L’étranger du zéphyr 1 – Kii Kanna

l etranger du zephyr 1 kii kanna

KII Kanna 紀伊カンナ
ISBN: 9782368775127
Boy’s love IDP, 2016
ISBN: 9784396783648 (JP)
Shodensha, 2015 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

Shun retourne chez lui, accompagné de son petit ami. Comment vont se passer les retrouvailles?

Kii Kanna sensei continue la romance de Shun et Mio en les confrontant à la famille Hashimoto. Elle s’intéresse à l’angoisse qui perdure malgré la résolution des problèmes, aux difficultés à renouer avec sa famille après avoir fui, à préserver de l’intimité en famille ou à supporter les rumeurs. L’introduction de Fumi (7 ans) et des animaux de compagnie apporte une touche humoristique et dynamique. Le récit prend une note beaucoup plus réaliste. L’auteure continue de dévoiler les différentes souffrances du passé de Shun. En outre, elle donne un sacré caractère aux parents Hashimoto: le père est têtu voire bourru et la mère, conciliante, appuie là où cela fait mal. Le couple évolue et communique plus. Ainsi, Shun se montre de plus en plus démonstratif avec son amant. Justement, l’histoire bonus démontre ce changement quand ils étaient encore à Okinawa.

Le style shôjo de la mangaka donne beaucoup de douceur à son trait. Les visages ronds aux grands yeux un peu enfantins contrastent avec les carrures sveltes et adultes des personnages. Ces derniers affichent clairement leurs émotions, en particulier Mio quand il essaie de discuter avec le père de Shun. Les décors détaillés sont très présents. Kii sensei évite les trames d’ambiance et préfère dessiner des motifs exprimant les émotions, comme des fleurs pour le bonheur, des étoiles d’excitation et des cœurs d’affection. Elle varient beaucoup ses trames. La mise en page reste dynamique malgré un agencement plutôt classique. Les scènes érotiques évitent de montrer les détails des parties intimes. Les illustrations couleurs sont de toute beauté, dans des tons réalistes. D’ailleurs, la couverture a obtenu la onzième place au Chill Chill BL award 2016.

En résumé

Suite à la visite de Sakurako, Hashimoto Shun (27 ans) décide de rentrer chez ses parents à Hokkaido, inquiet pour la santé de son père. Son petit ami, Chibana Mio (20 ans), l’accompagne. Mais le jeune homme est terrorisé par son premier vol en avion. Arrivés à Tokyo, l’écrivain annule donc leur correspondance. En attendant le ferry, ils passent à la maison d’édition où il avait débuté, puis visitent la Tour de Tokyo. Mio n’étant pas très à l’aise avec la foule, son partenaire le rassure en montrant son affection. Mais les réactions des passants inquiètent un peu Mio. De plus, les souvenirs de Shun remontent peu à peu à la surface: son attirance pour les garçons date de l’enfance. Rejeté par un camarade de classe avant même de s’être déclaré, et sa première expérience avec un homosexuel n’ayant pu aboutir, il a alors cherché en vain à devenir normal.

En conclusion

Le one-shot précédent installait l’histoire. L’auteure approfondit vraiment son scénario et prend son temps pour développer les aventures de ce couple de plus en plus attendrissant. En effet, elle ne se focalise pas que sur la romance et prend en compte l’entourage, les relations avec les amis, la famille. Elle traite donc le vécu de l’homosexualité du point de vue de tous. Ce tome se termine sur un suspense insoutenable.

L’étranger de la plage – Kii Kanna

l etranger de la plage kii kanna

KII Kanna 紀伊カンナ
ISBN: 9782368775110
Boy’s love IDP, 2016
ISBN: 9784396783488 (JP)
Shodensha, 2014 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

Une douce romance entre un écrivain gay plutôt lâche qui séduira malgré lui un innocent lycéen.

Kii Kanna sensei présente une romance douce et poétique entre un homosexuel qui ne s’assume pas et un jeune trop franc. Elle dépeint avec finesse les questionnements de ses personnages sur l’homosexualité et l’amour. En introduisant Eri, la cousine de Shun, déjà en couple avec Shizu, elle confronte ses héros aux difficultés de la vie à deux. Malgré le ton réaliste général, le caractère des protagonistes semble un peu exacerbé. Par exemple, Shun, lâche, agit ou parle avec beaucoup de sous-entendus, tandis que l’innocent Mio s’exprime franchement et avec insouciance. De même, l’écrivain culpabilise d’avoir influencé la sexualité de son partenaire. L’auteure aborde d’autres sujets plus légèrement comme le manque de libido, l’éjaculation précoce, la communication au sein du couple. L’arrivée de Sakurako permet de découvrir le passé de Shun. Les chats apportent discrètement une petite touche mignonne et humoristique.

