Tu ne me connais pas aujourd’hui – Tonda Moco

tu ne me connais pas aujourd hui tonda moco

TONDA Moco 豚田もこ
ISBN: 9782382763827
Hana, 2023
ISBN: 9784796415170 (JP)
Kaiohsha, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« Cette fois-ci, je changerai l’avenir. »

Tonda Moco sensei propose de suivre une tentative de sauvetage grâce à des boucles temporelles. Elle ajoute une difficulté à son scénario en démarrant par une amitié naissante et non encore confirmée. Ainsi, elle présente d’abord la version de Mikuni qui avance petit à petit dans le temps avant de reboucler sur le même jour à chaque fois qu’il échoue à sauver Ono. Il découvre ainsi petit à petit les secrets de son camarade et son attirance se transforme peu à peu en sentiment amoureux. La narration bascule ensuite sur Ono. L’auteure partage d’abord la vision d’Ono sur sa rencontre avec Mikuni et les évènements en commun entre les deux lycéens. Puis elle crée un retournement scénaristique intéressant et surprenant et apporte enfin quelques explications en suivant les déductions des deux adolescents.

La mangaka a un trait légèrement épuré de style shôjo. Elle le simplifie dans les passages humoristiques. Les visages s’arrondissent. Le fond noir indique à la fois les flash-back, mais aussi les passages dramatiques. Par ailleurs, les trames sont variées. Les décors alternent avec les trames d’ambiance. La mise en page très dynamique utilise les techniques des shôjo. Tonda sensei ne censure pas les scènes érotiques.

En résumé

Ono, sérieux et bon élève, ne semble pas apprécier Mikuni Shûya, tête en l’air. Ce dernier essaie pourtant de sympathiser avec son voisin de table en engageant la conversation, ayant remarqué sa collection de la mascotte Pûtarô. En le voyant devant un gashapon, il l’aide même à obtenir le porte-clé qu’il voulait. Le lendemain, Ono lui propose de l’aider à finir ses devoirs. Alors que Mikuni réalise soudain avoir oublié de ramener le carnet de classe, il surprend le professeur Yama en train d’abuser sexuellement d’Ono. Mais son camarade le supplie de ne rien dire à personne. Le lendemain, 15 septembre, Mikuni n’ose pas regarder Ono en face. Mais le soir, il apprend le suicide de ce dernier. Mais quand il voit Ono en classe le jour suivant, d’abord surpris, il constate vite qu’il a remonté le temps et décide donc de le sauver à tout prix…

En conclusion

Tonda Moco sensei mène plutôt bien son scénario, même si certains passages un peu trop expéditifs à cause des raccourcis et les répétitions mal équilibrées des boucles temporelles peuvent dérouter certains lecteurs. Un avertissement bienvenu dans le sommaire prévient des passages choquants. En effet, le peu de scènes érotiques sont majoritairement sans consentement. Mais le suspense et le retournement scénaristique sont entrainants. Une lecture rythmée et surprenante qui a plus d’impact à la première lecture. Et le graphisme est agréable.

Veux-tu sucer mon sang? 1 – Yamamoto Kotetsuko

veux tu sucer mon sang 1 yamamoto kotetsuko

YAMAMOTO Kotetsuko 山本小鉄子
ISBN: 9782382763810
Hana, 2023
ISBN: 9784796415217 (JP)
Kaiohsha, 2022 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: un peu

« Un monde où les humains et les Surnaturels cohabitent… »

Yamamoto Kotetsuko sensei propose une comédie romantique légère entre un humain fan d’occulte et un vampire solitaire. Elle installe d’abord les personnages et le contexte. Ainsi, elle dévoile au fur et à mesure de son récit les discriminations dont font l’objet les Surnaturels. Uzuki apporte une touche humoristique. En effet, malgré sa passion, il a peur des phénomènes surnaturels. D’un caractère positif, il n’a pourtant pas beaucoup d’amis. Kôsuke, quant à lui, apprécie la solitude. Les deux jeunes hommes se rapprochent et nouent d’abord des liens d’amitié. Par ailleurs, l’auteure sème des indices sur le passé de ses personnages suggérant les traumatismes qu’ils ont subis. En parallèle, à travers Sakuma, elle aborde également les dérives possibles des créateurs de contenus pour les réseaux sociaux. Elle joue sur les quiproquos pour créer la surprise et accélérer le développement des sentiments.

