour son fils, lui a même confié le double des clés. Enfant, Kaï avait promis à Itari de se fiancer avec lui. Et maintenant, il lui avoue être gay et lui promet de ne pas le séduire pour l’instant. D’abord hésitant, le salaryman cède rapidement aux bons petits plats que lui prépare son ami qui s’amuse à prendre soin de lui…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la quinzième place au classement du meilleur manga au Chill chill BL award 2021. J’apprécie énormément la chaleur humaine qui se dégage de ce titre, comme des personnages. Cela donne envie de leur faire des câlins, de les encourager. La romance s’installe doucement, presque naturellement. Pour ma part, c’est un coup de cœur qui m’invite à suivre l’auteure.

No doubt lilac – Kuki Wakame

no doubt lilac kuki wakame
KUKI Wakame 久喜わかめ
ISBN: 9782382760628
Hana, 2021
ISBN: 9784801971110 (JP)
Takeshobo, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« Ces deux pièces dépareillées commencent à s’assembler. »

Kuki Wakame sensei offre une romance entre deux amis d’enfance aux caractères opposés. Pour son deuxième manga, elle maîtrise mieux l’enchainement des évènements et insuffle beaucoup de sentiments. Ce spin-off de Inside full bloom permet également de découvrir ce que sont devenus Keigo et Kanaru, à travers plusieurs chapitres qui leur sont consacrés. D’ailleurs, les relations, plus tendres, se déroulent dans le consentement, la discussion. L’auteure dépeint avec finesse l’amour pesant et douloureux de Kyôsuke. Elle alterne la narration entre ses héros, partageant leurs questionnements. Ainsi, elle aborde divers sujet comme la différence entre amour et amitié, la difficulté à se déclarer, la peur du changement dans une relation harmonieuse. Le côté fonceur et un peu naïf d’Ataru le rend très attachant comparé à la lâcheté de Kyôsuke.

La mangaka a un trait épuré, légèrement anguleux, plutôt de style shôjo. Elle le simplifie à l’extrême dans les passages humoristiques et n’hésite pas à le déformer. Par exemple, elle dessine des bouilles amusantes toutes arrondies avec des yeux écarquillés qui occupent plus de la moitié du visage. Ses personnages ont en plus la larme facile. Le travail des trames est équilibré et les trames d’ambiance se font très discrètes. Par ailleurs, les décors apparaissent sur les plans larges. La mise en page dynamique s’attarde sur les détails. Kuki sensei ne censure par les scènes érotiques. Elle marque la fin des chapitres par des décorations fleuries stylées, avec parfois un des personnages posant avec des lunettes. En fin de tome, un yonkoma offre une anecdote amusante avec Keigo et Kana. La couverture est classée quatrième au classement du Chill chill BL award 2021.

En résumé

Ono Kyôsuke attend son ami Shibusawa Ataru après les cours. Depuis qu’il l’a aidé à finir ses grues en origami, ils sont devenus inséparables malgré quelques disputes. Pourtant, en grandissant, Kyôsuke réalise qu’il est de plus en plus attiré sexuellement par son ami. Mais il préfère garder ses sentiments secrets. A la fin du lycée, il pense choisir une université éloignée pour prendre de la distance. Toutefois, comme Shibu refuse de se séparer de son ami, il lui demande alors de l’aider à réviser…

En conclusion

Je suis complètement sous le charme de ce couple. Je trouve que les évènements s’enchainent bien et apprécie le style de l’auteure. En plus, l’évolution positive du couple de Keigo et Kana fait plaisir à voir. Un coup de cœur! Alors n’hésitez pas à découvrir ce titre!