La mangaka a un style graphique très shôjo: ses visages sont ronds, avec de grands yeux, de petits nez. Les personnages ne font pas leur âge mais ont un côté mignon. Elle travaille avec soin les décors. En plus, comme elle utilise beaucoup de trames, ses pages semblent assez chargées. D’ailleurs, ses paysages sont esthétiques et certaines vignettes invitent à la contemplation. Kii sensei s’attache aux détails. Par exemple, les animaux sont actifs en arrière plan. En fin de chapitre, elle présente des illustrations de paysages ou des chats faisant des bêtises. Les scènes érotiques jouent sur l’absence de détails et la simplification des traits pour censurer les parties intimes.

En résumé

Sur une île d’Okinawa, Chibana Mio a perdu ses parents et vit chez son oncle. Mais n’étant pas à l’aise avec eux, il passe ses fins de journée à regarder la mer assis sur un banc. Attiré par le charme du jeune homme, Hashimoto Shun s’inquiète de sa solitude. Un jour, il arrive enfin à entamer la conversation avec le lycéen. Cependant, une remarque de Mio lui rappelle de douloureux souvenirs et il s’évanouit. En effet, Shun a fait son coming out le jour de son mariage arrangé et depuis, a fui chez sa tante où il loue une chambre dans son auberge. Écrivain, il l’aide pour de menus travaux. Intrigué, Mio sympathise alors avec Shun, juste avant de partir vivre sur une autre île. Malgré sa promesse, Mio ne le contacte pas. Pourtant, trois ans plus tard, il revient comme pensionnaire dans l’auberge et lui déclare alors sa flamme.

En conclusion

Une fois habitué aux graphismes mignons, ce récit est touchant et dégage beaucoup de douceur. Ce manga a obtenu la treizième place de la meilleure création de nouvel auteur au Chill Chill BL award 2015. On pourrait regretter que l’auteure n’approfondisse pas les différents thèmes abordés mais ce titre, prévu d’abord à la prépublication en magazine, a eu assez de succès pour une publication reliée puis pour une suite. Une adaptation en film d’animation est même prévue avec une sortie en septembre 2020. Si vous aimez les romances douces, ce titre est fait pour vous!

Bodysuit fetish – Yamasaki Uni

bodysuit fetish yamasaki uni

YAMASAKI Uni 山佐木うに
ISBN: 9782368775486
Boy’s love IDP, 2017
ISBN: 9784801955554 (JP)
Takeshobo, 2016
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

Derrière les combinaisons moulantes et les tripotages, une ravissante comédie romantique pleine de sentiments.

Yamasaki Uni sensei arrive, malgré le thème sulfureux du fétichisme, à narrer une comédie romantique débordant de sentiments et de positivisme. Alors que Kuroe, otaku de sentai, a une piètre opinion de lui-même, le talentueux Tôma assume pleinement son côté pervers et fétichiste. A partir d’un échange de bons procédés, la relation va évoluer en douceur, les deux garçons se découvrant au fur et à mesure. L’introduction des autres membres du club de cosplay, Kaneda Umi et Ayano Kyôichi, va permettre aux principaux intéressés de comprendre leurs sentiments profonds. L’auteure joue sur les contrastes entre ses personnages, et les écarts entre leurs ressentis et leurs sentiments. Elle met en scène un couple qui communique, cherche à se comprendre, attentif au plaisir de son partenaire. Elle arrive même à donner un aspect innocent au fétichisme pervers de Tôma. S’acceptant tels qu’ils sont, les deux étudiants s’inspirent mutuellement.

La mangaka a un trait fin épuré et anguleux dégageant pourtant de la douceur. Même si son style semble assez classique, elle soigne le traitement des vêtements. Le rendu des tissus est bien fait, en particulier sur les combinaisons moulantes. De plus, ces dernières mettent en valeur les personnages plutôt sveltes et légèrement musclés. Les expressions du visages sont également très travaillées. Yamasaki sensei alterne les décors et les trames d’ambiance. Elle conserve un certain réalisme dans le rendu des ombres et des couleurs. La mise en page dynamique rythme la lecture. Les scènes érotiques, surtout sensuelles, sont assez détaillées, mais des hachures censurent tout de même les organes génitaux en gros plan.