La mangaka a un trait épuré. Les trames sont variées malgré beaucoup de passages à dominante sombre car les évènements se passent souvent la nuit. Les trames d’ambiance très graphiques appuient les moments comiques ou inquiétants. La mise en page est dynamique. Yamamoto sensei montre le quotidien du couple en devenir dans les illustrations en début de chapitre. En fin de chapitre, elle donne des anecdotes.

En résumé

Kioi Uzuki est fan des mystères occultes et Mytubeur. Étudiant, il vit chez sa grand-mère, Shizue, qui tient une résidence accueillant des Surnaturels. Un soir de pleine lune, alors qu’il cherchait des fantômes pour sa chaîne, il est attaqué par Kôsaka, un des pensionnaires loup-garou qui a perdu le contrôle. Satô Kôsuke, un vampire et nouveau locataire de la résidence Kioi, le sauve alors en assommant l’agresseur. En admiration devant le vampire, Uzuki n’arrête pas de le suivre et lui demande ensuite de l’accompagner pour sa prochaine vidéo dans une maison hantée…

En conclusion

Comme à son habitude, Yamamoto Kotetsuko sensei part d’un scénario plutôt classique qui pique tout de même l’intérêt du lecteur. Elle aborde avec légèreté des thèmes toutefois intéressants mais reste dans le pur divertissement. Son graphisme est avant tout efficace et va à l’essentiel. Conquise, j’ai hâte d’en apprendre plus sur Uzuki et les Surnaturels!

L’empereur et le monstre – Akabeko

l empereur et le monstre akabeko

akabeko
ISBN: 9782382763803
Hana, 2023
ISBN: 9784799753668 (JP)
Libre, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: si on s'ennuie

« Je ne suis rien d’autre qu’une marionnette. »

Akabeko sensei nous narre un récit à la fois fantastique et intrigant avec un jeune empereur isolé et impuissant qui trouve un confident en la personne d’un étrange monstre. Elle plonge rapidement les lecteurs dans les intrigues et les complots, introduisant au fil des chapitres différents personnages qui soutiennent Tao. De même, elle révèle au fur et à mesure l’état du pays. Toutefois, les complots du vil Daki semblent un peu trop classiques et ne créent aucune surprise. Le jeune empereur partage la même vision politique qu’Utosa et se rapproche donc rapidement de l’immortel. L’auteure s’attarde plus sur l’action que sur la romance. Elle montre comment le héros évolue positivement malgré la violence qui l’entoure, en mûrissant et en prenant de l’assurance. Toutefois, elle développe peu les mystères entourant le monstre, maintenant un certain suspense.

La mangaka a un trait légèrement épuré et anguleux, jouant sur les pleins et déliés. Elle porte attention aux décors et aux costumes. Elle dessine des yeux expressifs malgré un style particulier. En effet, les pupilles sont vides dans de tous petits iris. Les nombreuses trames sont variées. Par contre, les trames d’ambiance alternent avec les décors. Des cadres assez épais renforcent la rigueur d’une mise en page plutôt classique. Toutefois, les angles de vue variés apportent une certaine dynamique. Cela se remarque d’autant plus que les scènes de combat semblent assez statiques, se résumant juste à un mouvement. D’ailleurs, Akabeko sensei évite de montrer trop de sang. Dans les scènes érotiques, elle censure les parties intimes par un cache blanc et joue même sur les cadrages pour les occulter. Dans les illustrations en début de chapitre, elle montre les personnages comme s’ils étaient pris sur le vif.

