3 minutes de silence – Ichinashi Kimi

3 minutes de silence ichinashi kimi
ICHINASHI Kimi 市梨きみ
ISBN: 9782382760277
Hana, 2022
ISBN: 9784865541847 (JP)
Overlap, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: si on s'ennuie

Refuser l’amour désespérément malgré des sentiments forts et réciproques.

Ichinashi Kimi sensei propose une romance dramatique entre deux demi-frères, sans lien de sang, qui luttent désespérément contre leur sentiment amoureux pour ne pas briser leur fort lien fraternel. Elle centre principalement la narration sur Aki avant de basculer à la fin sur la version de Saku. Ainsi, elle aborde le poids du lien familial même dans une famille recomposée, la douleur d’admettre des sentiments jugés inconvenants, la peur du jugement extérieur. Malgré des sentiments réciproques, les deux frères construisent une relation bancale, ne communiquant pas. Aki ressent énormément de culpabilité à entrainer son cadet hétérosexuel dans l’homosexualité. Pourtant, il cache difficilement sa jalousie. Saku, quant à lui, préfère fuir à chaque confrontation. Par ailleurs, l’auteure développe particulièrement le background d’Aki en révélant petit à petit son passé complexe, expliquant ainsi ses traumatismes. Avec l’intervention de son ex Takahashi, elle relance les réflexions sur cette relation presque incestueuse.

La mangaka a un trait épuré plutôt classique. Elle exagère les expressions et utilise des trames d’ambiance pour renforcer les émotions. Les décors apparaissent sur les plans larges. Le style graphique évolue un peu au fil des chapitres. Par exemple, Ichinashi sensei exprime de deux manières différentes les flash-back: un fond noir pour les souvenirs sombres, un double cadrage pour les moments heureux. De même, elle tire profit de toutes les techniques du shôjo pour dynamiser sa mise en page. Par ailleurs, elle ne censure pas les scènes érotiques tout en évitant tout de même de trop détailler les parties intimes.

En résumé

Tôjô Aki et Saku sont devenus demi-frères suite au remariage de leurs parents. Ils s’entendent très bien malgré des caractères opposés: introverti, Aki a peur des femmes tandis que le frivole Saku cumule les conquêtes. Le cadet, à l’université, vit maintenant avec son frère devenu salaryman. Toutefois, Aki ne supporte plus ses absences, Saku découchant souvent sans prévenir. Depuis ses remontrances, ce dernier, plus présent, participe même aux tâches ménagères. Pour le remercier, Aki lui achète alors des gâteaux. Interpellé dans la rue par deux conquêtes de Saku qui le taquinent, il commence à paniquer. Alerté, Saku vole à son secours puis s’éclipse avec les filles, provoquant la colère de son aîné. A son retour, le cadet tente de s’expliquer et finit même par l’embrasser langoureusement. Cédant à leurs pulsions, les deux hommes couchent alors ensemble mais bien qu’amoureux, l’aîné regrette déjà cet élan…

En conclusion

Ichinashi sensei offre une romance sans prétention mais plutôt bien traitée. En plus, son graphisme reste agréable. J’ai néanmoins passé un bon moment de lecture.

Le cri du désespoir 2 – Shinou Ryo

le cri du desespoir 2 shinou ryo
SHINOU Ryo 紫能了
ISBN: 9782382761120
Hana, 2022
ISBN: 9784396785192 (JP)
Shodensha, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

« Cette fausse relation est terminée. »

Shinou Ryo sensei continue directement les révélations laissées en suspens suite au tome précédent. Elle dénoue d’abord les secrets autour de la corruption dans l’entreprise pour ensuite s’attarder sur le changement des sentiments des deux héros. Elle développe également un peu plus Saeki. L’ancien chef de section est aussi égoïste qu’Akamine mais son côté sombre transparaît beaucoup moins. En plus, étant fuyant, il est difficile à saisir réellement. Utsumi et Akamine s’interrogent sur leurs réels sentiments, développant une relation de plus en plus saine. Ainsi, l’auteure aborde la trahison, le sentiment de solitude à cause de l’incompréhension, la douleur d’un amour à sens unique, la difficulté à se comprendre malgré des discussions, la fragilité de la confiance. Elle décortique également les sentiments contradictoires d’Utsumi lorsqu’il réalise son amour pour son ancien bourreau.