En résumé

Dans l’école de design de Mishima cohabitent un département informatique et un département mode. Kuroe Yôji, en première année d’étude graphique, travaille sur le character design des personnages d’un jeu vidéo indépendant pour son club. Envoyé au département de mode demander au club de cosplay de confectionner les costumes qu’il a dessiné, il aborde le beau et solaire Kishida Tôma, en 2e année. Ce dernier accepte volontiers de concevoir les costumes gratuitement à la seule condition que Kuroe devienne son modèle. D’abord inquiet, Kaneda Umi s’incline devant la détermination de l’otaku. Mais le week-end, après que Kuroe ait enfilé une combinaison moulante, Tôma demande l’autorisation de le toucher, révélant être fétichiste des vêtements. D’abord légèrement apeuré, Kuroe cède au magnifique sourire du designer puis ressent de plus en plus de plaisir au gré des attouchements…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la huitième place du meilleur manga érotique au Chill Chill BL award 2017. J’adore l’histoire, car malgré un thème sulfureux, le couple reste dans le consentement. En plus, en fin de tome, l’histoire bonus fait allusion à un possible reverse, donnant envie d’une suite. J’aimerais tant découvrir qui fait battre le cœur de Kaneda.

Yankee en danger! – Yao

yankee en danger yao

Yao 八百
ISBN: 9782368776452
Boy’s love IDP, 2019
ISBN: 9784801961777 (JP)
Takeshobo, 2018 (JP)
Titre original: 素人ヤンキー 危機一発!
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: si on s'ennuie

En tournant un film érotique pour remercier son sauveur, Rika n’aurait pas imaginé trouver l’amour.

Pour son premier manga, Yao sensei présente, sur un ton humoristique et érotique, une romance entre un délinquant et un acteur porno gay. Elle s’intéresse principalement à la relation du couple et au jeu de forcing entre les deux personnages. Même si Rika se rebelle, il cède toujours aux avances de Kaito. L’univers du cinéma pornographique sert de prétexte à mettre plus de scènes érotiques. Bien que l’auteure ait développé les personnalités de ses personnages, elle survole leur passé. Elle les utilise juste pour excuser leur comportement. Pourtant les expériences traumatisantes d’Oda, résigné, avaient du potentiel. En outre, Arikawa s’énerve très facilement, malgré son honnêteté et sa gentillesse. Il réfléchit beaucoup à ses sentiments et cherche à comprendre son partenaire. La narration donne donc principalement le point de vue d’Arikawa. L’introduction de l’acteur ambitieux Ichikawa Yura va permettre de faire évoluer plus vite la relation du couple.

La mangaka a un style graphique anguleux, avec des traits très épurés. En plus, elle déforme ou exagère les expressions. Les personnages ont de grande bouche, des corps fins et musclés. Les décors, peu nombreux, alternent avec les trames d’ambiance. Les flash-back sont intégrés à certaines vignettes, alourdissant un peu les pages. Cependant, la mise en page reste dynamique. Par ailleurs, Yao sensei privilégie les angles de vue variés, peu communs, mettant en avant l’action plutôt que l’esthétique. Les illustrations en début de chapitre reprennent le thème du tournage. Sous la jaquette, deux planches dévoilent quelques secrets amusants sur les personnages. Les scènes érotiques semblent un peu brouillon à cause de la censure: les lignes de mouvements se mêlent aux hachures, l’absence de traits et le choix des cadrages serrés brouillent encore plus la compréhension de certaines vignettes. Pourtant les coupes intérieures et les gros plans sont détaillés.

En résumé

En pleine bagarre, Arikawa Ryûji est sauvé par Oda Kaito, un célèbre acteur pornographique spécialisé dans les vidéos homosexuelles. Voulant le remercier, ce dernier lui demande alors de jouer dans son prochain film. D’abord hésitant, Rika finit par accepter, répondant sans réfléchir aux provocations de l’acteur. A sa surprise, il ressent même du plaisir durant le tournage. Excité par le regard langoureux du délinquant, Oda finit par coucher avec lui après le tournage. Par la suite, Kaito demande à ne pas sortir la vidéo et tente alors de faire chanter le yankee en demandant de rembourser en nature le matériel qu’il avait cassé en s’enfuyant…

En conclusion

Ce tome a obtenu la troisième place du meilleur nouveau venu au Chill Chill BL award 2019. Il est amusant de voir l’uke au comportement viril fondre facilement dans les bras de son amant. Les différentes expressions de Rika sont impressionnantes: de la colère à la sensualité, en passant par le visage déformé par le plaisir contenu. Au début, le dessin ne semble pas très stable mais le trait expressif est agréable. Par contre, cette romance légère ne se formalise pas sur l’absence de consentement et respecte le quota d’une scène érotique par chapitre. A réserver à un public averti, donc, et friand de ce genre. Comme j’apprécie le style graphique de l’auteure, j’aimerais découvrir ses autres œuvres.