En résumé

Jeune, le prince Tao était intrigué par le mausolée fermé du palais dans lequel dormirait un terrible monstre immortel. Devenu maintenant le 43ème empereur d’Ise à l’adolescence, il préfère s’entrainer à l’épée avec son ami Nowaka au lieu d’étudier. D’ailleurs, il aimerait développer la diplomatie au lieu de la violence, contrairement à son père impitoyable et inhumain. Mais le premier ministre Daki n’apprécie pas ses idées et fait alors décapiter Nowaka sous les yeux de l’empereur, l’accusant de comploter. Comprenant qu’il n’est qu’une marionnette sans pouvoir décisionnaire, Tao, désespéré, ouvre le mausolée et réveille le monstre. Soudain, un homme aux longs cheveux blancs l’embrasse, le confondant avec une certaine Nita. Il se présente alors comme le premier empereur d’Ise, Utosa…

En conclusion

Akabeko sensei propose un scénario d’abord intéressant mais enchaine ensuite les évènements sans les approfondir, donnant l’impression de survoler complètement les moments émouvants et importants. Ses regards sont toujours expressifs malgré son trait particulier. L’intrigue et la relation me plaisent. Malheureusement, l’histoire me laisse un goût d’inachevé. Dommage!

Goodbye, nameless violin – Ume-chi

goodbye nameless violin ume-chi

Ume-chi うめーち
ISBN: 9782375063606
Taifu comics, 2023
ISBN: 9784799754061 (JP)
Libre, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« Comment progresser dans son art sans s’attacher à son instrument, si excentrique soit-il? »

Ume-chi sensei crée un univers fantastique plutôt simple, interrogeant les lecteurs sur l’attachement, la personnification et l’anthropomorphisme des animaux et des objets. Elle base la narration sur Sôsuke. Suite à son traumatisme d’enfance, l’étudiant refuse de traiter le violon humanoïde Vn-Ga 2567 en humain. Pourtant, à son contact, il va s’ouvrir petit à petit et l’accepter, la qualité du son des instruments de musique dépendant de la relation de confiance qu’ils partagent avec le musicien. Le violon, quant à lui, a un comportement très humain malgré son excentricité, se montrant jaloux et tombant amoureux de son propriétaire. L’auteure aborde la peur de perdre l’autre et les différentes types de relations. D’ailleurs, elle utilise le lien entre Hasegawa et son piano humanoïde Cosmo pour mettre en avant les limites entre simples outils et partenaires. Elle nuance son propos en révélant le passé du piano dans une histoire bonus.

La mangaka a un trait légèrement épuré et anguleux, avec un style bien marqué. Elle le simplifie, et le déforme même, dans les passages humoristiques. Elle représente la musique par des images métaphoriques, empreintes de poésie. Les décors soignés apparaissent sur les plans larges. L’utilisation de beaucoup de trames donne un aspect réaliste. De même, les trames d’ambiance renforcent les émotions. Les flash-back se repèrent à leur fond noir. La mise en page est très dynamique. D’ailleurs, Ume-chi sensei exploite les doubles pages ou les grandes vignettes pour détailler les transformations, les décomposant en détails. Elle ne censure pas les scènes érotiques. A la fin de certains chapitres, elle dessine des petites saynètes muettes qui narrent une histoire. Les illustrations en début de chapitre sont intégrées au récit.

En résumé

Dans ce monde, les objets auxquels on attribue un nom se transforment en être vivant. Mais depuis qu’Otonashi Sôsuke, actuellement étudiant en deuxième année à l’école de musique Tôhô, a perdu son violon Mottan qui prenait la forme d’un chat quand il était jeune, il refuse de nommer son instrument. Ayant cassé son violon actuel dans un accident, il se rend dans une boutique d’instruments de musique pour en acheter un nouveau. Mais les sans noms coûtent trop chers pour son budget. Comme il refuse de prendre un violon d’occasion parmi les nommés, le vendeur se propose alors d’être acheté. En effet, comme il ne se souvient plus de son nom, il redeviendra bientôt un simple instrument…

En conclusion

Ume-chi sensei mêle drame, humour et romance avec facilité, construisant suffisamment son univers particulier pour happer le lecteur, malgré le format one-shot. Elle arrive même à insuffler un peu de suspense en fin de tome. Elle a en plus un graphisme très expressif et plaisant. D’ailleurs les transformations sont magnifiques. Impossible de ne pas craquer pour Vn-Ga 2567! Coup de cœur pour ce récit, totalement efficace pour moi qui ait tendance d’ailleurs à nommer certains objets!

