Happy shitty life 1 – Harada

happy shitty life 1 harada

Harada はらだ
ISBN: 9782368777282
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784801967960 (JP)
Takeshobo, 2019 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

La vie de merde de deux uke unis par un fantasme commun.

Harada sensei offre une comédie hilarante entre deux uke un peu idiots. Elle enchaîne les situations burlesques avec les délires de ses personnages au premier abord antipathiques: Kasuya transpire la vanité tandis que Kuzuya se laisse complètement vivre. Elle joue beaucoup sur les contrastes, jusque dans les jeux de mots; son récit pourrait avoir pour thème la dépravation, le déchet et la merde au sens figuré. En effet, bien que ses deux héros s’affirment hétérosexuel, ils n’ont qu’un seul but commun: satisfaire leur fantasme de se faire prendre par une femme sadique. Pourtant, ce couple yuripple trouve toujours un compromis pour se satisfaire mutuellement, développant une certaine complicité. Cependant, l’auteure occulte toute possibilité de sentiments amoureux. En introduisant Leo, elle ajoute même un sentiment contradictoire en faisant rire sur des situations dérangeantes comme le non-consentement et le viol. Par ailleurs, elle rappelle les difficultés d’être gay à la campagne.

La mangaka a un trait un peu anguleux qui semble légèrement acéré. Elle les simplifie en exagérant les différentes expressions, déjà hilarantes graphiquement. Par exemple, la tête dégoûtée ou envieuse de Kasuya reste inoubliable. De même, ses regards sont toujours aussi intenses. Les trames d’ambiance alternent avec les décors, plutôt soignés. La patte habituelle de Harada sensei se retrouve aussi dans le traitement des contrastes noir et blanc. Ainsi, elle utilise discrètement les trames mais travaille en revanche avec précision les ombres. Elle varie les angles de vue, portant toujours attention à des petits détails. Les scènes érotiques ne sont pas du tout censurées, avec parfois des gros plans. Dès le début, des fiches personnages et un diagramme expliquent les différents liens entre les protagonistes. Sous la jaquette, une illustration de Kuzuya le met en valeur avec classe.

En résumé

Suite à un scandale sexuel dans son entreprise, Kasuya Kyôtarô est muté à la campagne. Seulement une semaine qu’il est là et il ne supporte déjà plus son voisin chômeur, Kuzuya Yoshiyuki (30 ans), qui passe son temps à essayer de monter un gode sur un ventilateur. Un soir, alors que Kasuya désespère de se refaire vite avec des supérieurs passant beaucoup plus de temps à chasser les insectes, son patron Tagami l’invite à boire au bar de la belle Sakura. Mais il découvre que tout le village est au courant des détails de sa rétrogradation: une photo de lui en extase alors que la fille du patron le sodomise avec un strap-on. Alors qu’il fond en larmes, il est encouragé par l’assemblée, en particulier Kuzuya qui fantasme également sur la pénétration anale par une femme sadique. Complètement ivres, les deux voisins finissent par coucher ensemble!

En conclusion

Ce tome a obtenu la cinquième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2020. L’auteure arrive à nous faire rire de tout avec subtilité. Pour vous prouver son génie, je pourrai introduire ainsi « vulgairement » l’histoire: Kasuya, qui ne se prend pas pour de la merde, s’est mis dans la merde jusqu’au cou et a rencontré à la campagne Kuzuya qui mène une vie de merde depuis l’enfance. Je m’amuse de leurs joutes pour définir qui sera uke ou seme et de leur obsession. Et je me mets à espérer un peu de sentiments entre eux. Vivement la suite!

One room angel – Harada

one room angel harada

Harada はらだ
ISBN: 9782368777183
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784396784751 (JP)
Shodensha, 2019 (JP)
Manga
Ero-mètre: pudique
Recommandation: absolument

La rencontre improbable entre un ange tombé du ciel et un homme désabusé par la vie.

Harada sensei offre une œuvre surnaturelle empreinte de réalisme. Comme un puzzle, elle dévoile pièce par pièce le passé de Kôki et de l’ange. D’ailleurs, elle soigne particulièrement le background de ses personnages. Kôki, qui n’a aucune estime de lui, évolue grâce à l’ange. Malgré les remords de son passé, il montre pourtant de la bonne volonté. La physionomie adolescente et le caractère impertinent de l’ange contrastent avec ses attributs angéliques. L’auteure entraîne les lecteurs dans une histoire mystérieuse tout en abordant différents thèmes comme la délinquance, les yakuza, les difficultés de certaines classes sociales et le harcèlement scolaire. Elle interroge sur l’honnêteté, le profit, les efforts vains, le jugement extérieur, les souffrances d’un bouc-émissaire. Elle dépeint avec finesse l’évolution sentimentale et psychologique de ses personnages, maintenant un suspense jusqu’à la dernière page.