Void – Zariya Ranmaru

void zariya ranmaru

ZARIYA Ranmaru 座裏屋蘭丸
ISBN: 9782375060704
Taifu comics, 2017
Libre, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

Enfermé dans ses souvenirs et ses sentiments depuis sept ans, Maki va-t-il trouver la rédemption avec l’innocent Arata?

Zariya Ranmaru sensei nous plonge dans une romance torride et poétique où la vengeance et la rédemption se font dans la souffrance. Elle dévoile au compte-gouttes le passé de Maki et Ren, révélant des psychologies meurtries. Alors que Maki impose égoïstement ses hésitations et ses souffrances à Arata, l’humanoïde se montre encore plus humain et compréhensif. Tous deux ont parfaitement conscience de leur comportement déviant: les jeux pervers renforcent ainsi leur lien de domination et de soumission totale. Cependant, l’introduction de Yoshiaki, le frère de Maki, va précipiter leur relation vers un dénouement plus sain. Par ailleurs, la symbolique de l’oiseau, très présente graphiquement, se répercute également dans la narration. Arata est soumis à l’attachement comme les oiseaux à son réveil, il apprécie de les voir libre et le parallèle entre leur bonheur enfin construit et l’oiseau ayant trouvé refuge dans l’abri qu’il a fabriqué avec Maki est percutant.

La mangaka a un trait fin et réaliste: ses hommes ont une carrure masculine et musclée. Elle apporte un soin aux regards et aux gestes, suggérant principalement les émotions par le dessin. Elle détaille les décors mais utilise les trames d’ambiance avec discrétion. La mise en page dynamique joue sur les emboîtements, les vides et les suppressions de cadre. Zariya sensei transcrit graphiquement la superposition de l’image de Ren sur Arata. De même, elle crée toute une symbolique autour de l’oiseau, dont la présence joue un rôle narratif. Par exemple, chaque chapitre débute avec une cage ouverte où un oiseau passe, faisant un parallèle avec les sentiments des personnages. Il n’y a aucune censure dans les scènes érotiques. La transparence des personnages permet même d’apprécier tous les détails. En plus, il y en a presque à chaque chapitre, plus ou moins développées.

En résumé

Le chef de la division de protection des humanoïdes Rowen affecte de force un amant de compagnie à son ami et ancien collègue Maki. L’humanoïde illégal, Mizumori Arata, a été créé à partir des souvenirs et du physique d’une de ses connaissances, Amamiya Ren. Le rejetant au début, Maki finit par céder à Ren dont l’attachement, influencé par l’imprint, rappelle celui des canetons. Cependant, la présence de l’humanoïde fait remonter des souvenirs douloureux. Devant l’insistance d’Arata, prêt à accepter tout ce qu’on lui dictera pour pouvoir rester auprès de Maki, ce dernier finit par imposer une relation sexuelle perverse à son amant de compagnie.

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la première place du meilleur manga érotique au Chill Chill BL award 2017. Pour moi, la touche poétique apportée par le symbole de l’oiseau libre une fois adulte transcrit à la fois l’amour et les sentiments enfin libérés du passé des personnages. En revanche, je ne sais pas si le manque de consentement au début est voulu pour rappeler le statut de poupée sexuelle d’Arata. Cependant, j’aurais aimé plus de scènes tendres et torrides comme celle de l’épilogue. Cela ne m’empêche pas d’être complètement conquise par cette romance profonde.

Viens-là, mon amour – Michinoku Atami

viens la mon amour michinoku atami

MICHINOKU Atami みちのくアタミ
ISBN: 9782368775691
Boy’s love IDP, 2017
ISBN: 9784865891287 (JP)
Fusion product, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

Une romance réaliste entre deux étudiants voisins dont la première rencontre commence plutôt mal.