The night beyond the tricornered window 5 – Yamashita Tomoko

the night beyond the tricornered window 5 yamashita tomoko

YAMASHITA Tomoko ヤマシタトモコ
ISBN: 9782375063545
Taifu comics, 2023
ISBN: 9784799734360 (JP)
Libre, 2017 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: absolument

« Depuis combien de temps l’inspecteur Hanzawa connaît-il Hiyakawa? »

Yamashita Tomoko sensei propose diverses enquêtes, permettant ainsi de développer les personnages secondaires. Comme dans le tome précédent, elle montre l’évolution de la relation entre Hiyakawa et Mikado. En effet, l’exorciseur s’ouvre peu à peu, même s’il refuse de dévoiler certains secrets de son passé, et fait des efforts pour ne pas blesser celui qu’il considère comme son destin. Incité par le voyant Mukae Keita, il multiplie les expériences pour trouver d’autres méthodes d’exorcisme plus douces. Par ailleurs, Hanzawa Hiroki est mis en avant dans ce récit. Ainsi l’auteure révèle son passé avec Rihito, sa vision de la société et ses faiblesses. Avec la secte de « La paume illuminée », elle aborde les dérives de ces organisations, l’exploitation des personnes en état de faiblesse, la carence éducative et l’instrumentalisation du porteur d’un don. Elle interroge alors sur la culpabilité ou non des membres d’une secte survivants lors de délits collectifs.

La mangaka a un trait légèrement épuré. Elle varie la physionomie de ses personnages, les rendant facile à distinguer. Elle exagère les expressions pour renforcer les émotions, déformant un peu ses traits tout en restant réaliste. Des hachures marquent les ombres fortes. Par ailleurs, les trames, utilisées avec parcimonie, apportent juste une touche de couleur. De même, quelques trames d’ambiance renforcent les émotions. Les décors s’effacent autour des personnages pour ne pas surcharger la page. La mise en page classique propose tout de même quelques constructions originales, comme par exemple des mises en parallèle entre passé et présent ou discussion et interrogatoire. En début de tome, Yamashita sensei présente les personnages. Le jeu de vernis sur la couverture est du plus bel effet.

En résumé

Pendant sa fuite, Mikado Kôsuke s’inquiète d’avoir vraiment pu sauver Hiyakawa Rihito dont l’esprit était figé. Son patron a bien repris ses esprits mais leurs mains semblent complètement collées. L’exorciseur le guide alors pour se libérer. Quelques jours plus tard, les deux hommes aident un client poursuivi par des connaissances ou des inconnus qui le fixent en riant. Pour mieux analyser la situation, Hiyakawa transfère le sort sur son collègue qui se retrouve donc à courir en rond pour fuir. Il essaie ensuite une nouvelle technique pour exorciser le poursuivant possédé sans le blesser…

En conclusion

Ce tome possède un ton plus sérieux, délaissant les allusions aux BL. Yamashita Tomoko sensei installe beaucoup de tension en révélant au compte-gouttes le passé de Hiyakawa, laissant libre cours à l’imagination du lecteur. Elle confronte constamment ses personnages sympathiques à l’avidité et la noirceur humaine. Avec toutes les révélations, elle relance un peu son récit. Je suis heureuse d’en découvrir plus sur mon chouchou, l’inspecteur Hanzawa. J’aime beaucoup le graphisme de la mangaka, très expressif et sa maîtrise scénaristique qui préserve le suspense. Une lecture que je recommande à ceux qui aiment les histoires paranormales.