La mangaka a un trait anguleux et un travail très fin et précis des expressions du visage. Elle soigne les décors qui apparaissent sur les plans larges. Les sauts dans le temps sont indiqués subtilement, à travers les dialogues. Les trames sont variées et équilibrées. La mise en page est dynamique. Dans les scènes érotiques, Shinou sensei censure à peine les parties intimes. Elle y ajoute un effet de transparence gommant ainsi les détails. Par ailleurs, elle dessine des corps sensuels et des regards langoureux. En fin de tome, des fiches révèlent quelques secrets sur les deux héros.

En résumé

Utsumi Eito travaille en réalité pour le président directeur général et enquêtait secrètement sur le vrai traitre qu’il piège en diffusant une vidéo compromettante dans le service. Le PDG convoque donc le suspect mais il a en fin de compte l’intention de le faire définitivement disparaître. Le chef de section a d’abord du mal à croire à la trahison de son adjoint mais, refusant de dénoncer son complice, il préfère alors renoncer à la vie. Les sbires du PDG forcent Akamine Eito à ingurgiter une grande quantité d’alcool avant de l’abandonner dans une forêt dans un état comateux. Toutefois, nourrissant des regrets, Utsumi vient à sa rescousse. Quand le chef de section reprend ses esprits à l’hôpital, il trouve Utsumi qui a veillé sur lui. Troublé, il s’interroge donc de plus en plus sur les desseins de son subordonné.

En conclusion

Énorme coup de cœur pour ce récit qui mêle à la fois suspense et psychologie. Le viol n’est pas du tout romancé. Shinou sensei analyse d’ailleurs les changements et les sentiments ressentis par les personnages, rappelant que le traumatisme sera toujours présent. J’adore son style graphique et je trouve qu’elle a acquis une excellente maîtrise de narration. J’espère découvrir encore d’autres de ses œuvres.

Le cri du désespoir 1 – Shinou Ryo

le cri du desespoir 1 shinou ryo
SHINOU Ryo 紫能了
ISBN: 9782382761113
Hana, 2022
ISBN:978-4396785185 (JP)
Shodensha, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

« Arriverai-je un jour à oublier la douleur que tu m’as infligée ce jour-là?

Shinou Ryo sensei entraine les lecteurs dans une vengeance entre deux salarymen sur fond d’intrigues dans une entreprise corrompue et cible d’une fusion. Elle reconstitue au fur et à mesure les évènements du passé grâce à des flash-back. Ainsi, elle maintient un suspense intense en alternant bouleversement et révélation. Akamine, prisonnier de son passé, assume complètement son mauvais côté malgré quelques regrets. Utsumi quant à lui, encore traumatisé par son passé, semble instable. L’auteure décortique ainsi les différents sentiments qui se mêlent durant une vengeance. Elle aborde également les méthodes peu orthodoxes des entreprises pour mettre la pression sur les employés. En introduisant un ancien cadre, Saeki, elle relance complètement les suppositions élaborées par le lecteur. D’ailleurs, l’histoire bonus apporte des révélations qui annulent complètement les conjectures précédentes.

La mangaka a un trait anguleux avec un style marqué. Elle travaille particulièrement les expressions du visage, proposant une riche palette d’émotions. En plus, elle dessine des corps musclés. En revanche, depuis Nyu boy, les visages se sont arrondis. Les trames variées sont équilibrées. Les décors soignés apportent une touche réaliste, apparaissant sur les plans larges. Les flash-back se repèrent à leur fond noir toutefois, ceux qui représentent des souvenirs furtifs sont traités autrement: intégrés directement au récit, ils se distinguent par des transitions au fond noir ou des trames sombres recouvrant en totalité les vignettes. La mise en page dynamique utilise toutes les techniques confondues. Dans les scènes érotiques, Shinou sensei censure les parties intimes en effaçant les détails par transparence ou avec des points blancs.