Old fashion cupcake – Sagan Sagan

old fashion cupcake sagan sagan
SAGAN Sagan 佐岸左岸
ISBN: 9782382125120
Akata, 2021
ISBN: 9784813032472 (JP)
Taiyohtosho, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: absolument

« Les regrets, parfois, c’est le carburant de la vie, ce qui attise l’envie de devenir heureux. »

Sagan Sagan sensei narre une douce romance entre deux salarymen. Elle s’appuie principalement sur le point de vue de Nozue qui a un peu perdu goût à la vie. Elle s’intéresse donc à la lourdeur répétitive du quotidien, l’étiolement des passions, la peur du changement quand on est pris dans une routine rassurante. Notre héros porte un regard pessimiste sur sa vie. Togawa, amoureux de son supérieur, va chambouler petit à petit ses habitudes. L’auteure dépeint avec finesse l’évolution des sentiments de Nozue, ses hésitations. Elle aborde les questionnements du quadragénaire, comme la différence d’âge, le cadre rigide hiérarchique ainsi que l’image de la société sur l’homosexualité. Elle met également en avant les freins qu’un adulte se crée lui-même, la témérité perdue de la jeunesse et la nécessité de construire soi-même le bonheur.

La mangaka a un trait anguleux et fin, assez particulier. En effet, elle le dédouble parfois et il conserve un aspect tracé, légèrement tremblant. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Les trames sont équilibrées. De même, les décors sont présents et soignés. D’ailleurs, les chapitres débutent sur l’introduction de l’environnement par de petites vignettes souvent silencieuses, plutôt rares. Cet aspect puzzle se retrouve également dans la mise en page, avec des cases aux formes strictes. Cette absence de fantaisie apporte en réalité un plus au récit, renforçant son réalisme et rappelant la rigueur de la vie adulte. Un fond gris signale discrètement les flash-back. Par ailleurs, Sagan sensei découpe les mouvements en jouant sur les zooms, les plongées et contre-plongées tout en insufflant une touche cinématographique. Elle représente les scènes érotiques de loin, ne montrant donc pas les parties intimes grâce aux angles de vue.

En résumé

Nozue (39 ans) mène actuellement une vie de célibataire monotone entre le travail et la maison. Il porte même un regard indifférent à sa carrière, ne s’investissant plus dans les projets qui pourraient lui procurer une promotion. Pourtant, ses collègues apprécient son efficacité et sa bienveillance. Sa supérieure, Kirishima, essaie de le remotiver en l’invitant à une soirée de rencontres. Mais Nozue refuse, trouvant les échanges avec des inconnues trop fatiguant. Un jour, Togawa Minoru (29 ans) l’invite à manger des pancakes dans un salon de thé à la mode, suite à une remarque du futur quadragénaire qui admirait la joie de vivre des lycéennes. En fait, le jeune subordonné souhaite lui redonner le sourire en jouant les adolescentes qui parlent de tout et de rien et s’amusent à faire des selfies…

En conclusion

Ce titre a obtenu la première place du meilleur manga au Chill chill BL award 2021. Tagawa occupe la neuvième place du meilleur seme tandis que Nozue est classé troisième meilleur uke. Cette histoire d’amour adulte et criante de réalisme, d’abord prévue en un one-shot, a eu droit à une suite. Sagan sensei a un style narratif personnel basé sur la suggestion et l’observation. Elle laisse donc l’imaginaire du lecteur interpréter les petits gestes et mots, le guidant en douceur vers la conclusion du récit. Un petit chef-d’œuvre tout doux qui nous invite à profiter des choses simples.

Le théâtre des fleurs 5 – Natsume Isaku

le theatre des fleurs 5 natsume isaku
NATSUME Isaku 夏目イサク
ISBN: 9782375062982
Taifu comics, 2021
ISBN: 9784403667145 (JP)
Shinshokan, 2020 (JP)
Titre orignal: 花恋つらね5
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: absolument

Gensuke se retrouve pour la première fois face à un mur.

Natsume Isaku sensei s’intéresse à Gensuke qui n’arrive pas à cerner ce qui manque à son jeu. Elle met en évidence les sentiments complexes qui apparaissent lorsqu’un écart de niveau se creuse, que le doute s’installe jusqu’à en déprimer. De même, elle montre l’impuissance de l’entourage pour le soutenir. En effet, l’acteur se retrouve face à ses propres limites et ne peut que se surpasser. Ainsi, l’auteure s’intéresse à l’endurance et au mental des acteurs, à la pression qu’ils subissent constamment. Comme dans le tome précédent, elle continue à présenter les spécificités du kabuki comme le style de jeu, les préparatifs en coulisses, certains classiques. Elle dévoile un peu le passé de Kikuemon et Arai Juichirô, à travers le regard de Kumonosuke. D’ailleurs, son ancienne rivalité se répercute un peu sur la jeune génération. Les histoires bonus donnent des anecdotes amusantes sur l’état d’esprit du couple après leur première fois.