J’ai apprivoisé un gangster – Akihisa Teoh

j ai apprivoise un gangster akihisa teoh

AKIHISA Teoh 秋久テオ
ISBN: 9782382763704
Hana, 2023
ISBN: 9784758078948 (JP)
Ichijinsha, 2019 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: un peu

« Un simple salaryman japonais rend inoffensif un gangster américain menaçant venu du passé! »

Akihisa Teoh sensei offre une romance érotique avec une touche à la fois sombre et fantastique, mêlant les genres. Elle intègre visuellement les codes des films mafieux pour illustrer son récit sans pour autant l’incorporer au scénario. Elle base la narration sur Sugimori. Le salaryman trop gentil, se montre surprotecteur avec Clyde qui s’adoucit à son contact. Les deux hommes s’interrogent sur leur attachement réciproque, d’autant plus que le gangster se montre d’abord froid et violent avec son hôte. Les évènements s’enchainent un peu facilement. En effet, l’auteure s’attarde surtout sur la cohabitation et l’évolution des sentiments de ses personnages. Elle aborde donc la différence culturelle, la fascination de l’inconnu et la peur de perdre celui qu’on aime.

La mangaka a un trait anguleux. Elle s’inspire clairement de l’image du gangster un peu clichée des films, reproduisant la gestuelle et le style vestimentaire. De même, elle offre une bonne balance des noirs et blancs, parfait pour ce genre, permettant au lecteur de s’immerger rapidement dans le récit. Les trames sont variées tandis que les trames d’ambiance renforcent les émotions. Les décors soignés apparaissent sur les plans larges. La mise en page très dynamique joue beaucoup sur les superpositions et emboitements de cases. Akihisa sensei ne censure pas les scènes érotiques. Elle dessine même des coupes intérieures.

En résumé

Un soir, après des heures supplémentaires, le salaryman Sugimori Yû (27 ans) croise un étranger menaçant devant son hall d’immeuble. Le gangster armé le menace d’un pistolet et lui demande alors de l’héberger. En discutant avec lui, Sugimori réalise que l’américain semble plutôt perdu car il viendrait du passé. Bien qu’apeuré, il décide tout de même de suivre ses directives, espérant qu’il s’en aille. Mais le lendemain, de retour du travail, le bandit, Marven Clyde, lui donne une liasse d’argent en lui demandant de le cacher chez lui…

En conclusion

Ce one-shot ne se classe pas au Chill chill BL award 2020 mais les lecteurs le citent parmi les meilleurs thèmes érotiques, appréciant la rencontre du destin à travers le temps et les scènes très sensuelles. En effet, Akihira Teoh sensei a un beau graphisme, un trait expressif et une maîtrise de la mise en page. Toutefois, bien que son scénario soit intéressant et original, elle ne développe pas assez certains évènements pour retenir le lecteur en haleine, privilégiant les moments sexy. J’ai tout de même passé un excellent moment de lecture, surtout un plaisir pour les yeux!

Sous le linceul de la mariée – Akagawa Sagan

sous le linceul de la mariee akagawa sagan

AKAGAWA Sagan 赤河左岸
ISBN: 9782375063552
Taifu comics, 2023
ISBN: 9784799754047 (JP)
Libre, 2021 (JP)
Titre original: 屍と花嫁
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

« Sous le voile de la mariée se cachent nombre de lourds secrets. »

Akagawa Sagan sensei offre une romance fantastique, légèrement horrifique, emplie de mystères. Elle révèle au fur et à mesure les secrets entourant les deux demi-frères, maintenant constamment le suspense. Elle surprend à chaque fois le lecteur par des rebondissements, relançant ainsi les suppositions. La narration alterne entre Li et Jin. D’ailleurs, le lecteur accompagne l’aîné, qui a perdu la mémoire, au gré de la reconstitution de ses souvenirs. L’auteure s’attache à décrire les sentiments, dévoilant ainsi la relation illicite entre les deux frères sans pour autant oublier leur pudeur et leur sentiment de culpabilité. Elle développe suffisamment l’environnement malsain dans lequel ils vivent, laissant le lecteur faire ses propres suppositions. Par ailleurs, elle aborde entre autres le sacrifice, l’amour par delà la mort, la trahison.