Pour son premier manga publié, Michinoku Atami sensei propose une romance réaliste entre deux étudiants. Alors que Nishino collectionne les filles, Suzuhara préfère cacher son orientation sexuelle, à part avec son ami Nakayama. Leur rencontre d’abord tendue commence par des méprises mais à force de se fréquenter et se découvrir, elle aboutira à une belle histoire d’amour. L’auteure décrit avec finesse l’évolution des sentiments de ses héros en partageant la narration entre eux. Elle conclut son récit sur une anecdote amusante en fin de tome dans un love hotel. Elle complète ce one-shot avec une aventure se déroulant sur un chapitre. Akio et Yûsuke s’interrogent sur l’amour, l’aspect physique et la position de dominant et dominé dans un couple gay. Avec principalement l’envie de faire plaisir à leur partenaire, ils offrent une ode au respect mutuel dans une couple.

La mangaka utilise des traits fins, avec un graphisme assez réalistes. Elle simplifie tout de même les expressions dans les scènes humoristiques. Elle joue beaucoup sur les vides, les blancs et des parties effacées. Ses personnages super-deformed sont mignons et donnent des anecdotes amusantes en fin de chapitre. Les angles de vue recherchés participent à la dynamique de la mise en page. Michinoku sensei équilibre les décors et les trames. Elle ne censure pas les scènes érotiques, détaillées avec parfois des coupes intérieures. Par contre, comme elle privilégie les sensations, les images dégagent une certaine sensualité. Sous la jaquette, une histoire bonus propose quelques images tendres avec Suzuhara qui tente d’économiser malgré la chaleur.

En résumé

Viens-là, mon amour / Une vie de luxe: Etudiant, Suzuhara loue un studio à bas prix aux murs malheureusement mal insonorisés. Même avec des écouteurs sur les oreilles, il entend encore les gémissements d’une fille chez le voisin. Excédé, il tape alors contre le mur pour la faire taire. Son voisin, Nishino, sonne presque immédiatement à sa porte. Comme la fille s’est enfuie, il commence à le draguer. En effet, il se méprend sur les regards insistants de Suzuhara, qui bavait en réalité sur son pack de bière. Les deux jeunes hommes vont à la même université et Suzuhara découvre que son voisin collectionne les conquêtes. Le jour où son ami Nakayama lui demande de lui prêter son appartement pour passer une nuit avec sa petite amie, il accepte. Mais il rentre trop tôt et se retrouve à la porte. Croisant son voisin qui le provoque à nouveau, il accepte de coucher avec lui. Nishino comprend alors que Suzuhara est gay et secrètement amoureux de son ami.
L’amour sans mode d’emploi: Le travesti Akio dégage encore plus de charme que certaines femmes. Mais il se fait souvent plaquer par ses partenaires au moment de passer à l’acte. Ainsi, il est donc encore vierge. Son ami gay, Yûsuke, a également du mal à garder une relation stable. Son dernier petit ami était un échangiste. Les deux amis, plutôt passifs, s’apprécient énormément. Comme Yûsuke accepte d’essayer de devenir dominant, subjugué par le charme d’Akio, ils décident de tenter l’expérience…

En conclusion

Ce titre a obtenu la dixième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2017. Pour une première publication, c’est une belle réussite: l’auteure maîtrise déjà bien son graphisme et son scénario. Je suis complètement sous le charme de ce couple. Et j’adore également la courte histoire « L’amour sans mode d’emploi ». Une valeur sûre qui peut se relire indéfiniment et que je recommande.

The secret of me and my boss – Kashima Chiaki

the secret of me and my boss kashima chiaki

KASHIMA Chiaki 嘉島ちあき
ISBN: 9782368775615
Boy’s love IDP, 2018
ISBN: 9784796409179 (JP)
Kaiohsha, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

Leurs secrets respectifs éventés, un chantage s’installe entre le supérieur Anezaki et son subalterne Mikado.

Kashima Chiaki sensei propose une comédie romantique entre un employé qui cache son côté otaku et son supérieur gay. Leur relation assez conflictuelle débutant par un chantage va peu à peu évoluer vers une amitié sincère puis des sentiments amoureux grâce à l’introduction d’Agatsuma, l’ancien amant d’Anezaki. Justement, les deux héros, qui alternent la narration, s’interrogent sur l’homosexualité. En effet, l’auteure, en présentant à la fois la vision de Mikado puis d’Anezaki, s’intéresse à la difficulté d’assumer sa sexualité différente, de construire une relation stable, de la peur des regards extérieurs. Comme Mikado accepte simplement l’homosexualité de son supérieur, ce dernier trouve enfin un confident avec qui parler librement. Le côté sans gêne du chef de bureau qui collectionne les aventures d’un soir est en réalité un moyen d’oublier son traumatisme et sa peur de tomber amoureux. L’histoire bonus en fin de tome présente avec humour le recrutement de Mikado.