En résumé

Utsumi Eito rejoint le service d’Akamine Eito en tant qu’adjoint, alors que des rumeurs de fusion avec une grande entreprise circulent. Akamine n’apprécie pas la familiarité du nouveau qui semble le connaître. Le soir, au pot d’accueil d’Utsumi, il abuse un peu trop de l’alcool. Le nouvel employé en profite alors pour le ramener chez lui. Malgré quelques indices, le chef de service ne se rappelle toujours pas de leur première rencontre. Exaspéré, Utsumi finit par le violer, désireux de se venger, car six ans auparavant, Akamine avait abusé de lui dans une ruelle après l’avoir saoulé. Le lendemain, l’ambiance entre les deux hommes est électrique mais ils sont convoqués chez le directeur. Ce dernier leur demande alors d’enquêter sur la disparition d’un employé, Watanabe Yûichi, soupçonné d’avoir divulgué des informations à la concurrence…

En conclusion

Shinou sensei crée souvent des personnages à l’air innocent qui peuvent être de vraies ordures. D’ailleurs elle maîtrise parfaitement les expressions de ses personnages, glissant discrètement des regards sournois, des rictus nerveux entre deux phrases de dialogue. Ce récit se lit donc en observant attentivement les vignettes. Attention, pour les personnes sensibles, il y a des scènes de viol. D’ailleurs nos deux héros assument totalement leurs actes. Je suis totalement conquise par cette histoire. J’aime beaucoup le graphisme et les personnages cabossés par la vie et leurs défauts.

Hotaru mourra demain – Saikawa Fuyu

hotaru mourra demain saikawa fuyu
SAIKAWA Fuyu 斉川冬
ISBN: 9782382761052
Hana, 2022
ISBN: 9784813032243 (JP)
Taiyohtosho, 2019 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: beaucoup

« C’est parce qu’il ressemblait à Hotaru que je suis tombé amoureux de lui. »

Saikawa Fuyu sensei propose une romance lycéenne abordant l’amour pour un personnage de fiction. Elle base la narration principalement du point de vue d’Asada. Elle commence par un synopsis au premier abord simple, baladant le lecteur avant de le surprendre complètement sur la fin. Bien que conscient de son amour perturbant son jugement, Asada ne peut s’empêcher de s’attacher à toutes les ressemblances de Nimiya avec Hotaru, aussi bien le physique, le caractère, les goûts que des évènements se développant comme dans le roman. Il accepte petit à petit les dissemblances qui apparaissent, ses sentiments évoluant. L’auteure joue beaucoup sur les petits secrets de chacun des protagonistes. Par ailleurs, elle montre comment un amour se transforme avec la jalousie et la possessivité. En fin de tome, elle offre une histoire bonus révélant quelques secrets de l’ami de Nimiya, Ohno Yuuta.

La mangaka a un trait épuré. Elle utilise un graphisme très actuel mais qui se distingue peu. Elle met en avant la sensualité de ses personnages. D’ailleurs, certains passages deviennent très poétiques, utilisant des analogies et rappelant l’univers romantique. Par exemple, la mort d’une cigale accompagne symboliquement celle de Hotaru. Par contre, les décors très présents apportent une touche réaliste. Les trames sont équilibrées et les flash-back se repèrent à leur fond noir. La mise en page dynamique rythme la lecture. Saikawa sensei ne censure pas vraiment les scènes érotiques. Toutefois, elle utilise des angles de vue pour cacher les parties intimes.

En résumé

Saneatsu Asada est tombé amoureux de Hotaru, l’héroïne d’un roman. Cette lycéenne fictive a les cheveux roses, des piercings rouges, un grain de beauté au coin de la bouche et des yeux de chat. Il a beau savoir que cet amour est vain, il craque pour les filles ressemblant à ce fantasme, même s’il se fait rapidement plaquer. A la bibliothèque, Asada s’endort à force de réfléchir à cette attirance irrationnelle. Quand Nimiya le réveille, il est frappé par sa ressemblance parfaite avec son idéal. Subjugué, il l’embrasse alors puis, réalisant son geste, s’empresse de s’excuser. Pourtant, le lycéen accepte de devenir son petit ami. Asada ne contient plus sa passion en découvrant au fur et à mesure tous les points communs que possède Nimiya avec Hotaru. Un jour de pluie, il invite son petit ami chez lui et ils finissent par coucher ensemble, comme dans le récit du roman.