La mangaka a un trait très fin et épuré, utilisant les pleins et les déliés. Elle simplifie les traits des personnages non principaux au point d’effacer leur visage. Elle offre quelques pages poétiques, jouant sur les fleurs et certaines parties du décor. D’ailleurs, les décors soignés rendent la splendeur des bâtiments de style chinois. Les trames sont par ailleurs variées. La mise en page dynamique utilise les sorties de vignettes, l’absence de cadre mais également des agencements rythmant la lecture. Akagawa sensei censure les scènes érotiques en ne dessinant pas les parties intimes. Cela surprend au début mais ne gêne pas la compréhension. Sous la couverture, elle offre une illustration en noir et blanc.

En résumé

Peu de temps après le décès de l’ancien chef de famille, le jeune héritier Jin se marie. Mais beaucoup de rumeurs circulent sur les circonstances de cet évènement. En effet, un an auparavant, il s’est retrouvé mêlé à un conflit sanglant pour la succession de chef de famille, confronté à son demi-frère aîné Li Fan. Ce dernier aurait été assassiné avec ses partisans. Et la mariée, Hyôka, empoisonnée, cache depuis son visage défiguré. Mais, sous son voile se cache en réalité un terrible secret…

En conclusion

Malgré le format one-shot, Akagawa sensei enchaine bien les intrigues, même si cela semble assez expéditif. Elle équilibre révélations et moments tendres. En plus, son graphisme est de toute beauté. Une lecture à la fois tendre et mélancolique.

La librairie des mystères – Tacocasi

la librairie des mysteres tacocasi

tacocasi
ISBN: 9782382761434
Hana, 2023
ISBN: 9784864425032 (JP)
Tokyo mangasha, 2021 (JP)
Titre original: うしみつどきどき古書店譚
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: beaucoup

Une relation naissante et mystérieuse dans une étrange librairie.

Tacocasi sensei offre une romance mêlant fantastique et mystères. Elle s’inspire de quelques types de sanctuaires que l’on trouve au Japon, délabrés suite à l’étiolement de leur culte. Avec la transformation de Yôzô, elle s’amuse sur la différence d’âge tout en évitant les situations dérangeantes. En effet, Komiya est amoureusement attiré par le libraire quarantenaire mais n’a qu’une simple affection fraternelle pour sa version enfantine. La narration se base sur l’étudiant sauf le dernier chapitre révélant le point de vue de Yôzô. L’auteure révèle les secrets entourant Nishi au fur et à mesure. Par ailleurs, elle aborde la question de l’attirance pour l’esprit plutôt que le physique, de l’identité et du désarroi de la solitude. Elle construit des personnalités bien trempées aux dieux, en adéquation avec leur pouvoir. Par exemple, Tsukimachi est autant posée qu’une montagne et Shiki, le dieu des ruptures, se comporte en dragueur.

La mangaka a un trait épuré et léché. Comme elle utilise la même épaisseur pour ses traits et les contours, son graphisme conserve un aspect dessiné. En plus les trames en aplat donnent peu de volume, renforçant cette impression. De même, des hachures marquent les ombres fortes. Les décors alternent avec les trames d’ambiance. Ces dernières, très graphiques (pois, rayures) participent ainsi au récit. La mise en page classique colle parfaitement au graphisme. Tacocasi sensei préfère occulter les scènes érotiques, se contentant de dévoiler l’ambiance générale sous la couette. Par contre, elle offre de beaux baisers. En fin de chapitre, elle présente les dieux rencontrés. Les illustrations en début de chapitre montrent le quotidien des personnages. Sous la jaquette, il y a quelques croquis et un jeu de labyrinthe pour aider les personnages à trouver le remède.