La mangaka utilise des traits simplifiés et épurés. Comme elle les répète parfois, donnant un peu d’épaisseur, son style graphique garde un aspect croquis. De même, ses simplifications sont encore plus prononcées pour renforcer les expression de panique, de choc. Kashima sensei joue donc principalement sur les codes graphiques comiques. Elle n’hésite pas à exagérer les mouvements pour transcrire la précipitation, la vitesse. Par exemple, quand Mikado se précipite chez lui pour arrêter Anezaki, le taxi semble décoller et ses pas exagérément longs augmentent la force du mouvement. Les trames sont variées. Même si les angles de vue semblent assez simples, leur efficacité accompagne la mise en page dynamique. Les scènes érotiques ne sont pas vraiment censurées. Par contre, elles jouent sur les détails simplifiés.

En résumé

Mikado Junichirô est un otaku, fan de Kishi Meyko du groupe d’idole KKB. Il vient même de passer une nuit blanche à regarder son dernier clip. Dans le métro, il croise par hasard son supérieur qu’il ne supporte pas. En effet, Anezaki Misaki le traite comme un esclave: en plus de se servir dans sa réserve personnelle de nourriture, il lui donne toujours des documents à scanner au dernier moment. Il passe également son temps à séduire les belles employées. Un soir, alors que l’équipe fête la réussite d’un projet, Anezaki défie Mikado dans un concours d’alcool. L’employé s’écroule vite. Pourtant, il doit raccompagner son supérieur complètement ivre. Comme ce dernier n’arrive même plus à indiquer son adresse et qu’il commence à pleuvoir, il finit par réserver une chambre dans un love hotel. Mais en pleine nuit, son chef lui saute dessus et ils finissent par coucher ensemble…

En conclusion

Ce one-shot a obtenu la dix-huitième place du meilleur manga au Chill Chill BL award 2017. Il a même eu droit à une adaptation en drama CD. Même si le ton reste léger et humoristique, l’auteure aborde divers sujets sur la sexualité. Elle retranscrit assez bien le traumatisme d’Anezaki. Et la gentillesse de Mikado pour son supérieur rend ce couple attendrissant, même s’il démarre plutôt mal.

Asa & Mitya 2 – Billy Balibally

asa and mitya 2 billy balibally

BILLY Balibally
ISBN: 9782368775868
Boy’s love IDP, 2019
ISBN: 9784866570273 (JP)
Frontier works, 2017 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: beaucoup

L’amour mutuel d’Asa et Mitya arrivera-t-il à guérir leurs blessures profondes?

Après un tome sombre, Billy Balibally sensei donne une approche plus positive du tendre couple d’Asa et Mitya. Elle abandonne la narration de style contée et invite les lecteurs à observer l’évolution des personnages. Saitô et Mimori ont conscience de changer mutuellement. Face à Mikado, Dimitri décide de s’ouvrir plus et de se confier. Son partenaire, bien qu’apeuré, fait de même. Grâce à ce soutien mutuel, ils vont pouvoir affronter leurs problèmes et outrepasser leurs souffrances. Leur interdépendance devient salvatrice. L’auteure fait également évoluer leur entourage comme Yûsuke, l’oncle d’Asa. Elle s’intéresse aux sentiments des protagonistes qu’elle fait mûrir et grandir. L’introduction du demi-frère de Mitya, Alyosha, permet de découvrir le passé de l’adolescent. De même, elle introduit l’histoire de Mika, Eri et son frère jumeau Michiru dans un chapitre bonus, par le point de vue d’Eri.

La mangaka dessine des personnages longilignes mais tout de même musclé, en particulier Mitya. Elle se focalise sur les détails, les regards et les gestes. Les trames d’ambiance se font plus discrètes. Cependant, les fonds noirs accompagnent encore les moments dramatiques. En revanche, il y a plus de décors. Par ailleurs, Billy sensei utilise moins de trames sombres, éclaircissant ainsi ses pages. En plus, son trait fin renforce cet aspect. La mise en page dynamique s’appuie sur les ellipses, les vides et les emboîtements de vignettes. Le graphisme dégage une approche très esthétique, presque poétique, avec par exemple, le reflet de Dimitri en pleurs, enfant, sur le carrelage de l’aéroport. De même, les illustrations de début de chapitre sont directement intégrées au récit. Les scènes érotiques sensuelles évitent de montrer les parties intimes grâce aux cadrages.