La mangaka a un trait épuré et léché. Elle lui donne du relief avec des pleins et déliés. De même, elle le simplifie dans les passages humoristiques. L’exagération des expressions et les personnages en SD apportent un côté mignon supplémentaire. La mise en page accompagne le regard et rythme la lecture. Les trames d’ambiance renforcent les émotions. Les décors, présents sur les plans larges, sont soignés. D’ailleurs, Natsume sensei travaille également avec précision les costumes et les maquillages particuliers du kabuki. Dans les scènes érotiques, elle ne détaille pas les parties intimes. Pour introduire ses chapitres, elle dessine des illustrations représentant le quotidien des héros, au théâtre ou à la maison.

En résumé

Le grand acteur de kabuki Takamura Kumonosuke rend visite aux jeunes artistes pendant leur répétition. En réalité, Matsukawa Kikuemon lui a demandé de surveiller secrètement le bon développement du jeu d’Arai Gensuke. L’acteur, qui se montre déjà sévère avec tout le monde, juge alors durement le jeu de Shûgo. D’abord choqué et peu habitué à des critiques cinglantes, le jeune talent lui demande alors des détails. Le vétéran l’invite donc à un cours mais ne lui donne pas de réels conseils d’amélioration ou de travail. Alors pour se remonter le moral, Gensuke se confie auprès de son petit ami, Matsukawa Sôgorô. Les deux amoureux arrivent ensuite à se motiver pour doubler d’efforts.

En conclusion

Cette série va vous faire adorer le kabuki. L’univers est tellement bien transcrit que la romance, pourtant bien développée et présente, semble passer au second plan. Avec son merveilleux dosage entre petit drame et humour, l’auteure nous éblouit et nous fait vibrer à chaque chapitre. En plus, le couple s’épanouit dans le consentement et la bienveillance. Du pur bonheur! Mais je crois que je me répète…

Anti romance 1 – Hidaka Shoko

anti romance 1 hidaka shoko
HIDAKA Shoko 日高ショーコ
ISBN: 9782382760369
Hana, 2021
ISBN:‎ 9784344846258 (JP)
Gentosha, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

Pourquoi démêler ses sentiments quand la situation actuelle convient?

Hidaka Shoko sensei revisite le classique thème de la romance entre amis d’enfance avec son style narratif réaliste et incisif. Elle alterne entre passé et présent, révélant au fil des chapitres, l’étrange lien tacite qui s’installe entre les deux héros. L’intervention de leur entourage, en particulier de Towada Atsushi (32 ans) et de Sakuma (35 ans), va bousculer le fragile équilibre qu’ils préservaient farouchement. Ryô réalise rapidement ses sentiments mais préfère les taire face à son ami fuyant. En revanche, Suô reste dans le déni malgré sa jalousie évidente. Ainsi, les sentiments deviennent presque palpables. L’auteure s’intéresse donc à la différence ténue entre amour et amitié et à la peur du changement. Elle alterne la narration entre Kakitani et Hiroki, partageant ainsi leurs points de vue. Elle installe doucement une tension entre eux, décortiquant leur malaise et pourtant le besoin presque vital d’être ensemble.

Le trait épuré et discontinu de la mangaka adoucit les angles. Elle donne un peu de volume avec des contours parfois épais. Elle distingue les flash-back marqués par l’habituel fond noir, des souvenirs qui sont introduits par diverses méthodes plus subtiles, comme par exemple un regard dans le vide, des trames vaporeuses. D’ailleurs, les trames d’ambiance se font discrètes tandis que les autres trames ont une dominante claire. De même, les décors apparaissent dans les plans larges. La mise en page très dynamique rythme la lecture. Hidaka sensei joue beaucoup sur les emboitements de case, les disparitions de cadres, les ellipses. En fin de chapitre, elle donne des renseignements complémentaires sur les personnages. Un livret proposé en supplément permet d’admirer les magnifiques illustrations couleurs de l’artiste.