En résumé

Étudiant pauvre, Komiya profite pourtant de sa chance. Il loue une chambre très bon marché au-dessus d’une librairie d’occasion, la librairie Nishi, en échange d’aide dans la boutique. Mais surtout, il apprécie énormément le propriétaire, Nishi Yôzô, qui semble avoir un autre travail en parallèle car il reçoit souvent des clients en privé. Un jour, en rentrant de l’université, Komiya trouve une gracieuse jeune femme accompagnée d’une fillette qui n’osent entrer sans être invitées par Nishi. Mais durant cette visite, un tremblement de terre secoue tout le bâtiment, faisant tomber les étagères. Quand l’étudiant se précipite dans la pièce où se trouvent le libraire et ses clientes, il découvre Yôzô rajeuni. En effet, Nishi travaille pour les dieux et Tsukimachi-sama, la déesse de la montagne, était venue lui livrer une eau de jouvence…

En conclusion

Ce one-shot obtient la douzième place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2022. En effet, Tacocasi sensei mêle avec finesse mystère et romance consensuelle. Elle aborde également avec humour des thèmes très sérieux. Les quiproquos entre les deux héros qui se tournent autour font l’épice de ce récit. Je suis complètement séduite par leurs aventures. Un petit coup de cœur!

The night beyond the tricornered window 4 – Yamashita Tomoko

the night beyond the tricornered window 4 yamashita tomoko

YAMASHITA Tomoko ヤマシタトモコ
ISBN: 9782375063446
Taifu comics, 2022
ISBN: ‎9784799731635 (JP)
Libre, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: beaucoup

« Lié malgré moi à Hiyakawa… Je ne suis pas ton jouet! »

Yamashita Tomoko sensei continue de révéler le passé de Kôsuke et la situation compliquée de Hiura Erika au compte-gouttes. Comme dans le tome précédent, elle développe le fonctionnement des malédictions. Elle met en avant Mikado qui commence à tester son pouvoir et à prendre des initiatives. Les enquêtes de ce tome s’attardent sur le comportement inconscient (ou non) de certains humains qui profitent des esprits ou de la crédulité des gens. L’auteure intègre beaucoup de retournements, entrainant un regard nouveau sur les différents personnages. Elle fait évoluer la relation entre Hiyakawa Rihito et Kôsuke, qui refuse de devenir un simple instrument et qui n’hésite pas à recadrer son « patron ». Ainsi, l’exorciseur essaie de se montrer plus doux avec son partenaire, ajoutant encore une note faussement romantique à leur relation. Le bourru Sasaki apporte une touche humoristique agréable.

La mangaka a un trait épuré. Elle dédouble parfois les contours et adoucit les angles. Par ailleurs, elle exagère les expressions dans les passages humoristiques en simplifiant encore plus son trait. Les trames sont équilibrées. Toutefois, les ombres se matérialisent par des hachures. La mise en page est plutôt classique mais correspond bien à l’ambiance. Yamashita sensei joue sur les gestes romantiques et discrets des BL durant les enquêtes pour émoustiller un peu les lecteurs. De même, elle présente les personnages en début de tome. Elle donne l’ambiance des chapitres à travers les illustrations au début. Par ailleurs, l’illustration couleur en début de tome, renforce l’effet intrigant grâce à des tâches d’encre la recouvrant. Comme d’habitude, la couverture joue avec un vernis pour mettre en évidence une main fantomatique.

En résumé

Le patron de la librairie dans laquelle travaille Mikado Kôsuke, lui demande d’aider un de ses amis. Comme l’affaire ne semble pas avoir de lien avec des phénomènes paranormaux, le jeune exorciseur débutant préfère s’adresser à Mukae Keita, misant sur son éloquence. D’abord réticent, ce dernier change immédiatement d’avis en découvrant le visage complètement flou de leur client. Arrivé au domicile de ce dernier, ils constatent que le père change de visage dès qu’on le quitte des yeux. Encore plus troublant, leur client ne se rappelle pas du visage de son propre père et n’arrive pas à le décrire. Mukae pense alors que le père est possédé mais ne se sent pas de taille pour régler l’affaire. Mikado appelle donc le policier Hanzawa Hiroki pour les aider…

En conclusion

Comme à son habitude, Yamashita Tomoko sensei s’amuse à détourner les codes du BL pour notre plus grand plaisir. Le suspense se maintient et pourtant, elle continue à semer suffisamment d’indices pour satisfaire notre curiosité. Par ailleurs, son graphisme efficace provoque facilement des petits frissons, plus de tension que de frayeur, à la lecture. J’adore et je ne me lasse pas de ces aventures!