En conclusion

Ce one-shot obtient la quinzième place du meilleur nouveau venu au Chill chill BL award 2020. Le graphisme de Saikawa sensei évolue encore durant ce tome, perturbant un peu la reconnaissance des personnages. Toutefois, elle maîtrise plutôt bien son scénario avec une grande révélation peu avant la fin qui sublime ce récit au premier abord classique. Je me suis d’ailleurs complètement laissée happer par l’histoire.

Happy of the end – Ogeretsu Tanaka

happy of the end ogeretsu tanaka
OGERETSU Tanaka おげれつたなか
ISBN: 9782382761038
Hana, 2022
ISBN: 9784801973404 (JP)
Takeshobo, 2021 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

« Félicitations, t’es toujours en vie! »

Ogeretsu Tanaka sensei narre une romance dramatique entre deux hommes désespérés. Elle révèle leur passé douloureux par de courts flash-back, conservant à chaque fois un peu de suspense. Ainsi, elle aborde différents thèmes comme l’homophobie, le rejet familial, le manque d’affection et la pédophilie. Suite à plusieurs rejets affectifs, Chihiro vivote en se vengeant du monde, cherchant désespérément un peu d’amour. Keito, quant à lui, se contente du peu de bonheur qu’on lui offre, même factice. Les deux hommes vont développer leurs sentiments durant leur cohabitation, reprenant petit à petit goût à la vie. Ainsi, l’auteure s’attarde principalement sur la psychologie de ses personnages et décortique leurs émotions. Elle dépeint un amour désespéré, bancal mais qui s’équilibre petit à petit. Elle s’intéresse également à l’influence des mots et des comportements humains.

La mangaka a un trait légèrement épuré mais léché. Elle détaille les petits gestes, regards mais également les signes de négligence comme la barbe naissante, les tenues débraillées. Elle exagère les expressions dans les passages humoristiques. Il y a beaucoup de trames, renforçant le réalisme. De même, les décors sont plutôt présents et détaillés. Toutefois, quelques trames d’ambiance accompagnent les émotions. Et les fonds noirs indiquent les flash-back. Le découpage et la mise en page sont très dynamiques. Ogeretsu sensei suggère les scènes violentes en ne les détaillant pas. Par contre, elle ne censure pas les scènes érotiques. Sous la jaquette, elle présente ses personnages.

En résumé

Rejeté par sa famille, Kashiwagi Chihiro (23 ans) a perdu son logement quand son petit ami, Maeda Shun’ichi, s’est marié. Affamé et fauché, il ose même voler le sandwich d’un enfant dans un parc. Il se rend alors dans un bar en pensant escroquer un homme riche et sympathise rapidement avec le beau Keito. Mais à l’hôtel, sa cible l’agresse subitement puis le jette aux ordures. Toutefois, son agresseur le récupère plus tard car il recherche une carte noire que Chihiro aurait dérobée à une de ses victimes. Avec l’aide du chauffeur Kaji, il le ramène chez lui. Kashiwagi ayant jeté la carte, il le renvoie chez lui mais ce dernier lui avoue ne plus avoir de domicile.

En conclusion

Ogeretsu sensei nous plonge dans la noirceur humaine et la recherche du bonheur. Elle arrive à transmettre le désespoir des différents personnages et invite le lecteur à réfléchir sur la dureté de la vie, la déchéance qu’elle entraîne parfois ainsi que le droit à un peu de bonheur. Ce one-shot procure énormément d’émotions à la lecture et ne laisse donc pas indifférent. Mise à jour: Ce tome obtient la première place du meilleur manga profond au Chill chill BL award 2022.

Ne pleure plus, Hibari – Minazuki Akira

ne pleure plus hibari
MINAZUKI Akira ミナヅキアキラ
ISBN: 9782382762950
Hana, 2022
ISBN: 9784813032588 (JP)
Taiyohtosho, 2020 (JP)
Manga
Ero-mètre: hot
Recommandation: un peu

Une romance délicate entre un tuteur et un pupille.