En résumé

Kakitani Ryô (24 ans) vit depuis déjà 6 ans, en colocation avec son ami d’enfance. Il travaille comme rédacteur dans une petite entreprise tandis que Suô Hiroki (24 ans) est devenu coiffeur pour reprendre un jour le salon de sa mère. Leur entourage se pose des questions sur leur relation, les deux hommes étant inséparables. Pourtant, tous deux cachent au plus profond de leur cœur des sentiments qui commencent petit à petit à s’éveiller…

En conclusion

Ce tome a obtenu la onzième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2021. Comme d’habitude, Hidaka sensei prend son temps. Mais ce n’est pas pour me déplaire. Je craque pour tous les protagonistes, avec chacun des caractères qui se dévoilent au fur et à mesure. J’adore le style graphique de l’auteure ainsi que sa manière de développer ses scénarios. Vous l’aurez compris, c’est encore un énorme coup de cœur pour ce titre.

Black or white 5 – Sachimo

black or white 5 sachimo
Sachimo さちも
ISBN: 9782382760239
Hana, 2021
ISBN: 9784041098028 (JP)
Kadokawa, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

« Tu n’es pas un prince, Shige. »

Sachimo sensei inverse petit à petit le rapport de force dans le couple. Elle dépeint les diverses émotions que ressentent les personnages, durant une absence, un doute. Par exemple, Tatara, n’étant pas homosexuel, s’interroge de plus en plus sur ses sentiments envers Washimiya. Les managers et les confidents apportent à la fois un soutien psychologique et un soutien logistique. Par ailleurs, l’auteure montre la pression que subissent les célébrités dans leur quotidien. Elle aborde les petits gestes qui peuvent être mal interprétés, le comportement de certains fans, les risques de l’exposition publique malgré des déguisements. Elle s’intéresse également à la perte de personnalité à force de jouer des rôles différents. Ainsi, Hanasaki qui était idole, gère plus facilement les groupies intrusives contrairement aux acteurs. De même, Tatara et Shin frisent la paranoïa. L’histoire bonus offre un moment à la fois torride et mignon du couple.

La mangaka simplifie à l’extrême son trait fin et épuré dans les passages humoristiques. Elle dessine des corps finement musclés et des SD tous mignons. Par exemple, les super deformed de la postface sont à croquer. Ils sont d’ailleurs plus petits que dans le tome précédent. Les trames d’ambiance appuient les émotions tandis que les décors situent surtout l’action. La mise en page est dynamique. Dans les scènes érotiques, Sachimo sensei censure les parties intimes par des caches blancs. Pourtant, une sensualité se dégage encore des images.

En résumé

Ôsawa Shige commence à perdre confiance en lui, son nouveau rôle étant très éloigné de ce qu’il joue d’habitude. Il redoute que l’on découvre son manque de talent. Mais Washimiya Shin lui propose de répéter ensemble, comme lorsqu’ils étaient au lycée. En endossant le rôle de Tatara pour l’aider, il comprend alors que son petit ami n’arrive plus à se montrer tel qu’il est, à force de se cacher sous son masque de prince. En lui citant tous ses défauts, il arrive ainsi à remotiver Shige. Ensuite, les deux amoureux profitent de leur dernière nuit ensemble, devant se séparer longuement pour leur tournage. Le lendemain, le jeu de Ôsawa fait sensation auprès de ses collègues. De son côté, Shin demande à Hanasaki d’arrêter d’être trop tactile avec lui en public, ayant peur d’être pris pour des homosexuels…

En conclusion

L’auteure prend son temps pour faire évoluer ses personnages donnant une touche très réaliste. En parallèle, elle dénonce indirectement la pression que le métier d’acteur entraîne. Ce couple est tellement adorable que j’ai envie de le protéger. Comme suggéré dans la postface de l’auteure, j’avoue que j’aimerais bien découvrir les couples Tatara et Hanasaki ou les deux managers. Ce serait explosifs.