Les héritiers des enfers – Tacocasi

les heritiers des enfers tacocasi

tacocasi
ISBN: 9782382763322
Hana, 2022
ISBN: 9784864423700 (JP)
Tokyo mangasha, 2019 (JP)
Titre original: 二代目!地獄ブラザーズ
Manga
Ero-mètre: soft
Recommandation: beaucoup

La découverte de l’amour par les futurs rois des enfers en apprentissage.

Tacocasi sensei propose de suivre les premiers émois amoureux des héritiers des rois des enfers. Elle s’inspire du fonctionnement des enfers japonais pour construire ses couples. Ainsi, elle reprend les grands classiques de la romance: l’attirance pour des caractères opposés, le triangle amoureux, l’amnésie et l’enquête qui s’ensuit pour identifier le partenaire. Les différentes histoires s’appuient sur un cours sur les relations sexuelles pour développer l’évolution des personnages qui s’interrogent alors sur le sentiment amoureux. L’auteure offre une anecdote amusante pour conclure chacune des romances. Elle crée des personnages au caractère bien marqué. Par exemple, Enma est très naïf et se fait donc facilement manipuler par Sôtei, le taciturne et inexpressif Taizan devient démonstratif et direct pour transmettre ses sentiments et Shinkô mûrit au contact de Kurokasa.

La mangaka a un trait très épuré avec un aspect au premier abord simple mais expressif. Elle utilise la même épaisseur de trait, donnant un style uniforme à son graphisme avec une touche propre et personnelle. De même, elle privilégie les aplats pour les trames, les ombres fortes étant donc hachurées. Les décors soignés alternent avec quelques trames d’ambiance très graphiques. Les illustrations en début de chapitre reprennent des positions et une composition rappelant celle des tableaux. La mise en page plutôt classique offre quelques angles de vue variés mais des découpages renforçant une certaine planéité. D’ailleurs, dans les passages humoristiques, Tacocasi sensei exagère légèrement les expressions. Dans les scènes érotiques, plutôt sommaires, elle ne montre pas les parties intimes, jouant sur les cadrages.

En résumé

Les dix rois des enfers, dont le travail se retrouve surchargé par la population de pêcheurs qui augmentent constamment, ont obtenu du Ciel des héritiers pour les seconder. Ces derniers suivent actuellement leur formation. Le cinquième futur roi qui recompte tous les péchés, Enma, a pris l’habitude de réveiller le troisième futur roi responsable des procès sur la luxure, Sôtei. Sinon, ce dernier arrive en retard en cours. Aujourd’hui, le sujet parle de sexe. Mais Enma n’arrive pas à comprendre le cours et récolte une mauvaise note. Toutefois, il refuse de demander de l’aide à son ami Sôtei qui adore le taquiner. Mais après les remontrances de son père, il fait fi de sa fierté et s’adresse tout de même au spécialiste de la luxure…

En conclusion

Ce one-shot obtient la sixième place du meilleur manga profond au Chill chil BL award 2020. Pour son troisième manga, Tacocasi sensei maîtrise déjà bien la narration de son scénario. Pour ceux qui ne connaissent pas les enfers japonais, elle a fourni une petite introduction explicative très pratique. En plus l’uniformité de son style graphique colle parfaitement au récit, lui donnant une touche de livre illustré. Comme j’apprécie cet univers, je craque complètement pour ces romances simples mais efficaces. Un coup de cœur!