La mangaka a un trait épuré qui conserve tout de même une touche réaliste. Les traits assez anguleux des personnages contrastent avec ceux de l’ange plus doux et ronds. De même, la tête effrayante de Kôki contrebalance sa gestuelle douce. Harada sensei porte attention aux détails et arrive à intégrer des émotions dans les gestuelles. Dans les scènes d’actions, elle met en avant les mouvements clés. Les décors alternent avec les trames d’ambiance. La mise en page dynamique appuie l’esthétique poétique de certaines pages. D’ailleurs, le superbe épilogue utilise parfaitement les techniques graphiques pour dégager une douceur amère. En revanche, il n’y a pas de scènes érotiques.

En résumé

A 30 ans, Kôki travaille dans un konbini et vit dans un petit studio au confort minimum, en se privant de loisirs. Il pense donc vivre une vie merdique. Un jour, deux délinquants viennent acheter des cigarettes mais refusent évidemment de valider leur âge. Le vendeur les emmène alors discuter à l’arrière de la boutique à la demande de son patron. Malgré ses excuses, une bagarre éclate et Kôki se fait poignarder. Un ange apparaît devant lui alors qu’il s’évanouit. Après un mois d’hospitalisation, il apprend qu’il a été viré. A sa surprise, il retrouve l’ange dans son appartement. Ce dernier, amnésique, n’arrive pas à voler, ses ailes perdant leurs plumes avec les pensées négatives des gens. Kôki accepte donc de l’héberger pour une nuit pensant rêver mais l’ange est toujours là au petit matin. Une étrange cohabitation commence alors avec cet être surnaturel au visage adolescent.

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la première place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2020 et mérite grandement cette place. Plus qu’un BL, il nous plonge dans une aventure fantastique où les sentiments négatifs et ceux positifs se côtoient constamment. Le lecteur passe par diverses émotions tout en accompagnant les personnages. Les sentiments des deux héros évoluent doucement vers un amour pur. L’auteure arrive à mêler fantastique et problèmes sociétaux avec tellement de justesse! D’ailleurs, selon votre caractère, la fin vous paraîtra triste ou heureuse. Pour moi, c’est une fin merveilleuse et remplie de bonheur. Et vous? Ce manga ne peut que plaire. Lisez-le!

The song of Yoru & Asa Ec – Harada

the song of yoru and asa ec harada

Harada はらだ
ISBN: 9782368777077
Boy’s love IDP, 2020
ISBN: 9784801964365 (JP)
Takeshobo, 2018 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

Asaichi et Yoru filent enfin le parfait amour. Réussiront-ils à percer avec leur groupe?

Dans un commentaire, Harada sensei demande de prendre ce tome comme un rappel à un concert. Elle offre des histoires mieux construites que dans le premier tome. Ainsi, les évènements s’enchaînent plus naturellement. L’auteure décrit l’univers musical indépendant, l’apport des réseaux sociaux pour l’autopromotion mais également leurs risques. Elle questionne les doutes sur la carrière: le problème de la stabilité introduit par l’ancien bassiste Yûji, les différences d’ambition portées par le mâture Hirukawa et la pression familiale avec la petite amie de Kayoi. De même sous la jaquette, deux planches abordent avec humour les discussions du groupe sur les rappels et les changements de style des rockeurs vieillissants. Bien que Yoru et Asaichi partagent de plus en plus leurs sentiments, leurs caractères sont toujours aussi tordus. L’introduction de Hiyori montre les extrêmes de certaines fans hystériques dans une approche assez réaliste.

La mangaka utilise des traits fins et les simplifie dans les moments humoristiques. Elle illustre graphiquement l’imagination folle de Hiyori. Ses personnages ont des muscles fins et bien dessinés. Les décors bien répartis alternent avec quelques trames d’ambiance. Même si la mise en page semble assez classique, les angles de vue variés la rendent dynamique. De plus, le travail des contrastes jouent sur les trames et les aplats. Le découpage cinématographique donne une certaine sensualité aux scènes érotiques. Ces dernières ne sont pas censurées, mais parfois des phylactères cachent quelques détails. Malgré leur nombre, elles sont bien intégrées.