Minazuki Akira sensei propose une romance entre un orphelin mineur et son tuteur tout en décortiquant les questions morales que cela implique. Elle aborde également le deuil, la culpabilité, le sentiment de responsabilité. La narration qui commence d’abord avec Kiyosumi, alterne ensuite avec Hibari pour enfin converger. Les deux protagonistes, conscient de leur situation particulière, refoulent d’abord leurs sentiments amoureux, cherchant à tout prix à préserver une ambiance familiale. Ainsi, l’auteure partage toutes leurs réflexions, en particulier la difficulté à distinguer amour familial et sentiment amoureux. De même, elle met en avant l’influence de l’autorité parentale sur un mineur. D’ailleurs, Sumi souhaite que Hiba arrive à s’en libérer. La relation entre le photographe et l’adolescent s’équilibre donc après quelques épreuves.

La mangaka a un trait épuré, légèrement anguleux, avec un style shôjo qui dégage beaucoup de douceur. Les trames sont abondantes et variées. De même, les trames d’ambiance se font discrètes, se fondant dans la case. En plus, les décors, soignés, ajoute une touche réaliste par leur présence. Les fonds noirs permettent de repérer immédiatement les flash-back. La mise en page dynamique joue beaucoup sur les ellipses et les détails. D’ailleurs, Minazuki sensei a tendance à décomposer les mouvements. Elle censure à peine les scènes érotiques. Toutefois, les angles de vue choisis évitent de montrer les détails des parties intimes. Les illustrations en début de chapitre jouent beaucoup sur les contrastes blanc et noir.

En résumé

Se sentant responsable du décès de son ami et assistant Misago dans un accident de moto, le photographe Kiyosumi recueille son petit frère Hibari. Mais le jeune orphelin devenu adolescent, garde une certaine réserve envers son tuteur. Un soir, il trouve Sumi endormi sur le canapé et en profite pour lui voler un baiser. Conscient des sentiments que Hiba nourrit à son égard, le photographe feint de les ignorer, voulant avant tout lui offrir une famille.

En conclusion

Enfin une romance entre un tuteur et un pupille qui aborde les questions de l’influence de l’autorité parentale! Le trait de l’auteure depuis Smoky nectar a embelli pour mon plus grand plaisir. L’évolution des personnages peut paraître un peu précipitée mais beaucoup de temps s’écoule en réalité, même si cela est peu perceptible. Une lecture plaisante!

Tout au bout du chemin – Jyanome

tout au bout du chemin jyanome
Jyanome じゃのめ
ISBN: 9782382762851
Hana, 2022
ISBN: 9784863498587 (JP)
Akaneshinsha, 2021 (JP)
Titre original: みちみちなるままに
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

Deux amis d’enfance, entre amour et haine.

Jyanome sensei mêle à la fois romance et drame psychologique où la séparation entre amour et haine se dilue. Elle met en scène une relation bancale polluée par le manque de communication et les comportements blessants. Par ailleurs, elle maintient le suspense en révélant, par flash-back, les circonstances de la séparation entre Minoru et Jô. Ainsi, le lecteur découvre les parties sombres des personnalités des deux héros. Les deux hommes n’arrivent pas à exprimer leurs sentiments: Takeda est trop centré sur lui-même et sa passion tandis qu’Osanai fuit constamment son mal-être. L’auteure alterne avec brio les émotions extrêmes telles que la rancœur, la jalousie, l’admiration. Elle met en avant des héros qui ont du mal à avancer dans la vie, prisonnier de leurs rêves et d’une promesse faite à leur professeur, Togashi. Ainsi, elle aborde la trahison, la peur du jugement extérieur, la difficulté à assumer son homosexualité.

La mangaka a un trait reconnaissable, fin et anguleux. Elle détaille les décors. Elle joue également sur l’esthétique des planches, utilisant diverses techniques pour les rendre expressives. Par exemple, dans les souvenirs flous, un visage est raturé avec un nom. De même, les pensées violentes envahissent les cases. D’ailleurs, le fond noir indique en général les réflexions intérieures. Ainsi, les flash-back se retrouvent directement intégrés au récit mais des indices graphiques permettent de les repérer (uniforme, taille, effet de flou) Les trames d’ambiance participent également à la narration. En effet, Jyanome sensei privilégie les clairs-obscurs et les angles de vue pour dynamiser ses pages. Par contre, elle ne censure pas les scènes érotiques. Par ailleurs, elle dessine des illustrations poétiques en début de chapitre, rappelant les thèmes artistiques.