En résumé

Mikado débarque au lycée et se présente à Mitya comme son premier homme. Il essaie de provoquer l’adolescent en le faisant douter mais Dimitri tient bon. Ses arguments finissent même par exaspérer le délinquant qui tente alors de le frapper. Mais Asahiko arrive juste à cet instant et prend le coup de poing en s’interposant. Son partenaire craque alors. Les deux bagarreurs se retrouvent donc à l’hôpital dans la même chambre. Quand Eri arrive, il découvre Mika et Asa en train de se chamailler…

En conclusion

L’auteure arrive à donner un ton agréable à son scénario, malgré les épreuves que subissent ses personnages. Le dénouement qui aboutit à une touche joyeuse soulage même le lecteur. Voir Asa et Mitya, qui se détestent eux-même, partager un amour inconditionnel l’un pour l’autre, leur permettant d’apprécier enfin la vie, est tellement émouvant. En revanche, je suis surprise par le nombre de jumeaux intervenant dans cette histoire: Yûsuke et Akihiko, le père d’Asahiko, Eri et Michiru, et les amis d’Asa, Ebihara Sakura et Botan. D’ailleurs, ils font tous l’objet d’un amour particulier. Si vous aimez plutôt voir des romances avec des personnages torturés, n’hésitez pas à lire cette série en deux tomes.

Asa & Mitya 1 – Billy Balibally

asa and mitya 1 billy balibally

BILLY Balibally ビリー・バリバリー
ISBN: 9782368775851
Boy’s love IDP, 2018
ISBN: 9784861348754 (JP)
Frontier works, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

Une relation fusionnelle entre deux lycéens profondément meurtris. Mais l’amour n’est pas forcément salvateur.

Billy Balibally sensei propose une romance sombre entre deux lycéens meurtris. Le couple étant formé dès le début, elle se focalise sur leurs sentiments, leurs inquiétudes et leurs souffrances. Elle s’intéresse donc à différentes formes de l’amour, à leurs dérives comme la dépendance ou la possessivité et leurs pouvoirs salvateurs. En effet, les héros ont subi divers traumatismes avec la perte d’êtres chers ou l’abandon. Plongés dans un désespoir ou une souffrance destructrice, ils éprouvent des difficultés à se comprendre. Par exemple, de part son expérience passé, Asa a peur de perdre son nouveau bonheur. Les quelques amis d’Asahiko viennent apporter une touche d’humour. En revanche, l’introduction de Mikado qui nourrissait une relation toxique avec Asa, précipite le récit dans le suspense. L’auteure joue sur les non-dits. Elle alterne la narration entre Mitya et Asa, comme s’ils racontaient leur propre histoire. Elle provoque ainsi l’empathie des lecteurs pour ses personnages.

Les traits fins de la mangaka sont épurés. Ses personnages ont des carrures sveltes, des visages ovales avec de longs yeux tombants. Les expressions sont simplifiées dans les scènes humoristiques. Billy sensei joue sur les fonds noirs, les vides, les clairs-obscurs et les détails. Elle alterne les décors et les trames d’ambiance et varie ses angles de vue. Ainsi, la mise en page dynamique accompagne le rythme de lecture. Par ailleurs, elle évite de montrer les scènes trop dures comme la drogue ou les relations violentes en les grisant avec des trames. Les scènes érotiques dégagent beaucoup de sensualité. D’ailleurs, les cadrages évitent de montrer les détails des parties intimes. En fin de tome, des yonkoma détendent l’atmosphère avec des anecdotes amusantes.

En résumé

Saitô Dimitri, alias Mitya, et Mimori Asahiko, surnommé Asa, ont une relation amoureuse fusionnelle et dépendante. Ils ont eu le coup de foudre en se croisant sur le toit du lycée. Ayant tous deux une mauvaise réputation parmi les autres élèves, ils préfèrent rester entre eux. Surnommé « l’étranger », le métisse russo-japonais d’un naturel taciturne vit seul depuis que sa mère l’a abandonné, ne connaissant pas son père. Quand un ami d’Asahiko tente de lui faire une blague en lui claquant le dos, Mitya s’interpose, prêt à en découdre. En effet, il n’arrive pas à contrôler sa colère, mêlée de possessivité. Heureusement, Asa arrive facilement à le calmer. Malgré son dévouement, Saitô s’inquiète parfois du sourire masochiste de son partenaire. Il a du mal à comprendre pourquoi ce dernier le considère comme un ange, alors qu’il est rejeté par les autres.