En résumé

Le rêve d’Asaichi d’un concert de son groupe au Budôkan tourne au cauchemar, le réveillant. Le chanteur surprend alors Yoru en train de le sucer et ne résiste pas à ses avances. Ils arrivent donc de justesse au studio. En effet, le groupe aspire à un peu plus de succès et s’entraine ardemment. Mais en rentrant le soir, le bassiste prévient son amant qu’il est harcelé par une fan depuis quelques jours. Asaichi lui donne alors le double des clés de son appartement, l’invitant à partager sa vie. Devant sa joie, il ne peut se retenir de l’embrasser devant la porte. Mais la fan en question les a vu!

En conclusion

En écrivant cette suite, Harada sensei démontre tout son talent pour à la fois écrire des histoires très sexe mais au scénario bien développé. L’équilibre permet au lecteur de se plonger plus facilement dans le récit et de s’attacher aux différents personnages. La série est classée 17ème au Chill Chill BL award 2019. Quel plaisir de retrouver ce duo particulier et de découvrir leur évolution. Une excellente lecture!

The song of Yoru & Asa – Harada

the song of yoru and asa harada

Harada はらだ
ISBN: 9782368775387
Boy’s love IDP, 2016
ISBN: 9784801953505 (JP)
Takeshobo, 2015 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

Entre l’amour fou de Yoru pour Asaichi et les sentiments mitigés de ce dernier envers le bassiste, comment leur relation va évoluer?

Harada sensei nous invite à suivre une romance entre deux membres d’un même groupe de rock. Même si elle rend bien l’ambiance musicale, elle semble privilégier la description des liens qui se nouent entre musiciens, fans et spectateurs. Ses héros ont des personnalités complexes, même tordues: Yoru se comporte comme un stalker et accepte vraiment tout de celui qu’il aime. Asaichi a un caractère exécrable; complexé, imbu de lui-même, il est rongé par la jalousie et le dégoût. L’auteure développe une relation de domination totale, satisfaisant le désir de supériorité du chanteur. Elle enchaîne les relations agressives, ainsi qu’un viol par simple vengeance. Par ailleurs, elle survole totalement les sentiments de ses personnages, même si le ressenti est compréhensible graphiquement. Ainsi la fin semble précipitée, édulcorant le traumatisme subi.

Les traits fins de la mangaka sont légèrement épurés, avec des visages un peu dans le style shôjo. Elle n’hésite pas à simplifier ses traits pour rendre ses expressions incisives. Par exemple, la tête penaude de Yoru est craquante et le dégoût d’Asaichi se lit sur son visage. La mise en page est dynamique. Harada sensei joue sur les clairs-obscurs et les contrastes avec des aplats noirs et des dégradés de trames, rendant nettement les effets d’ombre et lumière. Elle utilise les décors principalement pour situer les actions. Elle aime faire des travellings allant du général au détail, avec un effet presque cinématographique. Dans les scènes érotiques, il y a beaucoup de fluides corporels. Par ailleurs, des hachures blanches censurent les parties intimes.

En résumé

Shiori convainc son frère de l’accompagner au concert de Yoru, en réalité pour qu’il porte toutes ses affaires. A sa surprise, Iori tombe sous le charme du chanteur aux traits androgynes. Il en vient même à fantasmer sur lui et devient, avec sa sœur, un fan assidu. Un an après la séparation de son groupe, Yoru est devenu bassiste dans un petit groupe de rock. En réalité, il y admire le chanteur Asaichi. Pourtant, ce dernier jalouse le succès du nouveau auprès des filles. En effet, le batteur Futsu et lui ont l’habitude de rencontrer intimement quelques fans féminines après leurs concerts. Ce soir-là, après le départ du guitariste Kayoi, Asaichi et Futsu sélectionnent le groupe d’amie de Shiori. La soirée alcoolisée dégénère ensuite en orgie. Yoru étant peu intéressé préfère se coucher. Mais dans le noir, Asaichi le confond avec une fille et couche avec lui.

En conclusion

L’auteure est connue pour ses manga sombres à l’ambiance parfois malsaine. Ici, elle fait passer l’amour après le désir de domination et de supériorité. Le soumis Yoru correspond donc bien au suffisant Asaichi. Malheureusement, la foison de scènes érotiques, parfois violentes, gâche un peu l’appréciation de cette romance. Sauf si l’on est adepte de ce genre. Ce titre était classé dixième meilleur manga au Chil Chil BL award 2016.