En résumé

Takeda Jô est amoureux de son ami Osanai Minoru. Comme il ne sait comment lui avouer ses sentiments, il lit beaucoup de shôjo mangas pour se renseigner mais en fin de compte, il finit par oublier son objectif. Désirant devenir mangaka, il se laisse happer par l’inspiration et finit par envoyer une de ses créations à un concours de magazine. Minoru, quant à lui, s’adonne à la peinture, rêvant de devenir peintre professionnel, mais souffre de plus en plus pendant ses réalisations. Prenant un jour son courage à deux mains, Jô lui demande alors de sortir avec lui, désirant le soutenir dans ces moments difficiles. Mais leur histoire se termine par une trahison…

En conclusion

Comme à son habitude, Jyanome sensei offre un style narratif original qui happe le lecteur dans le récit. Elle arrive à nous faire changer de point de vue sur les protagonistes en dévoilant leurs petits secrets. En plus, le graphisme est toujours aussi agréable avec de beaux déhanchés et des angles de vue mettant en avant la sensualité des personnages. Attention toutefois pour les personnes sensibles, certains rapports ne sont pas pleinement consentis. Un coup de cœur pour moi!

10 ans de nos vies – hitomi

10 ans de nos vies hitomi
hitomi
ISBN: 9782382762868
Hana, 2022
ISBN: 9784801968653 (JP)
Takeshobo, 2020 (JP)
Titre original: 1人と一人の3650にち
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: beaucoup

Des amours douloureux non assumés.

hitomi sensei propose de suivre une romance dramatique entre deux amis d’enfance. Elle alterne la narration entre les deux protagonistes, mettant en évidence leur vision très différente de leur relation. Elle s’intéresse particulièrement à la difficulté d’assumer son homosexualité, à la peur du jugement extérieur ainsi qu’à la gestion des regrets. A cause de son sentiment de culpabilité, Katsumi s’inflige une punition en fréquentant des hommes violents. Maki essaie alors de sauver son ami dans sa démarche destructrice et dangereuse. Ils développent une relation bancale, sans partage de sentiments malgré un amour réciproque. Ainsi, l’auteure met en exergue la souffrance que peut ressentir un homme qui a du mal à accepter son orientation sexuelle. Elle reprend d’ailleurs ce thème dans une autre histoire, en fin de tome, avec une note plus tendre.

La mangaka a un trait léché. Elle dessine des corps finement musclés mais tout de même virils. Elle varie les morphologies, donnant une touche réaliste. Les décors, détaillés, sont très présents. De même, les trames sont variées et abondantes. En revanche, les trames d’ambiance, discrètes, accompagnent les émotions. La mise en page est très dynamique. Bien que le graphisme évolue un peu, hitomi sensei ayant dessiné son récit sur le long terme, on ressent déjà une maîtrise dans l’agencement des cases et les détails. Même si les scènes érotiques ne sont pas censurées, elle privilégie les sensations des personnages.

En résumé

10 ans de nos vies: Après la remise des diplômes, Maki Shûichirô déclare ses sentiments à son meilleur ami Hayase Katsumi. Mais ce dernier le rejette avec des mots très durs. Dix ans plus tard, ils se croisent par hasard dans une libraire, alors que Hayase venait commander un livre. Quand Maki l’appelle pour l’avertir de l’arrivée de sa commande, un autre homme décroche au téléphone. Par la suite, le libraire est encore plus surpris de découvrir que son ancien camarade fréquente un bar gay. Son ami Yama lui annonce même que ce dernier rencontre souvent des hommes peu recommandables. Inquiet, Maki décide donc de le suivre…
Nouveaux horizons / Nouveaux horizons: que sont-ils devenus?: Nojima Daiya, un pur citadin, s’installe à la campagne. Il sympathise rapidement avec son voisin Odagawa Yûsuke qui a à peu près le même âge. Ce dernier s’est installé également trois ans auparavant et lui enseigne comment vivre à la campagne.