En conclusion

Ce tome a obtenu la dixième place du meilleur manga profond au Chill Chill BL award 2017. En effet, l’auteure installe principalement le passé de ses personnages et leurs sentiments dans ce premier volume. Comme Mitya commence doucement à évoluer, j’ai hâte de découvrir sa confrontation avec Mika. Je n’ai qu’une seule envie: qu’ils trouvent enfin le bonheur dans un amour apaisé.

The capricious love is moderate – Nohagi Aki

the capricious love is moderate nohagi aki

NOHAGI Aki 野萩あき
ISBN: 9782368775288
Boy’s love IDP, 2017
ISBN: 9784796408288 (JP)
Kaiohsha, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: juste ce qu'il faut
Recommandation: un peu

Des amours capricieux avec des manipulateurs tout aussi surprenants.

Nohagi Aki sensei propose un recueil mettant en scène trois manipulateurs capricieux à la recherche de l’amour. Le format court ne permet pas d’approfondir les histoires, tout de même développée sur deux chapitres. L’auteure aime brouiller les pistes: les seme ne sont pas forcément ceux à qui le lecteur s’attendait. Par exemple, la première histoire narre les déboires d’un prétentieux dragueur qui se fait prendre à son propre jeu. Le seme très dominant l’entraîne donc dans des relations peu consenties, presque punitives. « Intérêt » met en avant la manipulation d’un uke narcissique qui plonge son partenaire dans une relation tordue presque SM. Le dernier récit présente un amour réciproque entre deux lycéens homosexuels qui se cachent. Tandis que Mizoguchi, le narrateur, évite tout contact, Sawahara joue les hétéros. Leur rencontre va leur permettre de dépasser leur peur du rejet et la douleur des paroles blessantes.

La mangaka utilise des traits fins et épurés, dans un style graphique assez classique. Certains de ses personnages ont malheureusement tendance à se ressembler. La mise en page est par contre dynamique. Et Nohagi sensei équilibre très bien les trames d’ambiance et les décors. Même ses trames d’ombres et de coloration donnent un certain naturel à ses pages. En plus, ses angles de vue sont recherchés dans certaines vignettes. Les illustrations de début de chapitre introduisent l’ambiance du récit à venir. Les scènes érotiques sont censurées en évitant de dessiner tout simplement les parties intimes.

En résumé

Jouer, mais pas trop / Après le jeu: Tanihana s’est lassé des femmes et souhaite essayer la sodomie avec un homme. Il insiste auprès de son ami et collègue Kinoshita pour qu’il lui présente un ami gay. Ce dernier lui propose de rencontrer Shimakawa qui travaille dans une boutique de costumes sur mesure. Ce dernier envoie balader le prétentieux fils de PDG. Mais cela ne fait que motiver encore plus le salaryman. Remarquant que le vendeur est amoureux de son patron marié, Tanihana le provoque mais la suite ne se déroule pas vraiment comme il l’avait calculé.
Intérêt / Je suis ton chien de Pavlov: Kishi est l’un des rares amis de Someya. En effet, ce dernier, narcissique, n’aime que lui-même. Après les cours, il a pris l’habitude de se soulager aux toilettes. Comme Kishi l’attend patiemment à l’extérieur, Someya lui propose un jour de se masturber ensemble. Kishi cache d’abord son trouble, mais il se demande de plus en plus ce qu’écoute son ami pendant sa petite affaire…
Ton parfum / Je ne peux pas vivre sans toi: Mizoguchi Yûsuke préfère rester tranquille et isolé. Il se contente d’apprécier les beaux garçons assis à côté de lui. Mais avec le dernier changement de places, le bruyant Sawahara Takuto se retrouve devant lui et entame à chaque fois la discussion. En outre, il met un parfum insupportable. Excédé, le lycéen lui fait la remarque. Découvrant que Yû apprécie son odeur naturelle, Taku réussit enfin à sympathiser avec lui.

En conclusion

« Ton parfum » est mon histoire préférée. Son ton plus réaliste et abouti et ses personnages attachants me touchent vraiment. De même, le couple de « Intérêt » suscite ma curiosité. L’auteure brouille parfaitement les pistes de dominant et dominé, avec la relation étrange qu’entretiennent Kishi et Someya. En effet, c’est le uke qui domine complètement son seme. Une lecture distrayante donc!