En conclusion

Ce tome obtient la septième place du meilleur nouveau venu au Chill chill BL award 2021. Attention certaines scènes pourront choquer la sensibilité des lecteurs, avec une scène de viol et des rapports non consentis. Mais l’auteure les présente comme tel, montrant la souffrance du protagoniste, sans pour autant tomber dans l’exhibitionnisme. D’ailleurs, elle privilégie toujours les sensations et émotions de ses personnages. Avec un graphisme magnifique et un scénario bien construit, ce récit poignant me procure beaucoup d’émotions. La petite touche positive est bienvenue à la fin.

Nights before night – Natsume Kazki

nights before night natsume kazki
NATSUME Kazki ナツメカズキ
ISBN: 9782368776605
Boy’s love IDP, 2019
ISBN: 9784864423373 (JP)
Tokyo mangasha, 2018 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

Hanté par les fantômes du passé, Haru arrivera-t-il à trouver enfin le bonheur?

Natsume Kazki sensei développe l’histoire de Haru dans ce spin-off de Mods. Elle révèle au fur et à mesure son passé, ainsi que celui de Yukitaka, à travers des flash-back très bien insérés. Elle s’attarde un peu plus sur les sentiments et la psychologie de ses personnages. Yukitaka se comporte comme un gamin capricieux mais Haru ne le ménage pas. A force de se côtoyer, ils vont apprendre à s’apprécier. Les quelques apparitions de Shiro permettent de découvrir ce qu’il devient. L’ami d’enfance de Haru, Aki (33 ans), apporte un peu de « normalité » dans cet univers sombre. En effet, l’auteure aborde les liens entre les personnages, les guerres des clans, le chantage subi par les membres souhaitant quitter la pègre. Elle s’intéresse également à l’insomnie et au sentiment de culpabilité. Elle donne deux images différentes de Shigure: froide du point de vue des Ichijô, gentille pour Haru et Shiro.

La mangaka a un trait fin, épuré, anguleux presque parfois aiguisé. Elle dessine des nez longs et pointus. Elle simplifie son trait dans les passages humoristiques. D’ailleurs, Yukitaka affiche une tête très amusante dans ces moments. Il y a également beaucoup de personnes tatouées, et cela sublime même les muscles de Yuki. Les trames sont équilibrées. Les décors, présents, ancrent le récit dans la réalité. La mise en page est dynamique. Natsume sensei ne censure pas les scènes érotiques mais se focalise surtout sur l’intensité des sentiments et des sensations de ses personnages. Sous la jaquette, elle présente en détail les personnages.

En résumé

L’ancien yakuza Haru (33 ans) gère le club de gigolos Rain. Un jour, il trouve la porte de son bureau fracturée. A l’intérieur, Ichijô Yukitaka (26 ans) et son homme de main Tsukimori l’attendent. Sur les recommandations du chef du clan Yagami, Tsukimori lui demande de cacher le fils légitime du clan Ichijô car ce dernier a créé des problèmes en se bagarrant avec des jeunes membres de l’organisation Shidô. Guère enchanté, Haru comprend qu’on ne lui laisse pas le choix alors qu’il espérait arrêter son club et quitter définitivement ce milieu. En plus, le vaurien colérique, arrogant et égoïste ressemble beaucoup physiquement à son demi-frère ainé. Or, Haru était amoureux d’Ichijô Shigure mais depuis son décès, il est devenu insomniaque. La cohabitation forcée avec le jeune bagarreur au corps musclé recouvert de cicatrices s’annonce donc difficile.

En conclusion

Ce one-shot obtient la quatrième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2019. Ichijô Yukitaka se classe neuvième meilleur seme et Haru troisième meilleur uke. Pour son troisième tome relié, l’auteure prend tout son temps pour développer un récit plutôt réaliste, offrant un tome volumineux mais complet. Elle donne suffisamment d’indices pour appréhender la psychologie des personnages. Comparé à Mods, Haru et Shigure prennent beaucoup de profondeur et deviennent très attachants. Natsume sensei joue encore sur les métaphores. En japonais, le prénom de Haru (春) s’écrit avec le kanji de printemps, d’où l’image poétique quand il dort sous les fleurs de cerisiers appréciée par Shigure. De même, le prénom de Yukitaka (雪鷹) s’écrit avec les idéogrammes de neige et de faucon, et son tatouage représente justement un faucon.

Mods – Natsume Kazki

mods natsume kazki
NATSUME Kazki ナツメカズキ
ISBN: 9782368775707
Boy’s love IDP, 2017
ISBN: 9784864422642 (JP)
Tokyo mangasha, 2016 (JP)
Manga
Ero-mètre: hard
Recommandation: absolument

L’amour peut être douloureux quand il s’accompagne d’espoir.

Natsume Kazki sensei développe une romance dans un univers très sombre. Elle distille des éléments du passé dans des flash-back plus long, équilibrant avec finesse les sauts dans le temps. Elle dépeint le côté funeste de la prostitution tenue par les yakuzas profitant des victimes d’incestes ou de pédophilie. Suite aux traumatismes subis depuis l’enfance, Shiro a peur d’aimer et même d’espérer s’en sortir. Nobutora s’interroge d’abord sur son attirance pour le prostitué alors qu’il est hétérosexuel, puis cherche à comprendre son comportement extrême. L’auteure s’attarde particulièrement sur les changements de ses héros, la douleur qui se développe en parallèle des sentiments. Elle apporte un peu de chaleur humaine avec le fantasque Shigure. Elle joue sur les contrastes et les métaphores, apportant une touche particulière à son récit.

La mangaka donne une touche brute à son trait épuré et anguleux. Elle esquisse ou simplifie les décors pourtant bien présents. Tora est finement musclé. Le jeu des trames installe des contrastes. D’ailleurs, les lumières et les éléments climatiques renforcent aussi les ambiances. Par exemple, la pluie apporte une touche poétique dramatique. L’agencement des cases, des vides et des angles de vue rend dynamique la mise en page. Natsume sensei censure à peine les scènes érotiques. Elle estompe quelques détails des parties intimes et dessine même des coupes intérieures. Sous la jaquette, elle présente les personnages avec sa postface.

En résumé

Afin d’éponger la dette contractée par sa sœur qui s’est fait arnaquer, Nakata Nobutora (23 ans) accepte de travailler comme chauffeur pour Rain, un établissement de prostitution masculine. Mais contrairement à l’annonce, il se retrouve à s’occuper également de Shiro (25 ans). En plus, Haru (32 ans), le patron ancien yakuza, n’hésite pas à modifier ses consignes. Alors que Tora n’a pas encore commencé à travailler, Shiro lui fait déjà des avances, bradant même ses tarifs pour l’amadouer. Le chauffeur n’est d’ailleurs pas au bout de ses peines car le prostitué n’ayant aucune limite, se retrouve souvent agressé par ses clients. D’ailleurs un soir, alors que le délai de la prestation était passé, Nakata trouve Shiro blessé dans la chambre. Pendant qu’il le soigne et l’interroge, une réponse du prostitué à une de ses questions retient toute son attention.

En conclusion

Ce one-shot obtient la sixième place du meilleur manga au Chill chill BL award 2017. Tanaka Nobutora est classé quinzième meilleur seme et Shiro neuvième meilleur uke. Pour son deuxième manga, l’auteure offre une narration jouant sur les contrastes. Par exemple, Shiro (homonyme de blanc en japonais) porte des couleurs claires mais a une personnalité aussi sombre que son enfance. Au contraire, Nobutora, habillé de couleurs sombres et aux cheveux noirs, semble immaculé par sa gentillesse. Ensuite, avec la chanson présente en introduction et en conclusion Memory of dear sky, Natsume sensei ajoute une touche poétique. Elle met encore en avant un homonyme de ciel en japonais avec le vrai prénom de Shiro. Attention, certaines scènes pourront choquer les âmes sensibles. Je suis complètement conquise par ce récit sombre mais qui apporte un petit peu d’espoir.